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25 mars 2013

L'œuf, le Christ et le lapin

Fête chrétienne par excellence, Pâques est enrichie de nombreux attributs. Entre folklore et religion, plongée au cœur de la tradition pascale.

Tout le monde le sait: à Pâques, les lapins pondent des œufs et les cloches nous arrivent de Rome en volant. Il faut bien l’avouer, la fête qui marque la résurrection du Christ ressemble à bien des égards davantage à un conte pour enfants qu’à une tradition religieuse. Eh oui, à Pâques, tout se mélange, tant et si bien qu’on ne sait plus qui du Christ ou de l’œuf est arrivé le premier. Entre cloches, lièvres et agneaux, tour d’horizon des traditions pascales, histoire d’y retrouver son latin.

Et les cloches se mirent à voler...

Cloches volantes à l'horizon!
Cloches volantes à l'horizon!

Vous n’en avez peut-être jamais vu (et c’est tant mieux), mais à Pâques, les cloches se mettent à voler. On les découvre affublées de deux ailes, revenant de Rome par les airs comme une hirondelle qui revient annoncer le printemps. Sauf que, dans le cas présent, ce retour céleste marque la résurrection du Christ. La raison de cette mise en scène est à chercher dans le fait que les cloches, en signe de deuil, cessent de sonner la veille de la mort du Christ, après l’hymne du Gloria de la messe du Jeudi saint. Pour expliquer leur silence, on dit alors qu’elles sont parties à Rome se faire bénir par le pape et chercher des œufs qu’elles répandent à leur retour dans les jardins, dans la nuit du samedi au dimanche. Selon le folkloriste Arnold van Gennep, la tradition serait apparue au VIIIe siècle pour s’uniformiser au XIIe siècle. A la place des carillons, les enfants de chœur annonçaient les divers offices religieux de la journée de manière bruyante en faisant tourner des crécelles ou en utilisant d’autres instruments de bois, comme le martelet, soit une planchette munie d’un manche sur laquelle vient frapper alternativement d’un côté et de l’autre un petit maillet. Une autre façon de rappeler l’événement terrifiant que représente la mort du Christ en remplaçant le son des cloches par le bruit grave des «instruments des ténèbres».

... les agneaux à finir sur la table...

L'agneau est riche en symboles.
L'agneau est riche en symboles.

Sacrifié lors de Pessa’h, la Pâque juive, l’agneau est traditionnellement mangé lors du Seder, le grand repas. Le rite commémore le fait que les premiers-nés des juifs ont été épargnés par Dieu lors de la dixième plaie d’Egypte, grâce au sang d’agneau déposé sur les deux montants et le linteau des portes de leurs maisons.

Dans la tradition chrétienne, l’agneausymbolise le Christ. Jean-Baptiste a d’ailleurs annoncé le «Christ sauveur du monde» en le présentant comme «l’agneau de Dieu». La fête de Pâques marquant le passage de la mort à la vie par Jésus, victime innocente sacrifiée pour racheter les péchés des hommes, il est ainsi identifié à l’agneau sacrificiel de la tradition juive. Il est aussi symbole de pureté et d’innocence.

La chasse est ouverte!
La chasse est ouverte!

... les œufs à se cacher dans les jardins...

A la base de la vie, l’œuf est le symbole universel de perfection. Selon certaines mythologies, tel le Kalevala, le livre de la grande tradition finlandaise, il aurait même engendré l’univers tout entier. Quoi de plus banal que de le retrouver à Pâques, jour de la résurrection du Christ et période où la nature se renouvelle? Sa présence dans les jardins en compagnie des lièvres qui viendraient le déposer (selon une légende dont on trouve surtout trace en Alsace et dans les pays germaniques et anglo-saxons) est quant à elle moins évidente... Certains y voient un symbole de fécondité représenté par le lièvre qui viendrait inonder les jardins de cadeaux.

Si la fête de Pâques chrétienne est liée à l’œuf, c’est aussi en raison de l’interdiction d’en consommer durant les jours de carême précédant la résurrection du Christ. Ils étaient ainsi conservés pour être bénis et offerts. On les cachait alors dans le jardin pour les enfants. La coutume de les teindre et de les décorer est quant à elle ancestrale. En Ukraine, cet art est apparu dès la préhistoire. Il est aussi présent chez les Egyptiens et les Perses. Son apparition dans nos régions remonterait à l’époque des Croisés qui auraient découvert cette coutume chez les coptes.

... et les lapins à pondre des œufs.

Ce lapin semble un peu dérouté face à ses œufs...
Ce lapin semble un peu dérouté face à ses œufs...

Si on parle aujourd’hui du lapin de Pâques, il semblerait qu’il s’agissait au départ d’un lièvre. Dépeint comme libidineux, lâche et fuyant dans le bestiaire chrétien, on voit mal le rapport entre ce dernier et la résurrection de Jésus. C’est donc du côté de la tradition populaire qu’il faut chercher l’explication de la présence de ce jouisseur peu fiable.

Animal emblématique de la déesse Eastre ou Eostre qui aurait donné son nom à Pâques en anglais (Easter) et en allemand (Ostern), il est le symbole de la déesse mère dans les traditions scandinaves et ainsi associé à la fertilité.

Dans les traditions païennes, on célébrait le retour de la déesse au printemps pour marquer le retour à la vie.

Le fait qu’il ponde ou apporte des œufs est ainsi lié à l’idée de fécondité. Présente dans les pays germaniques et anglo-saxons, la légende s’oppose à la version qui veut que ce sont les cloches qui amènent les œufs. Il semblerait qu’elle soit apparue en Allemagne autour du XVe. L’histoire dit que c’est parce qu’elle ne pouvait pas offrir de douceurs à ses enfants qu’une pauvre femme aurait décoré et caché des œufs dans le jardin avant d’y envoyer les petits. En faisant chemin, ils auraient aperçu un lapin et ainsi déduit que c’était ce dernier qui avait pondu les œufs.

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Corina Vögele (illustration)