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6 octobre 2016

«L’important est de présenter une très bonne raison»

Sylviane Roche, spécialiste des bonnes manières.

Sylviane Roche, spécialiste des bonnes manières.
Sylviane Roche, spécialiste des bonnes manières.

A l’heure où les ronchons de tout poil se lamentent sur la sixième extinction du savoir-­vivre, les retardataires restent généralement considérés comme d’indécrottables malotrus. L’écrivaine et enseignante Sylviane Roche, spécialiste des bonnes manières, auteure de nombreuses chroniques sur le sujet, ne se montre pourtant pas si sévère. «Cela dépend pour quelle raison on est en retard, dans quel contexte, si l’on prévient ou pas, si la personne qui attend doit poireauter sur un trottoir ou dans un bistrot avec un bouquin. De toute façon, être en retard, ce n’est pas bien, mais enfin ce n’est pas le péché le plus grave qu’on puisse commettre.»

Arriver en retard chez des amis où l’on est invité, par exemple, peut être toléré si le retard est «d’un quart d’heure, voire d’une demi-heure. Si c’est deux heures, alors là, évidemment...

A l’heure des portables, ce qui s’avère grossier finalement, «c’est d’arriver en retard sans prévenir».

Là aussi, il convient de nuancer: «Si l’on est invité à dîner et qu’on prévient qu’on ne sera pas là avant 10 heures du soir, c’est très grossier, parce que là, le dîner est par terre. Mieux vaut prévenir qu’on ne vient pas. Mais prévenir qu’on ne vient pas dix minutes avant l’heure à laquelle on devait venir, c’est encore pire.»

Sylviane Roche reconnaît volontiers que les gens qui sont systématiquement en retard «énervent tout le monde». Elle conserve à cet égard de ses séjours en Amérique latine un souvenir mitigé. «Les retards y sont systématiques. On ne se donne jamais rendez-vous à 8 heures, on dit plutôt autour de 8 heures, ce qui peut signifier entre 8 heures et demie et minuit. Ça peut être très gênant.»

A l’inverse en Suisse, estime-t-elle, l’excès serait plutôt inverse, avec une ponctualité qui peut se révéler étouffante. «Chez nous, les gens ont encore du mal à comprendre que quand on est invité, il est beaucoup plus grossier d’arriver en avance qu’en retard, on risque de choquer les hôtes en train de se préparer, ça leur met un stress énorme.»

Il est des retards moins pardonnables que d’autres, explique encore Sylviane Roche.

Arriver en retard à un entretien d’embauche, autant se jeter par la fenêtre.»

«Etre en retard à un spectacle aussi peut se révéler gravissime, ça dérange tout le monde, les spectateurs et surtout les artistes. Il y a des théâtres d’ailleurs qui ne laissent pas entrer les retardataires avant la fin du 1er acte.»

A tout pécheur pourtant miséricorde. A condition de savoir s’excuser. «L’important est de présenter une très bonne raison. Il vaut mieux d’ailleurs en inventer une que de ne pas en avoir.» Sylviane Roche raconte qu’un de ses amis, arrivé très en retard à un dîner chez elle, avait montré ses mains sales et expliqué qu’il avait crevé et dû changer la roue. «Des années plus tard, il m’a avoué que ce n’était pas vrai, il avait juste frotté ses mains sur la roue en arrivant. Je trouve qu’il avait raison.»

La politesse exige parfois qu’on mente un peu.»

Texte © Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet