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31 octobre 2015

La Birmanie dévoile ses joyaux

Entre ses temples en or, ses traditions parfois étonnantes et l’authenticité de ses habitants, ce pays peu touristique d’Asie du Sud-Est ravira ceux qui ont soif d’aventure.

Bagan, Birmanie.
Bagan et ses milliers de temples bouddhiques. (Photo: Emily Lugon Moulin)

Le cliquetis de la pluie résonne sur le tarmac de l’aéroport international. «Welcome to Yangon», indique un panneau au loin. «Je croyais que la capitale de la Birmanie était Rangoun», glisse une touriste à son mari. Le couple s’interroge en attendant de passer l’immigration. «On ne dit plus Birmanie mais Myanmar, et nous ne sommes plus dans la capitale mais dans la plus grande ville du pays», tranche-t-il avant de montrer patte blanche aux contrôleurs peu loquaces.

La discussion relève certes de l’anecdote mais elle illustre la complexité de ce pays. La Birmanie – rebaptisée par la junte militaire: République de l’Union du Myanmar en 1989 – est ainsi en pleine mutation: de noms, de système politique et d’ouverture au monde.

Un moment propice pour découvrir des contrées encore épargnées par le tourisme de masse. Au menu de nos deux semaines de découverte: le majestueux temple à Yangon, les ruines magiques de Bagan, les pêcheurs mythiques du lac Inle ainsi que le mystérieux rocher d’Or.

1 Un haut lieu spirituel

la paya Shwedagon à Yangon.
La paya Shwedagon à Yangon. (Photo: AFP)

L’or, justement, pare la paya Shwedagon à Yangon. Ce lieu sacré illumine de mille feux la ville de près de six millions d’habitants. Ne rien ressentir face à ce site bouddhiste paraît difficile tant son éclat est unique. Il est visible des quatre coins de la ville grâce à son stûpa – construction pleine en forme de cloche – haut de près de cent mètres. «Vous êtes allés visiter le temple?», nous demandent dans un anglais incertain tous les indigènes que nous croisons.

Fiers de cet héritage, les Birmans sont nombreux à s’y recueillir. Le jour de notre visite, le stûpa recouvert de vingt-sept tonnes de feuilles d’or scintille dans un ciel gris, laiteux et épais. Le spectacle est grandiose. Notre guide nous apprend que, selon la légende, il aurait plus de 2500 ans. Orné de milliers de diamants et de pierres précieuses, il contiendrait huit cheveux de Bouddha.

2 Les traditions du bétel et du thanaka

Une jeune femme, dont le visage est enduit de thanaka.
Une jeune femme, dont le visage est enduit de thanaka. (Photo: AFP)

Cette histoire n’est pas sans rappeler celle du rocher d’Or. Situé au sud de Yangon, nous y accédons après six heures de bus public. Les routes en Birmanie sont assez cahoteuses. Les touristes dans cette région sont rares et les locaux nous scrutent avec pudeur. Nous en faisons autant.

Deux choses titillent notre curiosité: de nombreux hommes ont la bouche rougeâtre et des femmes le visage enduit de terre. «Pour rester éveillés, certains Birmans mâchent du Kun Ja, il s’agit d’un mélange de noix, de tabac et de chaux enrobé dans une feuille de bétel. Les femmes utilisent quant à elles du thanaka, une pâte issue d’un arbre, comme produit de beauté. Il protège la peau du soleil et la rend douce», explique le réceptionniste de l’auberge une fois arrivé dans le village de Kinpun.

3 Un rocher en équilibre

Le rocher d’Or.
Le rocher d’Or. (Photo: Getty Images)

D’ici nous entamons l’ascension très périlleuse du mont Kyaiktiyo. Afin d’accéder au site religieux, il faut s’entasser à l’arrière d’un camion qui roule à vive allure sur des pentes extrêmement raides. Après une quarantaine de minutes, nous arrivons, sonnés et trempés par des pluies diluviennes. Nous retrouvons le sourire face au rocher d’Or. Haut lieu de pèlerinage, il est dit qu’un cheveu de Bouddha permettait à ce cailloux de six mètres de diamètre de conserver son (précaire) équilibre.

4 La plaine des temples

Bagan
Bagan. (Photo: Emily Lugon Moulin)

Bagan est un autre lieu magique. «L’un des plus beaux spectacles au monde», aurait dit Marco Polo. Il s’agit de l’endroit le plus touristique du pays. Et pour cause: dans une plaine à la végétation luxuriante (et infestée de serpents) des milliers de temples bouddhiques, construits entre le XIe et le XIIIe siècles, sont visibles à perte de vue.

Afin d’explorer cette zone archéologique qui s’étend sur environ soixante kilomètres carrés, nous louons des vélos électriques. Il suffit de quatre coups de pédale pour accéder aux temples faits de briques et de stuc. A l’intérieur, ceux qui sont toujours en activité ont souvent été agrémentés de carrelage et de surprenantes lumières multicolores. Les autres sont sombres et mystiques. Mais le clou du spectacle consiste à escalader un temple au coucher du soleil ou à observer la plaine d’un ballon à air chaud.

5 Le lac aux drôles de pêcheurs

Les pêcheurs avancent en entourant une rame de leur pied alors qu’ils essaient d’attraper des poissons dans un grand filet conique.
Un pécheur avance en entourant une rame de son pied alors qu’il essaie d’attraper des poissons dans un grand filet conique. (Photo: Getty Images)

«Il faut absolument voir le lac Inle, ses pêcheurs mythiques, ses jardins flottants et ses villages sur pilotis avant de partir», suggère un Anglais croisé sur la route. A l’est du pays, cette étendue d’eau cristalline longue d’une vingtaine de kilomètres se découvre à bord d’une sorte de pirogue motorisée. Les pêcheurs avancent en entourant une rame de leur pied alors qu’ils essaient d’attraper des poissons dans un grand filet conique. Il y a ici comme un air de bout du monde. Jusqu’à quand? Les touristes affluent. Les investisseurs étrangers accourent. La modernité – ou plutôt la connectivité – s’infiltre dans toutes les strates de la population. Il n’est pas rare de croiser un moine vissé à son smartphone ou des jeunes vêtus de sarongs hypnotisés devant une télévision diffusant des clips pop tonitruants. Un pays tout en contrastes et en superlatifs. Aussi complexe que magique.

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Auteur: Emily Lugon Moulin