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9 mai 2016

La cité merveilleuse

Même si la sécurité n’y est pas parfaite, Rio de Janeiro mérite le détour. De nouvelles attractions touristiques, comme le Musée de Demain (Museu do Amanhã), ont vu le jour. Et le franc fort rend le séjour des Suisses particulièrement avantageux.

Spécialement le matin, la vue est stupéfiante depuis le Corcovado, qui culmine à près de 700 mètres.

Avec sa femme Clarissa et son fils Pedro, le Suisse Fabio Blaser habite à proximité de Santa Teresa.

Quand on monte sur le Corcovado, on est immédiatement saisi par la beauté du paysage. De cette montagne emblématique, on aperçoit la forêt tropicale, le Pain de Sucre, un océan d’habitations, des plages et l’Atlantique. Et l’on comprend alors pourquoi, lorsqu’ils évoquent leur ville, les indigènes parlent de «cité merveilleuse».

Le Biennois Fabio Blaser, 27 ans, s’extasie lui aussi. Il habite à Rio de Janeiro depuis l’été 2011.

Deuxième ville du pays, Rio est logée dans un cadre incroyablement séduisant, explique-t-il. Elle appartient aux cités les plus attrayantes de la planète.

Figurez-vous que 7% de sa surface demeure boisée, y compris une partie du centre ville.» Pour cette raison, notre compatriote ne se sent pas trop perdu dans la jungle de béton et d’acier de la métropole qui compte 6 millions d’habitants. Les plages et la mer sont fascinantes. «Même si je suis bloqué dans les bouchons – ce qui arrive fréquemment en raison des constructions inhérentes aux Jeux olympiques – je profite presque toujours d’un joli point de vue.»

Fabio Blaser étudiait la photographie en Angleterre lorsqu’il rencontra Clarissa, âgée aujour­d’hui de 32 ans, qui est devenue sa femme. Une «Carioca», comme on appelle les habitants de Rio. L’océanographe et le photographe décidèrent alors de planter leur tente à l’endroit où le premier d’entre eux trouverait du travail. Ce fut Clarissa, en 2011, engagée à Rio en qualité d’analyste de l’environnement. Fabio, lui, travaille pour des entreprises ou des personnes privées. Il photographie des manifestations, des restaurants, des modèles, des appartements luxueux. Il compte aussi sur les quelque 6500 Suisses qui vivent dans la région.

Le couple habite dans un petit appartement de trois chambres au troisième étage d’un immeuble du quartier de Santa Teresa. En septembre 2015, la famille s’est agrandie avec la naissance de Pedro. Le logement de Fabio et Clarissa Blaser donne sur une route à quatre pistes et sur la barrière verte du rio Comprido qui ressemble à une petite vallée. Si l’on se penche un peu en avant, on aperçoit la statue emblématique de 40 mètres du Christ Rédempteur, perchée sur le Corcovado.

La rue Almirante Alexandrino forme l’artère principale de Santa Teresa. Sinueuse, elle domine le littoral. A l’époque, un tram branlochant y circulait. Elle est maintenant calme et constellée d’échoppes d’artisans, de bars et de restaurants.

La question de la sécurité

L’hôtel cinq étoiles Santa Teresa, qui appartient au groupe «Relais et Châteaux», se révèle une véritable oasis. L’établissement fit pourtant les gros titres des journaux il y a quelques années. Au milieu de la nuit, des hommes armés franchirent le mur d’enceinte et pénétrèrent dans les chambres des clients pour y voler de l’argent, des objets de valeur et des passeports.

Fabio Blaser lui-même fut victime de l’un de ces braquages. Il cheminait pour des raisons professionnelles sur une piste cyclable des parcs Flamengo, d’où la vue sur le Pain de Sucre est particulièrement saisissante et où les habitants font du sport. C’était 10 heures le matin, lorsque deux hommes s’approchèrent de lui, un par-devant, l’autre par-derrière, très intéressés par son appareil photo. Impossible de leur échapper. En dialecte «carioca» appuyé, Fabio leur demanda alors ce qu’ils voulaient. Perplexes, les deux hommes en déduisirent qu’ils avaient affaire à un indigène et poursuivirent leur chemin.

Plusieurs fois, ma femme s’est sentie agressée, rapporte Fabio Blaser. Elle ne téléphone plus dans la rue quand elle se trouve au centre ville. Elle craint les voleurs qui pourraient lui arracher son mobile.»

Dans un contexte de crise économique, l’inflation de tout juste 11% que connaît le pays favorise de tels méfaits. Dans le quartier de la famille Blaser, le nombre de voitures volées augmente. Idem pour les passants détroussés. Fabio et Clarissa en revanche n’ont que rarement entendu des fusillades. De tout temps un large fossé entre riches et pauvres a existé au pays de Dilma Rousseff, la présidente menacée de destitution. Sur la plage de Copacabana, on trouve ainsi les joailliers de luxe comme H. Stern tandis que, dans la partie méridionale de la ville, s’entassent près de 250 000 habitants dans la favela Rocinha, le plus grand bidonville du Brésil.

La sécurité varie beaucoup d’un endroit à l’autre, concède Fabio Blaser. «J’habite dans un quartier qui n’est pas touristique. La police n’en fait pas une de ses priorités.» Autrement dit, celles et ceux qui tous les jours visitent les sites touristiques n’ont pas plus à craindre que dans d’autres métropoles. Lorsque, le 5 août prochain, les Jeux olympiques d’été seront déclarés ouverts, Rio de Janeiro sera l’une des villes les plus sûres de la planète grâce à la présence de la police et de l’armée – à tout le moins, c’était déjà le cas lors de la Coupe du monde de football en 2014.

Naturellement, dans le cadre d’un événement de cette importance, on ne devrait emporter avec soi que le strict nécessaire, conseille Fabio Blaser. C’est-à-dire pas de montre tape-à-l’œil, ni de bijoux en or. Et un minimum d’argent liquide. Prière aussi de porter discrètement son appareil photo, instrument indispensable à Rio.

Points de vue prestigieux

Immortaliser les attractions touristiques de la ville apparaît en effet rapidement comme une évidence. Fabio affectionne particulièrement les ruelles tortueuses de Santa Teresa et leurs pâtés de maisons historiques. Dans le cadre d’une opération «portes ouvertes» au mois de juin, les artistes accueilleront les visiteurs dans leurs ateliers. Le quartier est aussi réputé pour ses graffitis – particularité qui n’est pas mentionnée dans tous les guides touristiques. Du Mirante Dona Marta, on jouit d’une vue époustouflante sur Rio, le Corcovado et la lagune.

Dans le quartier touristique d’Ipanema, au sud-ouest de Copacabana, la mer invite à la baignade – à l’inverse des baies de Flamengo, Botafogo, Urca et Guanabara, polluées à cause des eaux usées pestilentielles. Or, c’est précisément à Guanabara que se dérouleront les épreuves de voile... Fabio Blaser, lui, adore la baie d’Urca, tout près du Pain de Sucre, un endroit de rêve connu pour ses bars, ses snacks et ses couchers de soleil romantiques.

Parmi les nouvelles attractions touristiques, le spectaculaire Musée de Demain ( Museu do Amanhã ) occupe une place particulière dans le quartier portuaire de Maravilha. C’est la star de l’architecture, l’Hispano-Suisse Santagio Calatrava, qui l’a construit. Il a coûté plus de 50 millions de francs. Pour Rio de Janeiro, un édifice aussi spectaculaire n’a cependant rien d’exceptionnel. A Niteró, en lisière de la ville, le Musée d’art moderne (Museu de Arte Contemporânea), perché sur un éperon rocheux, s’élance au-dessus du rivage tel un objet volant non identifié.

Sites culturels et vie nocturne

Le centre ville mérite indéniablement le détour. On s’émerveille devant maintes constructions historiques situées dans les parages de l’avenue Rio Branco: lieux de culte, opéra, Bibliothèque nationale, café-confiserie Colombo (vieux de plus de 120 ans!). Le mieux consiste encore à s’asseoir dans un taxi au départ de Copacabana puis de parcourir le quartier de Flamengo et ses parcs très prisés des joggers et des cyclistes.

On combinera avantageusement une visite de la vieille ville avec une escapade à Lapa, épicentre de l’impétueuse vie nocturne, plus précisément à l’angle de la rue de Lavradio et de l’avenue Mem de Sá.

Pour s’amuser, avec ses bars et ses discos, Lapa est idéal, affirme Fabio Blaser. Je recommanderais moins ses restaurants.»

Après le crépuscule, on devrait renoncer aux transports publics. Le trajet de retour en taxi jusqu’à Copaca­bana (15 minutes) coûte à peine 30 réaux (10 francs).

De fait, durant ces trois dernières années, la valeur du franc a doublé par rapport à la monnaie nationale, ce qui rend le séjour des Helvètes particulièrement avantageux. Les Cariocas eux-mêmes ne manquent pas de séduction. Même si la plupart d’entre eux n’ont aucune idée de la samba, leur joie de vivre et leur décontraction sont frappantes. «J’aime leurs manières cordiales, témoigne Fabio Blaser. On peut très vite lier connaissance.» On se convainc encore davantage de cette façon joviale d’aborder l’existence le dimanche, quand le trafic est interdit le long de Copacabana et que la plage se peuple d’adeptes du bronzage ainsi que de joueurs de football et de volleyball. Avec un verre de jus de baies d’açaï à la main, en mode détente, on oublie pour un moment les questions de sécurité et on se prend à rêver face à l’étendue de l’océan.

Texte © Migros Magazine – Reto E. Wild

Auteur: Reto Wild

Photographe: Reto Wild