Archives
8 juin 2015

L’Ouest, comme si on y était

La Suisse compte toujours davantage de cavaliers amateurs de tri de bétail. Reportage lors de la première manche nationale de team penning de l’année.

Un cow boy en action dans l enclos
En une minute trente maximum, chaque équipe de trois cavaliers doit déplacer trois vachettes dans un autre enclos: un sacré défi!

Coiffés de leur Stetson, deux femmes et un homme passent d’un air pressé tandis qu’un groupe de chevaux piétinent fébrilement. Soudain, un air de musique country s’échappe des haut-parleurs: «Attention, le concours commence dans vingt minutes! Que les cavaliers prennent le temps d’assouplir leur cheval, c’est important.»

Portrait de Steffany Genoud en cow-girl
Steffany Genoud, 15 ans, participe au concours pour la troisième année.

Nous sommes à la première manche nationale de team penning de l’année, à Remaufens (FR), et l’ambiance est survoltée. Dans son coin, Steffany Genoud, 15 ans, qui participe au concours pour la troisième année consécutive, grignote une saucisse: «C’est le premier concours de la saison et c’est assez stressant, avoue-t-elle. Nous avons fait le ranch sorting ce matin, mais le team penning est plus technique et demande une bonne concentration.» Un discours bien mystérieux pour les non-initiés…

Le tri de bétail en Suisse

Il faut savoir que la Suisse compte en effet ses propres cow-girls et cow-boys, amateurs de sports équestres et plus particulièrement du tri de bétail. Ce dernier se décline en plusieurs disciplines, dont celles du ranch sorting (douze vachettes, dix numérotées et deux sans numéro, à déplacer d’un enclos à un autre dans un ordre croissant à partir du numéro indiqué par le juge. Cette discipline nécessite deux cavaliers) et du team penning (trois vachettes portant le même numéro à sortir du troupeau et à faire entrer dans un enclos le plus rapidement possible. Cette discipline nécessite, elle, trois cavaliers).

Portrait de Mathieu Guégan en cow-boy à cheval.
Mathieu Guégan, président de l’association suisse de team penning.

La Swiss team penning association (STPA) a même été créée en 2007 et compte environ nonante membres en Romandie. Par ailleurs, une épreuve «Swiss Cup» a été mise en place en 2012, dans le but de permettre à la discipline de gagner en visibilité.

L’art du team penning

C’est ainsi que sont rassemblés en ce samedi ensoleillé une cinquantaine de cavaliers, prêts à s’affronter dans le grand espace sablonneux (le «carré») autour duquel se presse déjà une foule enthousiaste. Après un échauffement des chevaux, les concurrents quittent le carré tandis que le premier troupeau de vachettes fait son apparition.

Troupeau de vachettes
Les vachettes portent un numéro indiqué par le juge.

A tour de rôle, des équipes de trois cavaliers tentent de réunir les trois vachettes portant le numéro indiqué par le juge et de les mener dans un petit enclos grillagé (le «pen») situé au milieu du terrain. Facile? Pas vraiment, car allez stopper dans son élan une vachette bien décidée à retrouver son troupeau! Il s’agit de savoir guider sa monture rapidement et en douceur, tout en sélectionnant, puis gardant à l’œil les trois vachettes qui filent à toute allure. Le tout en une minute trente maximum, sans qu’un autre numéro ne s’introduise dans l’enclos.

Une spectatrice soupire:

Pfff, il est mal parti, celui-là, il est en plein milieu du troupeau, ce n’est pas la bonne technique pour séparer les vaches!»

Car au fil du concours, on commence à percevoir toute la subtilité du team penning: le premier cavalier doit séparer les bons numéros des autres en approchant les vachettes avec lenteur, puis en accélérant le mouvement pour faire avancer celles qui sont sélectionnées. Le second cavalier les canalise, tandis que le dernier doit veiller à ce qu’elles ne retournent pas en arrière, tout en les guidant vers le pen. Cela fait, l’un d’eux appuie sur le buzzer pour arrêter le compte à rebours.

Technique et look

«Les vachettes sont au top de leur forme!», s’extasie le commentateur, tandis qu’avec force «pssssch», «yayaya», «aï, aï» et autres cris, les cavaliers s’escriment à les réunir.

Allez, une vache en 1,26 pour le team Liberté! Et là, trois vachettes en 37 secondes 75, ouaouh, record battu pour l’instant!»

Un groupe de participants à cheval et souriants
Les cow-girls et cow-boys romands respectent à la lettre le code vestimentaire du team penning.

Une fois les règles assimilées, la foule prend le temps d’admirer la technique et le look des cavaliers. Car «on ne peut pas venir en short et baskets, souligne Mathieu Guégan, président de la STPA: les règles vestimentaires sont strictes, car on veut préserver l’image «cow-boy». Ainsi, chacun doit porter une chemise à manches longues et boutonnées, des jeans, un chapeau et des bottes ou des lacers (chaussures montantes, courantes en monte western).»

Les équipes ont également chacune leur nom et leur couleur, mais chacun y va ensuite de sa petite coquetterie: gilet en cuir, chemise à manches bouffantes, bottes colorées, ou encore chinks – les protections en cuir portées par-dessus le jeans.

Des animaux bien soignés

Les équidés aussi ont une grande importance, bien sûr.

Il faut avoir un bon cheval, qui soit à l’écoute et qui possède le «cow sense», c’est-à-dire le sens du bétail.

Le cheval est ainsi capable de «lire» une vache et d’anticiper ses mouvements, explique le président de la STPA. On utilise ainsi souvent des races américaines, le quarter horse, par exemple, ou alors le criollo argentin, qui ont ce sens inné du bétail. Mais moi, je travaille avec un franches-montagnes. A force d’entraînements, j’ai réussi à en faire un cheval costaud et souple à la fois, et pourvu lui aussi de ce fameux cow sense.»

Mais les vachettes ne sont pas en reste, puisque les disciplines de tri de bétail reposent sur le respect absolu de l’animal. Les chevaux ne doivent pas être domptés mais guidés, et les vachettes doivent être bien soignées et travailler en tournus afin de ne pas être trop fatiguées. Ces dernières étant prêtées par des agriculteurs, elles peuvent être de races différentes, à viande ou à lait, et c’est aussi ce qui fait le charme et le défi du tri de bétail. «On a eu des concours où les vaches étaient de vraies gazelles, rapides et bondissantes!», s’amuse Mathieu Guégan.

Toujours plus d’amateurs

Mais le tri de bétail, c’est aussi une passion qui réunit de plus en plus d’amateurs, hommes comme femmes, moins expérimentés comme professionnels. Pour sa part, Steffany Genoud, la benjamine de la Coyote’s Team, a commencé après que sa mère et son beau-père ont acheté un cheval. «Je fais de l’équitation depuis six ans et cela m’intéressait de faire quelque chose d’un peu différent. On est neuf dans l’équipe, dont trois femmes, et l’ambiance est vraiment bonne.»

Il est essentiel que les participants ne prennent pas cela juste comme un jeu et se donnent la peine d’entraîner leurs chevaux, mais je ne veux pas non plus trop axer les concours sur la compétition,

souligne d’ailleurs Mathieu Guégan. Il est plus important que les cavaliers aient du plaisir et soient soudés, le but principal de ces rencontres étant la bonne entente et la convivialité.»

Le président peut être fier: il vient de remporter la première place de cette manche avec deux de ses comparses de la Coyote’s Team. Vient ensuite l’équipe du Ranch du Bois d’Archan 2, dans laquelle monte André Michon, vainqueur de la Swiss Cup l’an passé – et qui a effectué le chrono le plus rapide de cette rencontre, en réunissant ses trois vachettes en 31,03 secondes. Un nouveau défi à relever pour les concurrents lors des prochaines manches!

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Jeremy Bierer