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10 décembre 2012

La doreuse adorée

Dans son petit atelier du Val-de-Ruz, Laurence Muriset Rossi décore à la feuille d’or cadres, miroirs, pendules, girouettes et autres coqs d’église. En faisant les mêmes gestes et en utilisant les mêmes outils que les artisans d’antan.

Laurence Muriset Rossi
Laurence Muriset Rossi dans son atelier du Val-de-Ruz.
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Rendez-vous devant l’entrée d’un immeuble sans âme situé à Cernier, chef-lieu du Val-de-Ruz. Laurence Muriset Rossi nous guide à travers un dédale d’étages et de couloirs jusqu’à un bureau d’architectes qu’elle traverse pour enfin s’arrêter devant la porte de son atelier de poche. C’est là, dans ces quelques mètres carrés, que cette Neuchâteloise donne ou redonne du lustre à des objets de toutes sortes: cadres, miroirs, pendules neuchâteloises, girouettes, coqs d’église…

Aussi concentrée qu’un moine encrant des enluminures, cette femme applique des feuilles d’or d’un à deux dixièmes de micron sur des supports préalablement traités et parfois restaurés. «Le plus gros du travail, même s’il ne se voit pas, c’est la préparation. Si elle est bâclée, on court à la catastrophe!» Entre les couches d’apprêt et le ponçage, cette mise en place nécessite pas moins d’une vingtaine d’opérations successives.

«A part la composition de quelques produits, ce métier n’a pas changé, n’a pas évolué depuis des siècles.» Les outils, par exemple, sont pareils à ceux qu’utilisaient les artisans d’antan: couteau pour attraper et découper les feuilles d’or, coussin pour les accueillir, palette – sorte de peigne – pour les saisir et les tapoter, et enfin pierre d’agate pour les polir et les faire briller. Il faut évidemment un sacré tour de main pour exercer ce noble art.

Employée de commerce de formation, Laurence a appris cette profession qui se perd sur le tard. «J’avais 40 ans quand j’ai commencé mon apprentissage de doreuse-apprêteuse.» Durant trois longues années, elle devra jongler entre famille, tâches ménagères, cours et travail. Elle obtient son CFC en 2006 et ouvre son atelier. Et ça marche? «Comme moi, qui suis kiosquière à temps partiel, la plupart de mes collègues ont un job à côté. Donc, je ne roule pas sur l’or…»

Son métier

«J’aime travailler seule et dans le calme, j’aime façonner la matière jusqu’à obtenir un bel ­objet. On voit les étapes, l’évolution… C’est un métier qui exige de la précision, de la méticulosité et beaucoup, beaucoup de patience. Il vaut donc mieux ne pas compter ses heures!»

Seules de fines couches d'or protègent ce coq des intempéries.
Seules de fines couches d'or protègent ce coq des intempéries.

Une pièce

«Parmi les objets les plus intéressants qui sont passés entre mes mains, il y a eu deux coqs d’église. L’un neuf et l’autre restauré. Ce sont de belles pièces grandes, imposantes et un peu clinquantes. Et étonnamment, seules de fines couches d’or les protègent des intempéries!»


L'abbaye de Fontaine-André, un coin de paradis à Neuchâtel.
L'abbaye de Fontaine-André, un coin de paradis à Neuchâtel.

Un lieu

«Quand j’étais enfant, j’avais un oncle – il était frère catholique – qui nous invitait à l’abbaye de Fontaine-André. Le parc est un véritable petit coin de paradis à Neuchâtel que peu de personnes connaissent et qui est pourtant tout à fait accessible.»


Ce livre a profondément touché Laurence Muriset Rossi.
Ce livre a profondément touché Laurence Muriset Rossi.

Un livre

«Ce roman – «J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir», de Christine ­Arnothy – raconte la vie d’une jeune Hongroise ­pendant la Seconde Guerre mondiale. Il m’accompagne depuis l’adolescence, je n’ai ­jamais pu me résoudre à le ­donner ou à le jeter tellement il m’a touchée.»


Travailler dans deux kiosques permet d'avoir de nombreux contacts.
Travailler dans deux kiosques permet d'avoir de nombreux contacts.

Son second job

«En parallèle à mon activité de doreuse, je travaille à 70% dans deux kiosques du Val-de-Ruz. Au départ, c’était pour permettre de lancer mon atelier, mais j’y ai vraiment pris goût par la suite… Ce job me permet d’avoir des contacts avec plein de gens différents.»


Laurence Muriset Rossi adore courir en forêt ou sur le crêtes.
Laurence Muriset Rossi adore courir en forêt ou sur le crêtes.

Un sport

«J’ai commencé à faire du sport à 20 ans. J’adore courir en forêt ou sur les crêtes. Ça me fait du bien mentalement et physiquement. D’ailleurs, si j’arrête de me dépenser – je fais aussi du fitness et de la marche à pied –, ça me manque très rapidement.»

Auteur: Alain Portner