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29 août 2016

La couche d’ozone en voie de guérison

C’est l’exemple même d’un accord international qui a porté ses fruits. Selon une nouvelle étude, le trou au-dessus de l’Antarctique pourrait être déjà complètement refermé à l’horizon 2050.

Des images satellites montrant le trou d’ozone au-dessus de l’Antarctique
Des images satellites montrant le trou d’ozone au-dessus de l’Antarctique à son maximum pour chaque année de 1979 à 2014 (de gauche à droite), excepté pour 1995 (photo: Keystone).

Bonne nouvelle: le trou dans la couche d’ozone se referme. Et plus vite que prévu. C’est la conclusion à laquelle est arrivée une étude internationale, parue il y a quelques semaines dans la revue Science.

Selon Susan Solomon, l’auteure principale et professeur de chimie et de science du climat au Massachusetts Institute of Technology (MIT), entre 2000 et 2015, pour les mois de septembre (lorsque la perte d’ozone est la plus importante), le trou au-dessus de l’Antarctique se serait réduit de 4 millions de km2. Des obser­vations qui permettent à l’équipe anglo-américaine d’espérer une guérison complète vers 2050.

Particularité de cette nouvelle étude: elle n’est ciblée que sur le mois de septembre. «Une période qui est moins sujette aux variations naturelles, notamment la température ou les éruptions volcaniques, explique Eliane Maillard Barras, spécialiste de la mesure des données atmosphériques à Météosuisse.

Ces résultats sont donc plus précis que ceux des précédentes études qui se basaient, elles, sur toute la période de la formation du trou au-dessus de l’Antarctique, soit de fin août à octobre.»

Météosuisse opère également un contrôle de la densité d’ozone au-dessus de la Suisse. Ainsi, depuis 1968, trois fois par semaine, des ballons-sondes sont lâchés depuis leur centre de Payerne (VD) dans les airs pour analyser le profil d’ozone jusqu’à 30 km d’altitude. Et depuis 2000, les profils d’ozone stratosphérique sont également mesurés depuis le sol par un radiomètre.

«Jusque dans les années 2000, nos données indiquent une baisse de la quantité d’ozone, note la scientifique. Puis, après une légère stabilisation, nous avons pu observer une augmentation de ce taux d’environ 4% par décennie en basse stratosphère.»

Des résultats réjouissants, certes. Mais qui malheureusement ne peuvent pas encore être considérés comme significatifs, «puisque l’on a à peine atteint le nombre d’années de mesure suffisant pour considérer de manière correcte les variations naturelles du taux d’ozone depuis 2000, précise Eliane Maillard Barras. La tendance est bien moins nette sous nos latitudes qu’elle ne l’est en Antarctique, là où se situe le trou!»

Un combat amorcé il y a trente ans

Ce n’est qu’en 1985 que l’on a pris conscience de l’ampleur du problème. Les mesures effectuées par Joseph Farman et son équipe à la station britannique de Halley Bay en Antarctique le prouvent: plus de la moitié de l’ozone stratosphérique disparaît au-dessus de l’Antarctique au cours du printemps austral.

Deux ans plus tard, ces données suffisent à convaincre 43 pays de ratifier le fameux Protocole de Montréal qui prévoit une réduction progressive de la production des gaz CFC (chloro-fluoro-carbones) et de quelques autres substances produites par les activités humaines, également responsables de la raréfaction de l’ozone stratosphérique.

Au fil des années, d’autres Etats se sont joints au mouvement. Et en 2009, le Protocole de Montréal devient le premier traité de l’histoire des Nations Unies à atteindre la ratification universelle. Mais comment expliquer ce succès?

Avant toute chose, il faut noter que la détérioration de la couche d’ozone est un problème environnemental global,

ce qui explique que tous les pays se sont sentis très vite concernés», indique Laurence Boisson de Chazournes, profes-seure au Département de droit international de l’Université de Genève.

L’autre particularité de cet accord, c’est qu’il a impliqué les milieux économiques américains et européens dès le début du processus. «On avait identifié la source de ce problème – les gaz CFC – et l’on avait déjà à l’époque d’autres gaz de substitution pour la plupart des usages», poursuit l’experte en droit international de l’environnement. L’autre victoire, ce fut aussi de réussir à rassembler les pays du Nord et du Sud au cours d’une démarche dite «vertueuse».

C’est un accord dans le temps, où les Etats se sont joints au fur et à mesure. Mais l’on a aussi mis en place un système de pénalisation, pour les parties contractantes qui ne suivraient pas les règles.»

L’exemple à suivre?

Pourrait-on dès lors copier ce modèle pour résoudre le problème des gaz à effet de serre? «Les gaz CFC n’étaient utilisés que dans quelques domaines industriels, principalement pour les appareils réfrigérants, indique la professeur de droit. Les gaz responsables de l’effet de serre, eux, – principalement le carbone et le méthane – concernent la quasi-totalité des activités humaines. Quant aux produits de substitution, il existe bien sûr des formes d’énergies renouvelables... Mais l’on est encore très loin de pouvoir assouvir tous nos besoins en énergie grâce à elles!»

Texte: © Migros Magazine / Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin