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9 septembre 2013

La biodiversité dans son jardin

Le terrain autour d’une maison peut abriter une flore et une faune variées. La «charte des jardins» apprend les bons gestes pour favoriser la biodiversité dans les espaces verts devant sa propre porte.

Illustration: une jeune femme dans un jardin ideal selon les points mentionnés dans l'article
Il suffit de respecter quelques règles somme toute assez simples pour donner un coup de pouce (vert) à la biodiversité dans votre jardin!

Sans orties, pas de chenilles. Et sans chenilles, pas de jolis papillons. Pour que son jardin puisse accueillir une biodiversité variée, il s’agit de revoir ses vieilles habitudes. C’est dans ce but que la Charte des jardins (à télécharger en français et en anglais) a vu le jour dans le quartier de Conches à Chêne-Bougeries (GE). Une dizaine de règles, que des propriétaires de jardins s’engagent moralement à respecter pour que leur parcelle contribue au maintien de la biodiversité. Et lutter ainsi contre l’effet «Desperate Housewives», comme aime à l’appeler Pierre-André Magnin, responsable de la plateforme energie-environnement.ch et membre de l’Association des intérêts de Conches.

«Dans la série américaine, les riches habitantes d’une banlieue chic se battent pour que leur gazon soit le plus parfait du voisinage. Tout doit être irréprochable autour de leur maison, jusqu’aux dalles des terrasses que l’on nettoie à haute pression. Un véritable désastre écologique!»

Ce n’est pas que l’entretien de ces parcelles qui pose problème, mais aussi le type de végétation qu’on décide d’y semer. Pour un effet positif sur la biodiversité, une seule règle à suivre: favoriser les espèces indigènes.

«Sous nos latitudes, les périodes de floraison sont très limitées. Ce qui pousse les propriétaires à orner leur jardin de végétation exotique, regrette l’expert en écologie. Le problème, c’est que bien souvent ces espèces sont stériles. A l’image des cerisiers japonais qui développent certes des fleurs plus grandes, mais qui ne produisent ni pollen, ni nectar, ni fruit. Un arbre complètement inutile pour les abeilles!»

Des barrières perméables et favorisant un bon voisinage

En plus de sa valeur écologique, la charte permet aussi de renforcer les liens sociaux entre voisins en les amenant à collaborer. «Un hérisson a besoin d’une surface d’un hectare pour vivre, poursuit Pierre-André Magnin. Il doit donc être en mesure de voyager librement entre plusieurs propriétés. D’où l’importance d’aménager des petits passages dans les clôtures.»

Depuis son lancement à Conches en 2007, la charte connaît un joli succès. Ce sont déjà onze communes genevoises, dont Onex et Vernier, qui ont décidé de mettre le texte en avant auprès de leurs citoyens ou qui y ont elles-mêmes adhéré. L’Etat de Genève en fait aussi la promotion au travers de son programme cantonal pour la nature en ville.

«Nous travaillons sur un dossier d’information qui sera distribué prochainement à toutes les communes genevoises pour qu’elles puissent s’approprier cet outil, explique Séverine Evéquoz, chargée du programme nature en ville. Mais nous ne sommes là que pour encadrer le projet. Le but est que le citoyen puisse s’approprier la charte à sa manière.» Le projet intéresse même au-delà des frontières cantonales. Après l’Université de Lausanne ou le jardin botanique de Neuchâtel, Ollon (VD) a également suivi le mouvement.

«Nous sommes déjà quatre propriétaires à avoir signé la charte, explique Jean-Marc Mathys, garde forestier d’Ollon et responsable du projet dans la commune. Certains habitants craignent d’y adhérer parce que leur jardin ne respecte pas tous les points de ce texte. Mais ce n’est pas là notre but! Il est possible d’y adhérer et de transformer son terrain au fur et à mesure. On ne peut pas parler de développement durable si on décide de tout arracher d’un seul coup dans son jardin pour le remplacer par des plantes indigènes.»

En plus de la Charte des jardins, vous trouverez une foule d'informations intéressantes sur www.energie-environnement.ch

Le grand retour de la verdure en milieu urbain

Portrait de Marion Ernwein
Marion Ernwein (photo: LDD)

Marion Ernwein, assistante au département de géographie et environnement de l’Université de Genève, écrit une thèse à propos des nouvelles représentations et pratiques de la nature en ville.

La Charte des jardins est-elle représentative de l’évolution actuelle des politiques et pratiques de jardinage?

Clairement oui, et pour plusieurs raisons. D’abord, elle reconnaît la place des animaux sauvages au sein des villes. C’est nouveau! Une dizaine d’années auparavant, on imaginait la ville comme un territoire où toute vie animale était absente. Cette charte met aussi en valeur la végétation indigène, alors qu’on préférait jusqu’ici les plantes exotiques pour leurs valeurs esthétiques. C’est la fin des pelouses parfaites et tondues à ras qui symbolisaient un statut social plus élevé. Finalement, ce texte invite aussi à repenser les relations sociales entre voisins.

La nature n’a pas grand-chose à faire des limites de parcelles entre propriétaires.

Ce texte n’est pourtant qu’une déclaration morale. Peut-il réellement motiver les propriétaires à reconsidérer leur façon d’entretenir leur jardin?

On se trouve ici dans des espaces privés, on ne peut donc effectivement rien leur imposer. Et comme aucun contrôle n’est effectué sur ces parcelles, on ne peut non plus pas parler d’un véritable label. L’avantage réside dans le fait que l’on peut adhérer à cette charte même si on ne fournit que quelques efforts. Ainsi, les personnes qui sont pour une raison ou l’autre dans l’impossibilité de transformer complètement leur jardin peuvent tout de même se sentir incitées à changer au moins une partie de leurs pratiques.

Peut-on espérer un effet de mimétisme entre les propriétaires d’un quartier?

L’entretien des jardins a toujours fonctionné de cette manière. Il est courant de désirer que sa pelouse soit plus verte que celle de son voisin… Peut-être que demain on sera concurrent pour être le propriétaire du jardin le plus respectueux de l’environnement! Les critères de jugement sont en train d’évoluer.

Cette charte ne fait-elle pas trop l’apologie des villas individuelles, alors qu’aujourd’hui on réfléchit surtout en termes de densification du territoire?

Il n’est pas facile de démêler les motivations à la base de cette charte. Bien sûr, les villas possèdent généralement de grands espaces verts qui, s’ils sont bien aménagés, peuvent représenter un atout pour la biodiversité. Mais pas seulement:

certains immeubles locatifs également sont entourés de verdure. Les régies pourraient elles aussi être en cohésion avec la charte.

A l’Etat aussi de montrer l’exemple?

Lorsqu’on a remplacé les pelouses homogènes par des prairies fleuries dans les jardins publics, cela a suscité des réactions passionnelles. Soit on adore, heureux de retrouver des plantes sauvages comme à la campagne, soit on déteste, parce qu’on préférait le style classique «propre en ordre». Ces espaces gérés différemment ont en tout cas l’avantage de faire réfléchir et de lancer le débat.

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Christian Lindemann (illustration)