Archives
3 août 2015

L'Italie aux portes de la Suisse

Pourquoi ne pas s’offrir une petite escapade chez notre voisin? «Migros Magazine» est passé par les Grisons pour rallier Glurns, dite aussi Glorenza, une petite ville du Tyrol du Sud.

Une ruelle de Glurns avec une tour en tant que porte de la ville en bout de chemin
La petite bourgade de Glurns, entourée de remparts, plonge le visiteur en plein Moyen Age (photo: Glurns Marketing).

L’Italie, vraiment? En pénétrant dans l’enceinte de la petite cité médiévale de Glurns, à une dizaine de kilomètres de la frontière grisonne, le doute plane, la confusion guette, l’hésitation s’installe. Sûr, cette bourgade du Tyrol du Sud ne ressemble guère à l’idée que l’on se fait du pays du farniente, de la pasta et des films de Federico Fellini! Ne serait-ce que son nom, qui évoque davantage le phrasé germanique que les accents chantants du sud.

Ici, environ 99% de la population parle allemand, mais la richesse de cette région, c’est quand même le ­mélange des cultures.

Détail de l'arcade d'une tour
La Malser Tor est l’une des trois portes qui mènent à l’intérieur de la cité (photo: Glurns Marketing).

confirme Pietro Zanolin, notre guide, qui fait partie de la très faible minorité d’italophones natifs du coin. Des gelati artisanales à la soupe tyrolienne (un bouillon accompagné de sa boulette au lard…), des noms des rues indiqués dans la langue de Goethe aux horaires d’ouverture très latins de certaines boutiques (10 h – 12 h, 17 h – 19 h), on oscille en effet ici sans cesse entre l’Autriche et l’Italie.

D’ailleurs, Glurns s’appelle aussi Glorenza. Mais ce deuxième nom n’est apparu que tardivement et se fait l’écho d’une période sombre de l’histoire du pays: la dictature fasciste de Mussolini qui, en 1922, rebaptisa l’ensemble des villes et villages du Tyrol du Sud (lui-même renommé Trentin-Haut-Adige) dans sa volonté d’éradiquer tout ce qui se référait à l’Empire austro-hongrois.

Une bourgade élevée au rang de ville

Remparts avec vue sur le toit d'un haut bâtiment
Autrefois, une coursive permettait de longer l’intégralité des remparts. Aujourd’hui, seules quelques portions sont accessibles (photo: Glurns Marketing).

Que ses influences soient italiennes ou germaniques, la petite bourgade ne manque pas de charme! Et promet une belle balade à travers les siècles. Entièrement entourée de remparts et de tourelles, elle mène le visiteur directement au Moyen Age, où elle vécut des heures glorieuses.

«Autour de 1290, Meinhard II, comte du Tyrol, souhaitait asseoir une position de pouvoir face à l’évêque de Coire, raconte Pietro Zanolin. Un but qu’il atteignit en transformant le petit village jusque-là sans histoire, en haut lieu du commerce, au détriment de sa voisine Müstair (elle-même placée sous l’évêché de Coire),

Glurns a alors bénéficié de la situation stratégique des lieux, au croisement de plusieurs routes marchandes.»

De l’or blanc tyrolien (le sel) aux vins de Valteline, en passant par les céréales, les fruits et les épices, tous les biens acheminés d’Allemagne en Lombardie, et inversement, faisaient désormais systématiquement escale ici. Forte de son succès économique, la localité acquit bien vite le rang de ville, un statut qu’elle conserve encore aujourd’hui – malgré une population ne dépassant pas les 1000 habitants – lui valant même le titre de plus petite ville du Tyrol du Sud. «Et même d’Europe, s’amuse Pietro Zanolin, mais nous ne sommes pas les seuls à revendiquer cette appellation!»

Vue d'oiseau sur la petite cité de Glurns et ses environs.
N’hésitez pas à prendre de la hauteur pour admirer les toits de la petite ville (photo: Glurns Marketing)!

Si la bourgade a perdu depuis belle lurette son aura commerçante – suite entre autres à une restructuration des routes marchandes dès le XVIe siècle – elle continue aujourd’hui à attirer les foules, en particulier les cyclistes qui jouissent d’un large réseau de pistes sur l’ensemble de la région. Sur la place principale, les vélos sont ­légion et il n’est pas rare de voir leurs propriétaires se désaltérer à la fontaine, profiter de l’ombre des deux marronniers ou encore déguster une glace à la terrasse d’un café. Se mêlant ainsi aux motards et aux touristes, qui affluent en été et déambulent paisiblement dans le village.

Même si on en a littéralement vite fait le tour – les remparts, bâtis au XVIe siècle suite à une attaque… des Suisses, courent sur 1100 mètres – Glurns séduit. Notamment par son architecture, par ses maisons de pierre, ses arcades qui rappellent son passé marchand, son vieux moulin, ses façades décorées de fresques souvent religieuses, ses ruelles pavées sur lesquelles se promènent poules et coqs, en parfaite liberté…

Art et whisky: productions locales

Reflet d'une des tours de la ville de Glurns dans une fenêtre.
A Glurns, où que l’on soit, il suffit de lever les yeux pour apercevoir la montagne (photo: Glurns Marketing)...

Au sommet d’une des tours qui marquent l’entrée dans la cité, une exposition permanente permet par ailleurs de découvrir la vie et l’œuvre d’un artiste local: Paul Flora (lien en allemand et en anglais), dessinateur et caricaturiste de renom, connu notamment pour ses grinçantes illustrations en noir et blanc parues dans le journal anglais The Times et dans le quotidien allemand Die Zeit.

Et si d’aventure on avait envie de sortir de l’enceinte de la ville, une autre curiosité nous attend dans la zone industrielle. Une distillerie de whisky, ici, au beau milieu du Tyrol du Sud! Dans un bâtiment vibrant de modernité, la famille Ebensperger a monté cette petite entreprise, baptisée Puni (lien en italien, allemand ou anglais), en 2012. N’hésitant pas à se rendre jusqu’en Ecosse pour apprendre les ficelles du métier. Et à proclamer la région «Highlands d’Italie».

Le premier cru, trois ans d’âge, sera en vente dès le mois d’octobre. De quoi attirer à Glurns de nouveaux curieux… Et Pietro Zanolin de rappeler:

Dans la région, nous produisons essentiellement des eaux-de-vie à base de fruits, notamment de la grappa.»

Vue sur une des tours avec des arbustes en fleurs au premier plan.
A l’instar d’autres arbres fruitiers, on trouve dans la région de nombreux abricotiers (photo: Glurns Marketing).

Nous revoilà en Italie! Avant de monter dans le car postal (si, si, notre bus jaune national fait le chemin jusqu’ici!) pour reprendre le chemin de la maison, une petite virée dans la campagne environnante s’impose. Ne serait-ce que pour admirer Glurns d’en haut, avec ses murailles dessinant un rectangle quasi parfait. Ou pour perdre son regard au loin, sur les villages voisins, les champs baignés de lumière et les vallées menant en Suisse, en Lombardie ou encore en Autriche. Région germanique ou latine, la confusion demeure. Et pourquoi ne pas se dire qu’on est dans le Tyrol, tout simplement? Et qu’on s’y sent bien.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman