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11 janvier 2016

La double vie d'Emilie

A la belle saison, elle sort sa panoplie d’arbitre de football. L’hiver venu, elle la troque contre celle de snowboardeuse professionnelle. La Biennoise Emilie Aubrya deux passions sportives qu’elle vit à fond, pour le plaisir et sans se poser trop de questions!

Emilie Aubry photo
Selon vous, quel équipement sied le mieux à Emilie Aubry, celui de la snowboardeuse ou celui de l’arbitre de foot?

Emilie Aubry n’a pas démarré cette nouvelle saison de boardercross comme elle se l’était imaginée (22e lors de la première épreuve Coupe du Monde). Mais elle évite de se mettre la pression. «Ça ne marche pas forcément de se fixer des objectifs trop élevés, trop ambitieux. J’ai désormais envie de savourer davantage le plaisir que j’éprouve compétition après compétition.» A 25 ans, cette Biennoise semble avoir atteint l’âge de raison.

C’est peut-être son deuxième dada, l’arbitrage, qui l’aide à garder les pieds sur terre. Elle sourit.

Non, non, il est révolu le temps où l’on faisait du snowboard parce que c’était cool et freestyle.

En fait, dans ces deux activités sportives, il s’agit d’être sérieux pour réussir.» Perfectionniste aussi, même si elle s'en défend mollement. «Quand j’entreprends quelque chose, j’essaie de le faire bien et j’aime – c’est vrai! – que tout soit parfait.»

Depuis toujours, cette fille de caractère a su ce qu’elle se voulait. C’est elle, par exemple, qui a choisi de surfer sur la neige alors qu’elle n’était pas plus haute que trois pommes. «J’avais quatre ans et demi quand je suis montée pour la première fois sur une planche, mais je ne sais toujours pas ce qui m’avait attirée dans ce sport à l’époque.» Qu’importe, cette mordue fait ses classes aux Portes du Soleil, du côté d’Avoriaz (F), avant de rejoindre les cadres de Swiss Snowboard .

A l’âge où beaucoup d’ados content fleurette et multiplient les grasses matinées, Emilie, elle, s’investit à 100% dans le snowboard et cumule les titres de championne suisse en juniors, puis en seniors. Sa carrière décolle en 2009 – elle a alors 19 ans – lorsqu’elle intègre le cadre national. «La première saison, j'ai terminé première du classement général de la Coupe d’Europe.» Oui, elle est toujours devant comme le petit cheval blanc de Georges Brassens !

Pourtant, en Coupe du Monde, elle devra un peu rentrer dans le rang. «C’est vraiment un autre niveau!», concède cette battante qui figure tout de même parmi les quinze meilleures rideuses de la planète en boardercross, cette discipline spectaculaire où à la fin seule une poignée de concurrentes s'affrontent pour le titre dans un «mano a mano» parfois musclé.

Il y a de l’adrénaline, des contacts, mais tout cela se fait dans le respect de l’adversaire.»

Aussi à l’aise en crampons qu’en boots

Respect, le mot est lâché et nous permet de rebondir sur l’arbitrage, la seconde passion de cette jeune femme qui connaît donc la règle du hors-jeu sur le bout des ongles. «Certainement mieux que beaucoup de footballeurs. Ahahah!» Aussi à l’aise en crampons qu’en boots, elle est devenue arbitre un peu par hasard. «C’est mon entraîneur (elle faisait alors partie du FC Boujean 34, un club de quartier à Bienne) qui m’a demandé si je pouvais aller siffler une rencontre de juniors pour le dépanner.» Elle y est allée, ça lui a plu et elle n’a dès lors plus pu arrêter.

Quand on lui demande quel plaisir elle éprouve à jouer les gendarmes sur les vertes pelouses, elle a cette réponse énigmatique:

Personne ne peut imaginer ce que vit un arbitre pendant un match…»

Si, il y a les réclamations des joueurs, les insultes des spectateurs, la peur de l’erreur. «Il y a de la pression, mais pas plus qu’avant le départ d’un boardercross. Et comme je suis d’un naturel plutôt calme et que j’ai une certaine autorité naturelle, ça se passe bien en général.»

Comme elle grimpe les échelons aussi vite qu’elle dévale les pistes, Emilie a tôt fait de rejoindre l’élite suisse des dames en noir. En tant qu’arbitre assistante (sa spécialité), elle officie aujourd’hui aussi bien en 1re ligue masculine que lors de compétitions féminines internationales. Elle a même figuré sur la feuille de match de la dernière finale de la Ligue des champions qui opposait les dames de Francfort à celles du PSG. «Comme 5e arbitre, précise-t-elle. Du coup, je suis restée au bord de la pelouse.» Sans regret ni amertume.

Non, c’était une super expérience!»

Jonglant entre arbitrage et snowboard, Emilie a trouvé un équilibre, son équilibre. «J’adore faire les deux, je n’ai pas du tout envie de choisir même s’il arrive parfois que l’une de ces activités empiète un peu sur l’autre.» Elle assume ces deux passions a priori antinomiques et peut-être même que cela l’aide à progresser, «à aller toujours le plus loin possible» comme elle aime à le répéter.

Texte: © Migros Magazine | Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Matthieu Spohn