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27 janvier 2014

La Banque Migros confiante en l'avenir

Harald Nedwed, directeur de la Banque Migros, ne voit pas d’un bon œil les contrats de sponsoring coûteux. Il explique aussi ici pourquoi les fonds de la clientèle américaine ne posent pas problème à sa banque.

Harald Nedwed
Directeur de la Banque Migros depuis 2003, Harald Nedwed estime que la régulation étatique toujours plus grande est un frein à la croissance.

Harald Nedwed, comment évaluez-vous l’exercice écoulé?

Cette année a été une fois de plus positive, confirmant notre croissance permanente. Elle a été marquée par un afflux massif de fonds de la clientèle. De plus, nous avons enregistré un produit d’exploitation record depuis la création de la banque.

Gottlieb Duttweiler, le fondateur de Migros, n’a pas été pris au sérieux lorsqu’il s’est lancé dans l’aventure, il y a cinquante-cinq ans.

Ce sont surtout ses concurrents qui se sont moqués de lui. «Pensez-vous que vos clients pourront effectuer des paiements à l’étranger?» plaisantaient-ils. Pourtant, aujourd’hui, même les représentants d’établissements de renom me disent que nous sommes une référence pour les autres acteurs.

La branche s’inspire de vous?

Oui. Migros a brisé les ententes et introduit la concurrence par les prix dans le secteur bancaire, comme elle l’avait fait dans le commerce de détail. Notre banque a toujours été très attentive à la question des coûts et à l’efficacité des processus, ce qui lui permet de proposer en permanence des services performants à des prix raisonnables. Nous ne nous sommes jamais installés dans de somptueux bâtiments, et nous ne cherchons pas non plus à maximiser nos profits. C’est pourquoi la Banque Migros ne distribue pas de gratifications ni de bonus excessifs.

Quelle place les principes coopératifs de Migros occupent-ils au sein de sa banque?

La responsabilité sociétale est au cœur de la culture d’entreprise, comme en témoigne notamment le Pour-cent culturel. De même que toutes les autres filiales du groupe, nous reversons chaque année 10% de nos dividendes au fonds de soutien Engagement Migros, qui promeut des projets d’intérêt général.

N’existe-t-il pas à la Banque Migros, comme dans les autres établissements, de contrats de sponsoring onéreux?

Nous ne faisons pas de sponsoring et ne consacrons pas d’argent à des activités qui n’en manquent pas, par exemple les tournois de golf, les régates, la Formule 1 ou le sport d’élite de manière générale.

Que pensent les collaborateurs de cette culture d’entreprise plutôt atypique pour une banque?

L’essentiel est qu’ils comprennent et partagent ses valeurs. Ils ne travaillent ni pour un investisseur anonyme ni pour une direction surpayée. Par ailleurs, ils savent qu’ils représentent bien plus qu’un simple poste de dépenses que l’on peut supprimer dès que l’activité n’est plus aussi florissante que prévu.

Comparé aux autres banques, la rémunération de nos employés est honorable.»

Les salaires élevés ne sont-ils pas particulièrement importants dans ce secteur?

La rémunération de nos collaborateurs est honorable, y compris si on la compare à ce qui se pratique dans les autres ban­ques. L’argument selon lequel des individus qualifiés et motivés ne s’intéresseraient qu’à l’argent et aux titres est fallacieux. Nous permettons à nos employés de profiter de la vie en dehors du travail.

Vous leur offrez donc un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, le fameux «work-life-Balance»?

Je n’aime pas ce terme. De mon point de vue, il faut trouver son équilibre dans la vie en général. Et à part le travail, il y a la famille, le sport, la culture, les amis et les centres d’intérêt personnels.

C’est également vrai pour vous?

Bien sûr. Je ne veux pas que la banque soit toute ma vie. C’est pourquoi je profite à 100% de tous mes jours de congé. Je pense qu’il est impossible de rester concentré en permanence douze heures ou davantage par jour – neuf heures me semblent plus raisonnables. Par ailleurs, pendant les vacances, je n’ai besoin ni de mon téléphone ni de mon ordinateur portable. Selon moi, les personnes qui se définissent uniquement par leur travail ont perdu le contact avec la réalité. Et cela finit toujours par porter préjudice à l’entreprise.

Les banques se sont illustrées par divers scandales, à tel point qu’aujourd’hui la Confédération entend réglementer le secteur. Que pensez-vous de cette évolution?

Peut-être que dans un premier temps les clients bénéficieront d’un rapport de forces plus favorable face aux banques du fait de l’intervention des pouvoirs publics. Cela dit, je ne connais aucune branche de l’économie dans laquelle les réglementations étatiques se soient révélées avantageuses pour les consommateurs à long terme. En effet, elles ont aussi pour objectif de préserver le secteur ainsi que les marges des entreprises et profitent avant tout à ces dernières en favorisant l’émergence de quasi-cartels. Si l’on va au bout de cette évolution, il ne restera plus qu’une seule banque en position de monopole, et les prix finiront par repartir à la hausse, car ils ne seront plus freinés par la concurrence.

Une autre menace de taille pèse sur la branche: celle du programme fiscal des Etats-Unis. La Banque Migros est-elle également concernée?

Actuellement, un peu moins de 400 de nos clients sont soumis aux lois fiscales américaines sur un total de 830 000 environ, soit autour de 0,04%. Et tous s’acquittent d’un impôt sur leur fortune. Si nous pouvions affirmer avec certitude que chacun d’eux a toujours rempli ses obligations fiscales, y compris par le passé, nous serions tranquilles.

Allez-vous devoir payer une amende?

Conformément à la recommandation de la Finma, nous avons provisionné une certaine somme au cas où nous devrions payer une amende. Nous n’avons cependant aucune crainte. Bien sûr, nous pourrions déplorer que ce programme s’en prenne à de faux coupables. Nous préférons toutefois aller de l’avant en classant cette affaire au lieu de nous focaliser sur ces tracasseries qui nous détournent à dire vrai de notre activité principale.

Continuerez-vous à proposer vos services à des clients américains à l’avenir?

Evidemment. Il n’est pas envisageable d’empêcher certains clients d’effectuer des opérations bancaires en Suisse sous prétexte que leur domicile fiscal se situe aux Etats-Unis. En effet, il s’agit souvent de citoyens suisses domiciliés temporairement outre-Atlantique ainsi que de personnes détenant la double nationalité suisse et américaine.

Ne représentent-ils pas un danger potentiel pour votre banque?

Non, car nous avons élaboré une procédure infaillible de suivi, qui repose sur l’accord Qualified Intermediary (QI). Ce dernier permet aux banques de s’occuper des ressortissants américains à l’étranger. C’est pourquoi tous nos clients états-uniens ouvrent automatiquement un compte de titres chez nous et achètent une action de General Electric d’une valeur de 28 dollars. Un dividende étant versé régulièrement, le titulaire du compte est enregistré auprès des autorités américaines et remplit donc ses obligations en matière d’information fiscale.

Quelle est la principale difficulté à laquelle la Banque Migros devra faire face dans un avenir proche?

La tendance de plus en plus marquée au renforcement de la réglementation. Dernièrement, la Finma a même demandé à l’Association des banquiers de durcir encore davantage ses propres règles dans le domaine hypothécaire. Les pays européens, notamment l’Italie et la France, sont les plus touchés par cet interventionnisme. Celui-ci les empêche de reprendre le chemin de la croissance en décourageant les investisseurs. Or sans croissance, il est impossible de résoudre le problème de la dette. Nous ferions mieux d’accorder notre confiance aux marchés et à la capacité d’innovation des individus plutôt que de nous en remettre à l’aide régulatrice des pouvoirs publics.

© Migros Magazine – Daniel Sidler

Auteur: Daniel Sidler

Photographe: Christian Schnur