Archives
3 avril 2015

L'ivresse US

Je sais, ça fait très Steve Berclaz, ex-«120 secondes», mais lisez quand même le petit jus du Valaisan nostalgique et un peu pompette que je suis. Il y a une surprise à la fin. Brooklyn, 4th Avenue, un jour de la semaine dernière. J’entre dans un wine store où je n’avais encore jamais mis les pieds.

Xavier Filliez montre une bouteille de vin suisse parmi l'étalage d'un wine store américain
Le premier vin suisse, valaisan le cas échéant, sur lequel je suis tombe dans un wine store de Brooklyn.

Après une ronde exploratoire qui me fait forte impression, bon choix, bons prix, j’apostrophe le vendeur: «Do you have swiss wine by any chance?», GROSSE emphase sur le «by any chance» (par hasard) tant la Suisse (son terroir encore plus) est confidentielle dans un pays où la «Sweden», j’en ignore le pourquoi, j’en ignore le comment, a rayé la «Switzerland» de la carte.

Vitrine et entrée principale d'un wine shop de New-York
L’un des wine store qui a ma préférence, a deux pas de chez moi. Gérants chinois, prix corrects, vaste choix. Mais pas de vins suisses.

Le gars, qui semble déjà connaître sa matière: «Oh no! They don’t export much.» Et il enchaîne en m’expliquant que ses plus récents regrets remontent à la veille, lorsqu’une cliente de la boutique lui parla de ses projets de raclette: «Je lui aurais recommandé un Fendant, mais je n’en ai pas…»

Moi, total valesco: «Are you kidding? You know the Fendant?» Il répond: «Oh sure! J’ai étudié in… Fribourg. I used to have a «Valaisanne» girlfriend. Her name was Con… Con… Constan… tin!?» Le Berclaz en moi exulte. Croyez-le ou non, mais quelque temps plus tôt, dans un wine store de la 7e Avenue, j’étais tombé sur un Pinot Noir de Fabienne Cottagnoud.

Juste pour que les choses soient claires. New York m’éblouit. A chaque instant et à chaque coin de rue. Mais il me manque, tantôt, cette petite goutte de réconfort, de partage et d’hospitalité si répandue dans mon coin de pays où (entre les résidences secondaires, les lignes électriques et les fortes têtes) les vignes et les vergers sont encore rois.

Cette once, cette désirée, ce magnum parfois, c’est l’A-PÉ-RO. Et il remplace bien des psychiatres.

L'enseigne d'une brasserie locale.
Vu les prix du vin au restaurant, l’expatrie de classe moyenne qui aime les apéritifs et les soirées prolongées boit plus volontiers de la bière de micro-brasseries locales. Immense choix.

Ici, les occasions de partage ne manquent pas, non. Mais l’ivresse à l’américaine, c’est un peu différent. Au bistrot, vu les prix du vin à la carte, on boit de la bière. Tout sauf de la Bud. Il y a des tonnes de micro-brasseries plus ou moins artisanales. Bierkraft, pas loin de chez moi. L’indétrônable Brooklyn Brewery. Des IPA (Indian Pale Ale) désaltérantes. From time to time: un Mojito pour les onze heures. Oubliez le culte de la tournée, chacun paie sa consommation, question de tarifs encore une fois.

Il y a aussi ces soirées, chez nous ou chez les copains, qui s’éternisent. Sancerre, Châteauneuf-du-Pape, Pinot de l’Oregon, Malbec, Yamazaki pour la fin de soirée, hyper rarement une Petite Arvine, venue dans la valise d’un visiteur, ou un Fendant lors d’une improbable raclette pour le compte de la Mission suisse de l’ONU.

Panneau routier "Stop" et en arrière-plan, un camion transportant de la bièr.
Un plaisir à savourer avec modération!

Comme pour m’achever, il y eut cet e-mail, l’autre jour, de mon copain Christophe Bonvin, ex-international de foot reconverti en ambassadeur de la viticulture pour les caves du même nom, à Sion: «Pense à nous pour l’ouverture des Mazots du Clos du Château», écrivait-il. J’ai vu les guérites. J’ai vu le bisse juste en dessous. Je me suis vu lézarder entre les murs en pierres sèches et trinquer à l’Heida avec Steve Berclaz. La surprise? A celui qui m’en amène une pour l’apéro.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez