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5 septembre 2016

La consommation d’électricité enfin stable

Après plusieurs décennies de forte augmentation, la demande en électricité en Suisse semble enfin avoir atteint son maximum. Mais il reste encore de gros efforts à fournir pour parvenir au but ultime de la Confédération: une société à 2000 watts.

Une ampoule avec une fiche électrique en guise de filaments
Photo: Gaetan Bally/Keystone

Vingt-septième. C’est le rang peu glorieux de la Suisse dans le classement de la consommation d’électricité par habitant. Le pays fait un peu moins bien que ses voisins: la France (30e), l’Allemagne (31e) et l’Italie (57e). Mais un peu mieux que l’Autriche (25e), selon les données 2014 compilées par The World Factbook.

La bonne nouvelle dans tout ça? C’est que cette demande (58,2 milliards de kWh en 2015) semble enfin s’être stabilisée, indique l’Office fédéral de l’énergie (OFEN).

Après des décennies de forte augmentation, on enregistre depuis 2010 des résultats plus ou moins stables, fluctuant encore selon certaines variables. Notamment l’année dernière, période pour laquelle les résultats indiquent une hausse de 1,4% par rapport à 2014.

Trois facteurs l’expliquent: la croissance économique (le produit intérieur brut a augmenté de 0,9% en 2015), démographique (la population a bondi de 1,1% cette même année, selon l’Office fédéral de la statistique) et bien sûr les conditions météorologiques.

Cette dernière variable n’est d’ailleurs pas à négliger puisque le chauffage représente près d’un dixième de la consommation totale d’électricité en Suisse. Or, par rapport à 2014 – année la plus chaude depuis 1864 – les degrés-jours de chauffage ont augmenté l’année dernière de 10,5%.

Genève montre l’exemple

L’un des meilleurs élèves en la matière, c’est le canton de Genève. Selon l’Office cantonal de l’énergie, depuis 2010, la consommation électrique s’y est réduite en moyenne de 0,7% par an. Des résultats prometteurs, d’autant plus que sur cette même période la population genevoise a crû de 5,7%.

Portrait de Gilles Garazi en plein air
Gilles Garazi

Pourquoi le canton de Genève parvient-il à faire mieux que la plupart des autres cantons? «C’est une combinaison de différents facteurs, estime Gilles Garazi, directeur de la transition énergétique aux Services industriels de Genève (SIG).

Mais je crois que la prise de conscience des enjeux liés à l’énergie a débuté en 1986, lorsque les citoyens genevois ont accepté en votation populaire la sortie de leur canton du nucléaire.»

Il y a ensuite le programme éco21, porté par les SIG dès 2007 et qui propose de nombreuses mesures pour parvenir à une réduction de la consommation énergétique. Et c’est parmi les entreprises que les efforts ont tout particulièrement porté leurs fruits: depuis cinq ans, elles sont parvenues à réduire chaque année d’environ 1% leur consommation électrique.

«Les grandes entreprises sont généralement de gros consommateurs d’énergie. Chez elles, de petites améliorations permettent rapidement des baisses équivalentes à la consommation électrique de nombreux ménages», se réjouit Gilles Garazi.

Le secret des SIG, c’est aussi d’avoir réussi à impliquer l’ensemble des acteurs concernés, y compris les professionnels de la branche:

Nous offrons par exemple des formations pour les électriciens et chauffagistes. Les professionnels jouent un rôle primordial

puisqu’ils sont en contact direct avec la population et les entreprises qui les mandatent.»

Dans un pays de locataires comme la Suisse – le pays détient le record européen – les régies immobilières se révèlent aussi un interlocuteur incontournable. «C’est aussi bien un atout qu’un inconvénient, estime Gilles Garazi. Les locataires ne peuvent pas décider eux-mêmes de changer leur vieux frigo contre un modèle plus efficient ou encore d’isoler la façade de leur immeuble.»

Mais cette configuration particulière a l’avantage pour les SIG de réduire le nombre de leurs interlocuteurs: «Les régies sont très concurrentielles entre elles et mettent donc en avant leur engagement environnemental. Par exemple en rendant plus efficient l’éclairage des parties communes de leurs immeubles.»

Du côté de la Confédération, on investit aussi des moyens toujours plus importants pour jouer un rôle de prévention. «Pour la plupart des gens, le thème de l’énergie est abstrait et complexe. Notre but est donc de le rendre compréhensible du grand public, explique Raphael Zürcher, co-responsable du projet Energy Challenge 2016 organisé par Suisse Energie et qui propose notamment des animations dans plusieurs villes.

Horizon 2100

Une meilleure information peut-elle réellement nous convaincre d’adopter de meilleurs comportements au quotidien? «Le message principal de Suisse Energie, c’est que l’on peut économiser l’énergie sans forcément empiéter sur sa qualité de vie, répond Raphael Zürcher.

On peut aimer prendre de longues douches chaudes… et pour compenser décider de manger moins souvent de la viande.

Le plus important, c’est de tenir compte de l’ensemble de nos actions!»

Reste encore un paradoxe à expliquer: le nombre croissant de véhicules électriques, tels que vélos ou voitures, alors même que l’on cherche dans le même temps à réduire notre dépendance à cette source d’énergie... «Cela fait sens d’un point de vue énergétique de remplacer un moteur essence par un moteur électrique, rappelle Gilles Garazi.

Un moteur électrique est en effet à 95% efficient alors qu’un moteur essence n’affiche une performance que d’environ 28% et le diesel de 32%!»

L’objectif ultime est d’atteindre une société à 2000 watts par personne et par an, un but fixé par l’OFEN à l’horizon 2100. Si de gros efforts sont encore à fournir, la Suisse semble toutefois sur le bon chemin: les données actuelles indiquent une consommation d’un peu moins de 5500 watts par habitant. Contre encore 6300 il y a dix ans!

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin