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31 octobre 2016

La face cachée des parasites

Au-delà de leur mauvaise réputation, ceux que nous qualifions volontiers de profiteurs ou de nuisibles jouent, comme tout être vivant, un rôle décisif dans l’environnement, notamment dans le processus de sélection naturelle.

Du gui sur un arbre
Le gui affaiblit les arbres qu’il colonise de son étreinte étouffante.

Tout parasite vit aux dépens de celui qu’il habite. Ainsi, la tique suce le sang de sa victime pour se nourrir, le coucou squatte le nid d’autres oiseaux pour y pondre ses œufs et le gui pompe la sève de son hôte pour pallier son incapacité à réaliser la photosynthèse.

Pas étonnant que ces profiteurs souffrent d’une mauvaise réputation! Surtout quand ils prennent la forme de poux, de vers intestinaux ou encore de puces de canard, bref, de toutes ces petites bêtes promptes à envahir, démanger ou même parfois transmettre des maladies…

Philippe Christe
Philippe Christe professeur au département d’écologie et d’évolution de l’Université de Lausanne.

Mais au-delà de cette étiquette de nuisibles qui leur colle à la peau (quand ils ne s’accrochent pas à celle des autres), les parasites trouvent leur utilité dans l’environnement, ainsi que le rappellent Olivier Glaizot et Philippe Christe dans une exposition à découvrir au Musée de zoologie de Lausanne, à voir jusqu’au 20 août 2017. Biologiste et conservateur au sein de cette institution, le premier s’est associé au second, professeur au département d’écologie et d’évolution de l’Université de Lausanne, pour remettre l’église au milieu du village et le parasite au cœur de la biodiversité.

«Ces organismes vivants jouent un rôle prépondérant dans le processus de sélection naturelle, soulignent les deux hommes. Tout comme les prédateurs éliminent les proies les moins adaptées à leur environnement,

les parasites ont raison des hôtes les plus faibles, participant ainsi à la sélection des plus aptes à survivre.»

Un merle sur une branche.
L’absence de parasites permet aux oiseaux de rehausser leur parure de tons éclatants, comme c’est le cas pour le bec orange du merle.

Mieux encore: sans eux, les parades nuptiales des oiseaux n’auraient peut-être pas lieu d’être. Exit les couleurs chatoyantes des oiseaux du paradis, les longues plumes de la queue des veuves africaines ou celles de la roue majestueuse du paon, ou, plus près de chez nous, l’orange éclatant du bec des merles!

«Ces caractères sexuels secondaires, tels qu’on les nomme, sont extrêmement coûteux en énergie, explique Philippe Christe. Un individu parasité n’aura pas la force de les maintenir.

On peut dès lors les considérer comme un signal reflétant la capacité de résistance de l’oiseau,

une ­indication de leur bonne santé, qui seront déterminants pour une femelle lorsqu’il s’agira de ­choisir un mâle avec qui s’accoupler.»

La reproduction avant tout

En parlant d’accouplement: même si la théorie s’avère ­difficile à démontrer, les parasites expliqueraient également l’importance… du sexe dans le monde vivant! «Certaines ­espèces peuvent se reproduire de manière sexuée ou asexuée. Cette dernière solution s’apparentant à du clonage, un individu peu résistant aux parasites donnera donc automatiquement naissance à une descendance affichant la même faiblesse.

«En revanche, en optant pour la reproduction sexuée, en intégrant un partenaire dans l’équation, l’individu favorisera la diversité génétique et augmentera les chances de survie de ses rejetons. De là à dire que sans parasites il n’y aurait pas de sexe, il n’y a qu’un pas, que ne franchiront toutefois pas les deux ­spécialistes. «Disons plutôt que ce mécanisme a été favorisé par la sélection naturelle.»

Chenille de la pyrale du maïs dans un épi de mais.
La chenille de la pyrale du maïs n’est pas à l’abri d’autres parasites, même cachée dans la cavité centrale des épis.

Par ailleurs, Olivier Glaizot et Philippe Christe sont convaincus des impacts positifs qu’aurait l’élevage de certains de ces organismes dans un domaine comme celui de l’agriculture. «Prenez l’exemple de la pyrale du maïs, ce papillon ravageur de cultures: elle-même se trouve être l’hôte d’une guêpe qui y pond ses larves et à terme l’élimine.

En utilisant cette guêpe à des fins de lutte biologique, les paysans peuvent efficacement contrôler le ravageur.»

Portrait d'Olivier Glaizot
Olivier Glaizot, Biologiste et conservateur du Musée de zoologie de Lausanne (photo: François Biollaz)

Mais attention, mettent-ils en garde, à ne pas introduire un parasite qui s’avérerait finalement tout aussi néfaste que le mal qu’il veut éradiquer! Enfin, Olivier Glaizot met également en lumière l’utilisation de certains de ces profiteurs en médecine, notamment pour lutter contre les maladies auto-immunes.

En ingérant un œuf de ver intestinal, le patient détourne l’attention de son système immunitaire,

qui jusque-là s’attaquait à ses propres cellules. La méthode est assez nouvelle, mais les premiers tests ont été plutôt concluants. Encore faut-il dépasser notre dégoût à l’idée d’avaler un ver…» Et Philippe Christe de renchérir: «Etant donné que plus de 30% des organismes vivants sont des parasites, on peut imaginer qu’il nous reste encore de nombreuses découvertes à faire quant à leur utilité, en médecine et ailleurs!»

Texte: © Migros Magazine | Tania Araman

Auteur: Tania Araman