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23 avril 2012

L’or olympique dans la cible

La Genevoise Valentine de Giuli pratique le tir à l’arc, un sport méconnu qui pourtant a beaucoup d’adeptes.

Valentine de Giuli
Valentine de Giuli: «Avec l’expérience, 
je gère mieux 
le stress.»

Il faut la voir sortir une flèche du carquois, la faire glisser entre ses doigts, l’ajuster. Puis, majestueusement, tendre la corde au maximum. Le temps s’arrête, on n’ose plus bouger. Et tac, la flèche s’envole et atteint le cœur de sa cible, septante mètres plus loin. Epoustouflant!

Peut-on encore respirer au moment de lâcher la corde? «Bien sûr, c’est même mieux! rit Valentine de Giuli. A ce moment-là, je fais le vide, je pense à ma position, il faut être calme, sûre de soi. Surtout, ne plus se demander si la technique est correcte.» Aujourd’hui, le temps est gris, la pluie menace. Mais en réalité, les conditions se révèlent plutôt bonnes pour la pratique du tir à l’arc: «Le pire, c’est lorsqu’il y a des rafales de vent, ou quand la lumière change en permanence. Les compétitions ont lieu par tous les temps, il faut faire avec.»

Surtout, ne lui parlez pas de Guillaume Tell et de sa pomme. Car l’arbalète diffère totalement du tir à l’arc. «Tout le monde confond. Pourtant, je suis plus proche de Robin des Bois que de Guillaume Tell!»

Une sœur championne de Suisse junior

A Jussy (GE), ils sont 120 à s’entraîner. Les débutants ont une cible à quelques mètres, et plus l’on progresse, plus l’on tire loin. Autour des cibles de bois et de paille, les nombreux impacts montrent toute l’adresse et la technique nécessaires pour en viser le centre. Le père de Valentine de Giuli a fondé le club il y a douze ans. Depuis, toute la famille s’y est mise et la jeune femme peut trembler: sa petite sœur vient de décrocher le titre de championne suisse junior. «On ne concourt pas dans la même catégorie, donc on s’encourage. Mais on verra quand elle ne sera plus junior», rigole l’aînée de 21 ans.

Ça se présente bien pour l’équipe de Suisse et pour moi.

Quand on lui propose d’intégrer le cadre national, en 2005, elle tombe des nues. «Je me suis rendu compte que j’avais du potentiel, j’ai cru en moi. Un mois après, j’ai participé à la Coupe d’Europe junior, où j’ai réalisé l’un de mes meilleurs résultats. L’ambiance était géniale.» Depuis, elle n’en démord plus.

Son bac en poche, en 2009, elle se consacre uniquement à son sport, avec comme objectif l’or olympique. «Ça se présente bien pour l’équipe suisse et pour moi, glisse-t-elle. Au début, on était à la traîne, mais on a réussi à souder l’équipe et se tenir les coudes.»

De longues heures d’entraînement

L’élite suisse des archères se compose de Romandes, qui se retrouvent régulièrement à Neuchâtel pour l’entraînement. Mais le fond du travail s’effectue en solo, à Jussy, à aligner les flèches, faire des exercices de fatigue, de précision et, surtout, du travail de respiration.

Retraité, l’ancien coach de l’équipe suisse s’est proposé pour l’entraîner gratuitement, deux à quatre heures par jour. «Il le fait amicalement depuis cinq ans, je lui dois beaucoup. Avant, je m’entraînais seule, ce n’était pas très motivant.» Le matériel lui est fourni par la fédération. Et pour les autres dépenses, les parents la soutiennent. «J’ai peu de sponsors.»

Un mental d’acier demeure la clé. Elle vient de rater le titre de championne suisse d’un cheveu: «Tout s’est joué sur la dernière flèche, on était au coude à coude, et j’ai mal ajusté.» Mais elle a vite digéré cet écueil, car dans son viseur il n’y a que les JO: «J’ai sacrifié énormément de choses pour me qualifier. Je serais très déçue si ça ne marche pas.»

Toutefois, comme elle le précise elle-même, le tir à l’arc se pratique à tout âge, il y aura encore bien d’autres occasions. La suite se profile déjà: en septembre, elle entamera des études d’architecture à l’EPFL, sur les traces de son père. «Je crois que j’aurais besoin de penser à autre chose à ce moment-là.»

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo