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2 juin 2014

La cigarette, interdite dans la rue aussi?

La ville australienne de Melbourne va bannir la clope de tout son territoire, y compris à l’extérieur. Un exemple à suivre chez nous? Certains en rêvent déjà.

La municipalité de Melbourne a décidé d’interdire la fumée en plein air d’ici à 2016.
La municipalité de Melbourne a décidé d’interdire la fumée en plein air d’ici à 2016. (photo Glow Images)

Fumeurs, vous n’avez encore rien vu. Certes l’exemple, ou la menace, selon le point de vue où l’on se place, peut paraître lointain. Melbourne ce n’est pas la porte à côté. La deuxième ville australienne avec ses 4 millions d’habitants a décidé d’ici à 2016 d’interdire totalement la cigarette dans les lieux publics, ce qui n’a rien d’original, mais également, ce qui s’avère beaucoup plus novateur et radical, à l’extérieur. C’est-à-dire dans les rues, sur les trottoirs, les chantiers de construction, les parcs, etc.

Un premier test a été mené dans l’un des quartiers les plus connus, The Causeway. Succès total et appui massif de la population pour étendre la mesure à la ville entière. C’est du moins ce qu’affirme la municipalité. Laquelle pense même transformer l’essai en un argument touristique prometteur: «Je pense que nous allons attirer des gens à Melbourne en étant l’une des premières villes du monde sans tabac», s’enthousiasme un conseiller municipal. Penser que les Australiens marchent sur la tête, c’est oublier sans doute avec quelle rapidité les premières expériences new-yorkaises d’interdiction du tabac dans les bars et les restaurants se sont répandues ensuite sur tout le Vieux Continent.

Certes pour l’heure en Suisse ce sont surtout quelques gazouillis approbateurs qui se font connaître. Tel le tweet (voir l'image ci-dessous) du jeune Vert vaudois Pierre-Alain Jaquet, vice-président de la section de Morges: «Melbourne veut devenir entièrement non-fumeur. Et si on faisait pareil?!».

Les regards de plus en plus appuyés lancés en terrasse sur ceux qui osent encore sacrifier au rituel de l’herbe à Nicot, laisseraient penser que les choses iront plus vite qu’on imagine. Melbourne veut avancer néanmoins étape par étape, «prouver aux commerçants et aux entreprises, comme nous l’avons fait auprès des patrons des bars et restaurants, que cela n’éloignera pas les clients». Histoire d’arriver in fine à ce paradis futuriste: pour chacun, des poumons de première communiante.

«Une mesure un peu liberticide mais en vue du bien commun»

Pierre-Alain Jaquet, étudiant, membre des Verts vaudois.
Pierre-Alain Jaquet, étudiant, membre des Verts vaudois.

Pierre-Alain Jaquet, étudiant, membre des Verts vaudois.

Pourquoi avoir suggéré que la Suisse ferait bien d’imiter Melbourne et son bannissement total de la cigarette. Une manière radicale d’agir, non?

Disons d’abord qu’il s’agit d’une prise de position personnelle qui n’engage pas les Verts. Une mesure radicale? Effectivement. Je suis pourtant contre l’interdiction totale de la cigarette, qui risquerait de développer du marché noir. En revanche, pour tout ce qui est des espaces publics, comme les quais de gare, les terrasses des restaurants, une interdiction pourrait inciter les gens à fumer moins facilement, ce qui est positif.

Ne s’agit-il pas de faire le bonheur des gens malgré eux?

Sauf qu’il existe un autre argument: en tant que non-fumeur, quand vous attendez le train ou que vous êtes installé sur une terrasse, la fumée vous dérange, déjà rien qu’au niveau de l’odeur. Ensuite cette fumée passive est dangereuse pour votre santé. Sur ces deux aspects une interdiction dans les lieux publics aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur fait sens. Si on prend le cas concret de Melbourne et de l’Australie en général, l'un des pays les plus répressifs en matière de cigarette, on voit qu’ils ont obtenu des chiffres assez intéressants. Ne sont-ils pas passés en moins de cinquante ans de 50% de fumeurs à 15% aujourd’hui? Mais, plus important que les interdictions à mon sens ,il y a la prévention, auprès des jeunes certes, mais pas seulement. Il y a par exemple des efforts à faire pour limiter l’impact de la publicité. Il existe à cet égard une idée là encore australienne: que tous les paquets quelle que soit la marque aient un aspect extérieur identique, pour diminuer l’attractivité du produit.

A ceux qui disent que c’est une liberté, une de plus, qui disparaît, que répondez-vous?

Je comprends l’argument. Mais il faut considérer aussi le bien commun. C’est peut-être une liberté en moins pour les fumeurs, mais une amélioration pour les non-fumeurs. Quand on voit les dangers qu’occasionne la cigarette, la nécessité s’impose d’en protéger le public. Ce ne serait d’ailleurs pas forcément une décision très populaire. Des non-fumeurs même seraient contre. La mesure peut sembler un peu liberticide, certes, mais en vue du bien commun. Il y a finalement plus d’avantages que d’inconvénients à une interdiction de fumer dans l’espace public extérieur.

© Migros Magazine - Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet