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27 juin 2016

L’impro comme outil professionnel

L’improvisation théâtrale s’impose de plus en plus comme un outil de développement personnel et professionnel. Ateliers de prise de parole en public, formations en entreprise, cours pour enfants essaiment au-delà du monde du spectacle.

Catherine Forestieri Bastianel souhaite faire de l’improvisation son métier.

L’improvisation théâtrale n’a jamais autant eu la cote dans notre pays. Certes, voilà belle lurette que les rois de la répartie, amateurs ou professionnels, s’affrontent sur scène à coups de bons mots, en suivant les suggestions les plus délirantes du public. L’exercice se décline à l’envi, entre les désormais traditionnels matchs d’impro opposant deux équipes et les spectacles construits de bout en bout sous les yeux de l’assistance.

Mais une dimension supplémentaire semble avoir été atteinte ces dernières années. Tandis que de nouveaux concepts fleurissent çà et là – comme la Comédie musicale improvisée, une troupe vaudoise de baladins inspirés qui parcourt depuis 2012 la Suisse et le monde –, que des festivals dédiés à cette pratique naissent d’Yverdon (VD) à La Tour-de-Peilz (VD), et que des écoles professionnelles de théâtre intègrent à leur cursus un volet impro, les particuliers et les entreprises aussi s’intéressent de près à cette technique.

«C’est un formidable outil de développement personnel, s’enthousiasme Catherine Forestieri Bastaniel, qui pratique la discipline à Lausanne depuis 2008. J’étais quelqu’un de plutôt introverti, et l’impro m’a aidée à prendre confiance en moi, à lâcher prise.» Même son de cloche chez Pamina Saba del Pozzo, qui a suivi durant plus de deux ans des cours à Genève:

L’improvisation théâtrale aide à devenir plus réactif dans la vie de tous les jours et renforce notre capacité à trouver des alternatives. Grâce à elle, on rebondit plus vite.»

L’impro au service de la vie professionnelle

A son image, près de deux cents élèves fréquentent en continu les locaux de la compagnie lesArts et de sa structure de formation impro.ch, dans la cité de Calvin. Au-delà des spectacles que cette équipe d’improvisateurs et comédiens professionnels montent régulièrement, sont en effet dispensés toute une série de cours et de stages aussi bien adressés aux adultes qu’aux enfants et aux adolescents.

Nous proposons également des ateliers sur mesure aux entreprises en fonction de leurs objectifs,

explique Christian Baumann, responsable du volet formation au sein de la troupe. Pour certaines, il s’agit par exemple de travailler la prise de parole en public. Nous collaborons par exemple avec le jeune barreau genevois sur le thème de la plaidoirie. Et quel que soit le projet, nous avons à cœur de transmettre les valeurs véhiculées par l’impro, à savoir l’écoute, le partage, l’acceptation, le travail en équipe.»

Enthousiasmé par les cours qu’il avait lui-même suivis, «dans le but d’être plus à l’aise notamment dans la répartie constructive», et convaincu que cela répondait à un besoin, Kian Samii, responsable de formation au Service de formation de l’Office du personnel de l’Etat de Genève, a décidé, d’un commun accord avec sa responsable, d’intégrer des techniques propres à l’improvisation dans divers ateliers proposés aux fonctionnaires.
«Nous avons par exemple mandaté un improvisateur professionnel pour donner des cours de prise de parole en public et nous avons également mis sur pied un atelier portant l’accent sur les interactions:

il s’agit d’utiliser les outils de l’impro pour mieux asseoir sa position dans les échanges ou les séances et apprendre à gérer les éventuelles tensions. Cela permet aussi de mettre le doigt sur certains comportements qui peuvent générer des frictions.»

A l’école aussi

Pour l’heure, ce projet au sein de l’Etat de Genève en est encore à sa phase pilote: reste à décider s’il s’inscrira sur la durée. «Mais les réactions à chaud sont assez positives», souligne Kian Samii. De son côté, Christian Baumann reconnaît la réticence de certaines entreprises à proposer ce type de formation à leurs employés:

Quand on ne le connaît pas, l’outil théâtral peut faire peur.»

Il se souvient notamment du patron d’une grande manufacture horlogère qu’il avait dû convaincre des bienfaits de l’impro et qui avait finalement fait appel à ses services.

Autre public particulièrement prisé: les enfants. Toujours davantage de cours leur sont dédiés, et une volonté d’en intégrer dans le cadre même de l’école commence à se faire sentir. Ainsi, Pamina Saba del Pozzo, enchantée par sa propre expérience, a soufflé l’idée de monter un atelier dans l’établissement privé de son fils de 4 ans.

Les autres mamans, de même que la direction, ont tout de suite été convaincues.»

Le projet débutera à la prochaine rentrée, sous la houlette d’impro.ch avec dans le rôle de la prof Marion Janiec, formatrice indépendante en France et à Genève. «L’impro développe énormément de compétences utiles au vivre ensemble, à l’écoute, à l’affirmation de soi. Les enfants sont encouragés à accepter les idées des autres et faire face au changement, à l’inattendu. Par ailleurs, les plus extravertis apprennent à laisser parler les autres, et les plus timides gagnent en confiance en eux.» Bien sûr, selon elle, le plus important demeure que les petits s’épanouissent et prennent du plaisir.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Jeremy Bierer