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14 mars 2016

La chasse au gaspillage

L’écologie industrielle redéfinit les flux de matière et d’énergie pour en augmenter l’efficience. Des avantages écologiques et économiques, qui convainquent de plus en plus d’entreprises.

Schéma symbolisant l'écologie industrielle
Ces derniers dix ans, de nombreux projets écologie industrielle ont pu passer de concepts théoriques à une réalisation sur le terrain.

Conjuguer épargne d’énergie et développement économique. C’est le pari de l’écologie industrielle, qui «ne cherche pas seulement à diminuer la pollution après coup, mais à la prévenir en utilisant les ressources plus efficacement», résume Suren Erkman, professeur d’écologie industrielle à l’Université de Lausanne (Unil).

Pour cela, il s’agit de considérer de manière globale toutes les activités humaines au sein du système industriel qui prévaut depuis deux siècles.

L’écologie industrielle ne concerne pas seulement les entreprises actives dans le secteur secondaire, comme le terme pourrait a priori le laisser penser,

précise le scientifique. Le tourisme, la santé, la culture, les ménages… Toute activité qui implique consommation ou production d’énergie ou de matière peut être incluse dans ce processus, afin d’identifier ensuite des synergies entre ces différents acteurs.»

En Suisse, le canton de Genève a joué un rôle pionnier. Le principe d’écologie industrielle est d’ailleurs inscrit dans sa nouvelle constitution de 2012. Ces derniers dix ans, de nombreux projets ont pu passer de concepts théoriques à une réalisation sur le terrain.

Un des derniers en date, encore en construction, est le réseau de chauffage à distance de la zone industrielle de Plan-les-Ouates. Grâce au rejet de chaleur – même à basse température – de plusieurs entreprises, il sera possible de chauffer plusieurs bâtiments du site, ainsi que le futur quartier résidentiel voisin des Cherpines.

Pour encourager d’autres futures collaborations, le canton de Genève a mis sur pied en juin dernier la plateforme internet genie.ch:

«Le but est de donner envie aux entreprises d’augmenter leur efficience en développant entre elles des synergies ou en échangeant simplement leur savoir-faire et expérience en matière d’écologie industrielle,

indique Daniel Chambaz, directeur général de l’environnement à l’Etat de Genève et président du comité de pilotage de ce projet. Parfois, ces synergies sont si attrayantes que des entreprises traditionnellement concurrentes décident de travailler ensemble.

La collaboration n’est pas dans les gènes des entrepreneurs, poursuit-il. A nous de leur prouver que ces alliances ont un fort potentiel!»

Le beurre… et l’argent du beurre

Si l’écologie industrielle a déjà convaincu de nombreuses entreprises, c’est qu’elle permet non seulement de diminuer son impact sur l’environnement, mais aussi de réaliser de séduisantes économies financières. Daniel Chambaz l'admet:

«Les entreprises apprécient quand un projet écologique ne leur coûte rien. Et plus encore quand il rapporte de l’argent»,

«C’est vrai, les bénéfices écologiques sont rarement suffisants pour nos clients», constate de son côté David Rochat, directeur de Sofies International, une entreprise de conseil en durabilité lancée en 2008 à Genève. «Ils veulent, sans prendre de risques, un retour sur investissement. Notre équipe se compose aussi d’experts en finances qui, dès le début du projet, établissent un solide business plan.»

Par ailleurs, des chercheurs de l’Unil et de la HES de Muttenz (BL) ont développé Celero, une plateforme internet gratuite, accessible dès cet été aux entreprises gestionnaires de zones industrielles et consultants.

Les entreprises avaient l’habitude d’enregistrer confidentiellement leurs flux de matières et d’énergies selon leur propre méthode. Le but est de rendre ces données disponibles»,

explique Guillaume Massard, chef de projet.

Le logiciel, subventionné par l’Office fédéral de l’environnement, a l’ambition de se déployer à l’international, l’écologie industrielle ayant un énorme potentiel dans les pays émergents: «Là-bas, d’immenses zones industrielles sont construites à partir de zéro, explique le directeur de Sofies International, qui dispose d’agences à Genève, Zurich, Paris et Bangalore (Inde).

Il fait sens de bien réfléchir à la planification de ces sites pour faire juste dès le début!»

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Illustrations: Martin Burgdorff