Archives
18 janvier 2016

La déprime de janvier, un mal-être identifié

Le début de l’année correspond au moment où le blues hivernal se fait le plus sentir. Désormais, les effets sur notre santé physique et morale de la baisse de luminosité sont bien connus et plutôt bien traités. Pour autant que le bon diagnostic soit posé.

une personne sous un parapluie au bord d'un lac photo
Le manque de lumière du mois de janvier donne le blues aux gens. (Photo: Keystone)

En janvier, c’est le plus dur. Pas de fêtes ou d’occasions de se réjouir. Et ces jours froids et si courts, avec une obscurité qui tombe à l’heure du goûter alors que beaucoup sont déjà arrivés au travail dans la pénombre. Si ce manque de lumière vous met à genoux, si vous vous sentez anormalement raplapla, peut-être souffrez-vous de cette dépression saisonnière dont les effets culminent en ce moment.

Ce blues hivernal s’explique donc par la diminution de la durée et de l’intensité de la lumière naturelle lors de la mauvaise saison. Et cela perturbe le centre cérébral qui dirige nos différentes horloges internes, notamment la régulation des humeurs ou encore la production de neurotransmetteurs comme la mélatonine ou la sérotonine. Ce qui provoque des perturbations dans l’humeur, l’appétit ou le sommeil (on mange et on dort souvent davantage.) Et peut aller jusqu’à occasionner un arrêt de travail. Même si la dépression saisonnière est le plus souvent moins grave que la dépression elle-même, autant accepter l’idée que notre moral, comme notre rythme biologique, est influencé de manière non négligeable par le temps qu’il fait. Non par la météo elle-même, mais par la durée et l’intensité de la lumière extérieure.

Cette pathologie est désormais bien connue et, si un lien clair existe entre les épisodes dépressifs et la diminution des périodes de jour au moins deux années de suite, le diagnostic s’avère assez facile à poser. Mais avant d’en arriver là, autant saisir la première occasion d’aller passer une journée au soleil, soit au-dessus de la grisaille, soit un peu plus loin. Et puis il y a la luminothérapie qui redonne du pep en quelques semaines à raison d’une courte séance matinale quotidienne.

«Il s’agit d’une vraie pathologie mais qui se soigne plus facilement que la dépression»

Yves-Alexandre Thalmann, psychologue à Fribourg.

En quoi se caractérisent ces troubles liés au manque de lumière?

La dépression saisonnière se traduit par le même type de symptômes que la dépression traditionnelle: des idées noires, un manque d’énergie et de motivation, une absence d’envie et d’entrain. Peuvent s’y adjoindre une augmentation de l’appétit, des troubles du sommeil ou de l’hypersomnie, des importantes variations de poids.

Pourquoi cela se produit-il?

On pense à tort que les gens qui vivent dans des régions où il y a beaucoup de soleil vont mieux. C’est inexact. Ce qui importe, c’est la baisse importante de la luminosité. A cette période, beaucoup vont travailler alors qu’il fait encore sombre, restent une bonne partie de la journée sous une lumière artificielle, qui n’a pas les mêmes bienfaits, et lorsqu’ils rentrent chez eux, il fait déjà nuit.

C’est donc un phénomène assez logique?

Oui, d’autant plus qu’en été le soleil émet de 50 000 à 100 000 lux (l’unité de mesure de l’éclairement lumineux, soit le lumen par mètre carré, ndlr). En hiver, et encore faut-il qu’il y en ait, de 10 000 à 20 000 lux. Sous un éclairage artificiel, seulement 50 à 500 lux. Le déficit est donc important. Or, la lumière influence un centre cérébral qui règle nos différentes horloges internes, y compris par exemple celle du sommeil. Ce centre cérébral, que l’on appelle noyau suprachiasmatique, coordonne les cycles de nos différentes activités biologiques comme la digestion ou la tension artérielle sur un rythme de vingt-quatre heures. Or il est fortement influencé par la lumière. D’où l’importance de celle-ci non seulement sur notre fonctionnement biologique, mais aussi sur notre moral.

Tout le monde souffre donc plus ou moins du manque de lumière en hiver. Mais sait-on combien de personnes sont fortement affectées par ce phénomène?

On sait que les femmes sont davantage concernées que les hommes, deux fois plus même, sans doute pour des raisons hormonales. On estime qu’un Suisse sur cinquante (soit 2 à 3% de la population) serait touché par cette maladie. Il faut y ajouter environ 10% de personnes atteintes moins gravement, avec des effets diminués. En Irlande, on parle de 20% de la population féminine.

Est-ce facile à traiter?

Plus facile que la dépression classique, bien sûr, puisque la cause est plus facile à cibler. Mais évidemment encore faut-il déceler l’origine du problème, ce qui n’est pas toujours simple.

Comment?

Avec de la luminothérapie qui, en gros, simule l’ensoleillement d’une saison ou d’une latitude plus clémente à l’aide d’une lumière blanche spéciale qui ne contient ni UV ni infrarouges. En une demi-heure d’exposition, on compense le manque de luminosité extérieure et l’on bloque la production de mélatonine, cette hormone qui favorise l’endormissement, normalement secrétée le soir et bloquée le matin. Evidemment, dès que possible, aller chercher le soleil là où il se trouve et faire des activités physiques sont bénéfiques contre une baisse de tonus. Des aliments riches en vitamines, oméga-3 ou encore oligoéléments doivent être favorisés. Tout comme l’exercice physique. Si les symptômes ne s’avèrent pas trop pénalisants, l’on peut également tout simplement attendre la fin de l’hiver et le moment où la lumière augmente à nouveau. Mais si le mal-être est profond, il vaut mieux aller consulter plutôt que d’attendre d’être touché par une vraie dépression saisonnière. Même si elle est le plus souvent moins grave que la dépression, elle peut tout de même mettre les gens bien à plat, avec parfois des arrêts de travail à la clé.

Texte © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey