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12 janvier 2015

Peut-on négocier avec ses enfants?

Se faire obéir de ses enfants à coup de promesses, de récompenses ou de punitions, tous les parents connaissent. Mais utilise-t-on cette pratique à bon escient?

Le chantage d'une maman
Pour réussir à faire manger à son enfant des légumes... toutes les stratégies sont bonnes. Vraiment?

Si tu manges tes petits pois, tu auras de la glace au dessert.» «Si tu fais un caprice, je te confisque ton nouveau robot.» «Si tu termines tes devoirs, tu pourras jouer sur l’Ipad.» Inutile de le nier: marchandage, chantage et négociation sont bien souvent des outils de choix pour les parents lorsqu’il s’agit de faire obéir leur rejeton. A tort ou à raison?

«Il ne faudrait pas que cela devienne une méthode éducative, met en garde Katharina Schindler Bagnoud, directrice de l’Ecole des parents de Genève. Le chocolat ne doit pas être automatiquement associé aux légumes, ni l’argent à une bonne note. Le risque, c’est que le petit ne travaille à l’école que dans le but de recevoir une récompense.» Loin d’elle l’idée toutefois de bannir complètement la pratique:

Rien ne nous empêche d’emmener notre enfant au cinéma pour le féliciter d’un excellent trimestre, par exemple. Tout comme certaines bêtises nécessitent effectivement une sanction adaptée: mais il faut que cette dernière ne soit pas trop éloignée dans le temps.»

Si Junior fait des siennes le lundi soir, inutile donc de le priver de sa sortie au zoo le samedi suivant: il ne verra plus le lien entre les deux événements.

La carotte et le bâton ne seraient donc à manier qu’avec parcimonie. Idem pour la solution consistant à laisser une marge de manœuvre à l’enfant, afin lui donner une certaine illusion de liberté de choix: «Veux-tu te laver les dents maintenant ou juste avant d’aller te coucher?» «Veux-tu prêter ton vélo à ton frère maintenant ou dans cinq minutes?» «Tu préfères prendre un bain ou une douche?»

«Je ne m’engagerais pas sur cette pente, souligne Katharina Schindler Bagnoud. Si l’on commence à tout marchander, on ne s’en sort plus...» Notamment les matins lorsqu’il s’agit de harnacher la petite famille et d’arriver à l’heure à la crèche, à l’école, au boulot.

Il faut qu’ils se rendent compte que dans certaines situations, le temps n’est pas extensible et qu’ils n’ont pas le choix. Et surtout que tout n’est pas négociable.»

Il est donc primordial pour les parents de se mettre d’accord – afin d’assurer également une solide cohérence entre eux – sur les points sur lesquels ils ne transigeront pas. «Et les enfants doivent comprendre et accepter que ces points peuvent varier d’une famille à l’autre. Ce qui est possible chez leurs copains ne le sera pas forcément chez eux.»

En revanche, la Genevoise préconise une certaine souplesse lorsque la situation le permet. «Quand le souper est prêt, au lieu d’appeler la famille à table depuis la cuisine, il est préférable d’aller vers eux et de tenir compte de ce qu’ils font. S’ils sont en train de jouer ou de dessiner, il leur faudra peut-être un peu de temps pour sortir de leur activité. Il s’agit également de garder à l’esprit que les enfants sont avant tout dans l’instant présent: ils ont leur propre rythme et on leur impose le nôtre, rapide et saccadé.»

Et de reconnaître que les parents n’ont pas la tâche facile, loin de là. Notamment lorsqu’ils sont confrontés à un petit tyran de 2 ans et demi, qui ne semble connaître qu’un seul mot: non. «Cela peut devenir un vrai parcours du combattant pour lui faire mettre sa veste!»

Pour ceux qui sont en âge de comprendre, Katharina Schindler Bagnoud recommande l’utilisation d’un tableau sur lequel on dispense des bons points. «En fonction du domaine que l’on souhaite travailler avec l’enfant, on collera un smiley à chaque fois qu’il terminera son assiette, rangera sa chambre, aura passé une journée sans faire de caprices. Ainsi, on mettra en évidence ses efforts. Par ailleurs, il ne faut jamais hésiter à lui dire qu’on est content de lui: cela a énormément de valeur et il n’est pas nécessaire de lui promettre une récompense.»

© Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman, François Maret