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1 septembre 2014

La femme au dragon

Soins et câlins. Christelle Raimbault, gardienne d’animaux, s’occupe personnellement de «Naga», varan de Komodo, rare spécimen en Suisse. Un quotidien qui ne manque pas de venin.

hristelle Raimbault en train de caresser le varan de Komodo dans son terrarium.
Christelle Raimbault a pu établir un rapport de confiance avec «Naga».

Elle ne s’appelle pas Calissi, l’héroïne de Game of Thrones, et pourtant elle côtoie chaque jour un dragon. Oui, depuis une année, Christelle Raimbault est la gardienne de «Naga», varan de Komodo au Vivarium de Lausanne. Cette fine jeune femme de 27 ans est la seule personne, avec le directeur des lieux, Michel Ansermet, à entrer dans l’espace du grand lézard. Pour le nourrir, nettoyer l’enclos et surtout l’entraîner. «Un privilège! On l’habitue à notre présence, au contact. Il suit la balle qu’on lui tend et reçoit une récompense. Ce n’est pas pour faire des numéros de cirque, mais pour son propre bien-être et faciliter les soins.»

Cette gardienne d’animaux, qui a travaillé dans le plus grand reptilarium de France, à Alligator Bay, a roulé sa bosse en Afrique, en Australie et même dans l’île de Komodo. Mais elle n’aurait jamais pensé faire un jour des risettes à un dragon dont la morsure est mortelle. Sa passion pour les animaux lui donne les qualités nécessaires: patience, feeling, maîtrise de soi.

Depuis toute petite, elle ne jure que par les bêtes. Des parents agriculteurs, une enfance au milieu des chats, des chiens et des chevaux.

Je me couchais sur le ventre des vaches et je rêvais de vivre dans une réserve en Afrique avec mes lions,

se souvient Christelle Raimbault. Sa peur des reptiles, elle l’a domptée en apprenant à les connaître: «Ce sont des bêtes géniales qui ne sont pas forcément agressives, même si elles sont imprévisibles.» Mais à la maison, elle n’a que des poissons rouges. «Je m’éclate assez au travail!» sourit la jeune femme.

Une journée avec Christelle Raimbault

08 h 30 Première douche
«On commence la journée par l’arrosage des plantes dans les terrariums. Je vaporise de l’eau osmosée, en particulier par précaution pour les dendrobates azureus, vénéneuses, dont la peau est très sensible. De même qu’on ne peut les toucher qu’avec les mains humides pour ne pas leur abîmer l’épiderme.»

grenouille dendrobates azureus
La gernouille dendrobates azureus

9h 30 Miam-miam
«On nourrit les espèces venimeuses toutes les semaines ou tous les quinze jours. Quand il y a plusieurs individus dans un même terrarium, comme cette paire de bongares candides, il faut faire attention qu’ils ne se mordent pas entre eux, ce qui pourrait leur être fatal. La proie doit être à température, sinon ils ne la mangent pas.»

Le serpent en train de regarder sa proie.
Les serpents n'aiment pas manger une proie dont la température ne leur convient pas.

10 h 15 Réunion
«Chaque matin, on se réunit pour discuter de l’intendance, planifier le travail du jour et les projets à plus long terme, comme l’organisation de la Nuit des musées. Chacun fait part de ses observations, s’il y a des animaux malades, s’il faut commander des médicaments...»

Réunion avec les collègues.
Réunion avec les collègues.

11 h 15 Chez «Naga»
«Nous ne sommes que deux à pouvoir entrer dans l’espace du dragon de Komodo. Il a des glandes venimeuses dont le venin mortel agit lentement mais sûrement. «Naga» a 3 ans, pèse 16 kilos, mais quand il sera adulte, il fera plus de 3 mètres de long pour 70 kilos. On l’habitue progressivement au contact pendant le nourrissage.»

hristelle Raimbault en train de caresser le varan de Komodo dans son terrarium.
«Naga» n'a pas fini de grandir!

15 h 00 Le gueuleton des pythons
«Le jeudi, nous nourrissons les pythons en public. C’est l’occasion de faire passer des messages sur la sauvegarde des espèces et de montrer aux visiteurs que les reptiles, souvent mal-aimés, ne sont pas des bêtes sauvages pleines d’agressivité. On essaie de donner un autre regard aux gens, pour qu’ils oublient cette peur primaire.»

deux pythons en train d'avaler des souris
Le pythons ne font qu'une bouchée de leur proie.

16 h 00 Medical training
«Avec «Naga», très curieux, nous développons le medical training pour une meilleure qualité de vie de l’animal. Cartons où est cachée la nourriture, jouets, bouquet de fleurs, tout est bon pour développer son intelligence et ses sens. Le but est d’arriver à gagner sa confiance pour qu’il soit coopératif en cas de soins. Dans la nature, il s’attaquerait à un buffle de 300 kilos, mais là, il ferme les yeux quand on lui fait des caresses.»

Christelle Raimbault tient une balle avec un crochet et la place devant la gueule du dragon de Komodo
Une séance de Medical Training

17 h 00 Varan du Nil
«En une année, j’ai appris à «Jamal» à s’habituer à ma présence. Grâce à l’entraînement, je peux lui prendre la patte, lui toucher le ventre, sans stress. Il me laisse même lui essuyer la bouche après le repas!»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Jeremy Bierer