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2 avril 2012

La bleue dans l’âme

Au concours national d’eaux-de-vie de Distisuisse, l’absinthe de François Bezençon a été couronnée reine! Une reconnaissance pour cet habitant du Val-de-Travers qui a aussi créé un musée à la gloire de la fée verte.

François Bezençon humant un verre d'absinthe
François Bezençon a baptisé son troublant spiritueux "Elixir du Pays des Fées".

Môtiers, chef-lieu du Val-de-Travers, berceau historique de la fée verte. A deux pas du centre, l’absintherie du Père François qui occupe les vastes locaux d’une ancienne distillerie. D’entêtants effluves anisés s’en échappent lorsque le maître des lieux entrouvre la porte…

A l’intérieur, exposés sobrement, les joyaux de la collection de François Bezençon: fontaines, verres, cuillères, affiches, tableaux… Autant de témoins de la saga mouvementée de l’absinthe. «Ici, ce n’est ni le Louvre ni la Fondation Gianadda, ça reste simple!» Sans grande publicité, ce musée attire tout de même quelque 4000 visiteurs chaque année.

Plus loin, trône l’alambic à bain-marie de cet alchimiste, l’instrument qui lui permet de réaliser son grand œuvre, à savoir la transformation d’une dizaine de plantes (petite et grande absinthe, mélisse citronnée, hysope, menthe poivrée, anis vert, fenouil…) en un troublant spiritueux qu’il a baptisé Elixir du Pays des Fées.

On utilise à peu près les mêmes ingrédients qu’à l’époque.

Un breuvage qui a littéralement ensorcelé les dégustateurs du dernier concours d’eaux-de-vie de Distisuisse. Résultat: 95 points sur 100, félicitations du jury et médaille d’or! «Ça fait plaisir, mais on n’a pas la prétention de faire la meilleure absinthe du pays. C’est juste une affaire de goût.»

Ce Vallonier ne regrette donc pas le bon vieux temps de la prohibition. D’autant qu’à l’époque, il n’avait pas intérêt à jouer les bouilleurs de cru clandestins. «Avec mon commerce de boissons, je ne pouvais pas me permettre de trafiquer dans le dos de la Régie fédérale des alcools, parce que je risquais ma patente, mon gagne-pain.»

Comme il y a aujourd’hui prescription, François Bezençon avoue avoir quand même vendu quelques flacons de bleue sous le manteau. «Mais jamais de la mienne!» précise-t-il avec un désarmant sourire.

La passion

«Distiller de l’absinthe n’a rien de bien sorcier, il n’y a pas de grands secrets de fabrication. Moi, j’ai remis au goût du jour une vieille recette que j’avais dénichée en son temps dans un bouquin. Finalement, on utilise à peu près les mêmes ingrédients qu’à l’époque.»

Mistinguette, gentille compagne à quatre pattes. (Photo: LDD)
Mistinguette, gentille compagne à quatre pattes. (Photo: LDD)

L’animal de compagnie

«A la ferme, quand j’étais gosse, on avait évidemment toujours des bêtes. On les aimait bien, mais sans plus… «Mistinguette», elle, je m’y suis vraiment attaché. C’est la chatte de ma compagne Marie-Rose, celle que lui ont offerte ses petits-enfants.»

François Bezençon reste très attaché à la Brévine, région de sa jeunesse. (Photo: LDD)
François Bezençon reste très attaché à la Brévine, région de sa jeunesse. (Photo: LDD)

Mon coin de pays

«La Brévine, j’y ai vécu toute mon enfance, toute ma jeunesse. Même si j’habite depuis très longtemps au Val-de-Travers, j’adore retourner là-haut. C’est mon coin, c’est là où sont mes racines.»

Quelques joyaux de la collection du musée.
Quelques joyaux de la collection du musée


Le hobby

«J’ai commencé par collectionner d’anciennes cartes postales de la région. Puis des objets en lien avec l’absinthe parce que je n’avais pas envie que ces témoins de notre histoire partent ailleurs. Et, de fil en aiguille, je suis devenu moi-même brocanteur...»

François Benzençon était un fervent supporter de Didier Cuche. (Photo: Keystone/APA/Sandro Zangrando)
François Benzençon était un fervent supporter de Didier Cuche. (Photo: Keystone/APA/Sandro Zangrando)

Une marotte

«Je suis avec assiduité la saison de ski. Mon intérêt pour ce sport date de 1956, l’année où les frères Huguenin de La Brévine ont participé aux Jeux olympiques. Et puis, on a eu notre Cuche, notre champion, dont j’étais un fervent supporter.»

En 1982, il a gagné un voyage au Brésil. (Photo: istockphoto)
En 1982, il a gagné un voyage au Brésil. (Photo: istockphoto)

Un voyage de rêve

«En 1982, j’ai gagné un voyage au Brésil de trois semaines. C’était fabuleux et j’aimerais bien y retourner un jour! C’est important d’aller voir ailleurs, de se confronter à d’autres réalités, mais je suis content aussi quand je retrouve mes sapins.»

Auteur: Alain Portner

Photographe: David Houncheringer