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9 juin 2014

L’inoubliable rituel de la course d’école

Chacun conserve des souvenirs contrastés de la sortie de fin d’année. Mais comment est-elle vécue du côté des enseignants? Quelques personnalités se souviennent, entre bonheur et désastre.

Dessin d'une classe en sortie d'école mouvementée
Les sorties scolaires ne sont heureusement pas toujours aussi mouvementées que sur notre illustration...
Portrait de Georges Tête
Georges Tête, instituteur à Martigny-Croix (VS).

Routine, corvée, belle aventure? Si chacun garde quelques souvenirs plus ou moins joyeux, plus ou moins cuisants, des courses d’école, comment cet incontournable rituel est-il vécu par les enseignants? «Ça dépend des volées qu’on a», raconte Georges Tête, instituteur à Martigny-Croix (VS).

Ses meilleures expériences sont l’utilisation de la course de fin d’année pour des projets sortant de l’ordinaire: «Par exemple monter une pièce de théâtre et jouer à l’extérieur, dans d’autres classes.»

Aujourd’hui, il se contente d’organiser des excursions plus simples: «Avec l’âge, on devient peut-être plus prudent, et il faut être attentif aux mesures de sécurité désormais plus importantes» (lire aussi encadré).

Pour Céline Liechti, institutrice à Vicques (JU), la course d'école,

c’est le point final de l’année, une journée hors du contexte scolaire, un moment de partage avec nos élèves».

Cette fois-ci, comme il y a deux ans, elle a choisi Augusta Raurica à Augst (BL), avec en prime un tour en bateau sur le Rhin «en passant par les écluses». «Ce sont toujours de chouettes journées.». Même si il faut chaque fois compter avec un impondérable de taille: «J’ai toujours eu beaucoup de chance avec le temps.

Cette année, il faut espérer que le soleil soit de la partie, car nous avons une date fixe, la dernière disponible avec un guide sur Augusta Raurica. Nous partirons donc par tous les temps.»

Si le temps ne s’y met pas, il faut savoir improviser

Collègue de Georges Tête à Martigny-Croix, Emmanuelle Sauraz confirme que «la météo, c’est la chose la plus embêtante pour les courses d’école». Et de se souvenir qu’une année où «il pleuvait à ficelle», la décision avait dû être prise d’annuler la promenade prévue: «D’abord, on est restés dans l’école et quand il a plu un peu moins, on a fait un tour du côté du terrain de foot, ensuite on a mangé dans l’école, fait plusieurs récréations, puis un parcours Vita.»

A la fin de la journée, il s’est tout de même trouvé un petit de première primaire pour confier à sa maîtresse que «c’était la plus belle course d’école qu’il avait jamais connue». Comme quoi, l’importance de l’itinéraire est toute relative (lire encadré):

L’essentiel, c’est de passer une journée avec les enfants, qu’ils profitent d’un pique-nique et s’amusent bien entre eux.»

Portrait de Brigitte Tisserand
Brigitte Tisserand, institutrice aux Bayards (NE).

Brigitte Tisserand, qui enseigne aux Bayards, dans le canton de Neuchâtel, partage le même enthousiasme: «J’ai toujours aimé les courses d’école, ça permet de découvrir les enfants sous un autre angle.» C’est bien simple, des courses d’école elle ne garde que de bons souvenirs. A une exception près: «Une personne s’était jetée sous le train. Ça a été compliqué à gérer, à ne pas raconter aux enfants ce qui s’était passé.»

Bien qu’appréciée, la course d’école n’a plus l’effet d’antan

Emmanuelle Sauraz parle de son côté d’un «bon moment de rencontre avec les enfants, où l’on n’est pas forcé d’être comme à l’école, une façon de montrer qu’on est content, qu’on a passé une bonne année scolaire».

Georges Tête, cependant, constate que sur un point au moins, la course d’école a perdu un peu de sa raison d’être: «Les élèves connaissent déjà tellement de choses, ont visité tellement d’endroits en compagnie de leurs parents.

On n’est plus à l’époque où, quand on prenait le bateau en course d’école, c’était la première fois qu’on allait sur le lac.»

Ils s'en souviennent...

Daniel Rossellat, syndic de Nyon, directeur du Paléo Festival

Portrait dessiné de Daniel Rossellat
Daniel Rossellat

«En 1964, nous sommes allés en course d’école à l’Exposition nationale de Lausanne et je me souviens fort bien de l’intrigante Machine à Tinguely, du monorail, de la salle avec un plafond de bouteilles et de la symphonie des machines à écrire. J’avais aussi vu le fameux Mésoscaphe (ndlr: un sous-marin réalisé pour l’occasion par Jacques Piccard selon les plans de son père Auguste). J’étais vraiment très excité de découvrir la magie de cette Expo nationale.

Mais mon souvenir le plus marquant a été une belle gamelle en faisant le guignol.

Je voulais sauter par-dessus une chaîne qui séparait deux espaces d’exposition et j’ai manqué mon coup. Résultat: une grosse bosse sur le front. J’avais l’air ridicule, mais aussi un furieux mal de tête qui m’a poursuivi durant tout le reste de la journée. Pas malin...»

Claudine Eisseva, secrétaire générale des femmes libérales-radicales

Portrait dessiné de Claudine Eisseva
Claudine Eisseva

«Je ne garde que des bons souvenirs des courses d’école. On avait un instituteur assez innovant au niveau du choix des excursions. On prenait un bus, une fois nous sommes même allés jusqu’au Tessin, ce qui représentait pour nous un sacré voyage.

J’aimais surtout beaucoup le fait de passer une journée dehors, pour une fois dans la nature,

au lieu de rester enfermée entre quatre murs. Je me souviens particulièrement d’une journée merveilleuse entièrement passée à jouer en forêt. Plus tard, ça a été les voyages d’étude avec l’Ecole de commerce des filles. Vingt et une filles à Londres pour nous, c’était génial, mais pour les profs, j’imagine que cela a dû représenter un véritable challenge...»

Stéphanie Pahud, linguiste, chroniqueuse

Portrait dessiné de Stéphanie Pahud
Stéphanie Pahud

«J’ai surtout gardé des souvenirs de l’ambiance, des odeurs, de tout ce qu’il fallait préparer pour y aller et aussi de quelques lieux qui m’avaient marquée, comme le Musée des grenouilles à Estavayer. Après, je voulais systématiquement y retourner avec mes parents. Je me rappelle aussi de la Tour St-Martin, du Weisshorn. C’était plutôt exaltant de préparer le pique-nique et des choses que je mangeais pas habituellement. Cette journée était vécue comme une expédition, une aventure.

C’était aussi pour moi l’occasion de voir des camarades que je ne fréquentais pas tellement pendant la classe.

Je n’étais pas très sociable à l’époque, et comme première de classe, vous êtes un peu mise de côté. La course d’école, c’était un moment où on pouvait un peu plus être ensemble. Entre le bon et le mauvais souvenir, il y a cette course d’école où mes parents, sans doute angoissés de savoir comment ça se passait, ont débarqué en apportant des jus de fruits pour tout le monde. Une sacrée surprise pour moi.»

Massimo Furlan, metteur en scène, performer, plasticien

Portrait dessiné de Massimo Furlan
Massimo Furlan

«Je garde deux souvenirs des courses d’école. L’un, j’étais enfant, on était partis avec la maîtresse en train. Pour une journée qui allait s’avérer cauchemardesque. D’abord, le jus d’orange renversé dans le sac sur les petits sandwichs, déjà à la base moins beaux que ceux des copains.

Ensuite ça été l’orage, on devait marcher sous la pluie pour attraper un bateau, il a fallu courir, la maîtresse disait qu’on allait le louper. Ensuite, sur ce bateau chahuté par la pluie et le vent, ça été le mal de mer et les vomissements interminables. Au retour, quand mon père est venu me chercher à la gare, c’était comme si je venais de réchapper de l’enfer. Je ne sais plus où c’était, mais

j’avais l’impression d’avoir fait le tour du monde en une journée.

L’autre souvenir date plutôt de l’adolescence. On avait fait une marche puis dormi dans un refuge. C’était déjà plus intéressant, il y avait les filles qu’on aimait bien, avec tout ce côté de liberté et de découverte d’un monde secret et du fruit interdit, l’aventure, bref le paradis.»

Texte: © Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Andrea Caprez (illustration)