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16 juin 2014

La femme, l’avenir sportif de l’homme?

Du Mondial au Tour de France, les compétitions sportives les plus populaires demeurent bien souvent exclusivement masculines. Un tel déséquilibre a-t-il toujours sa raison d’être aujourd’hui?

La Coupe du monde de football féminin aura lieu en 2015 au Canada (ici: Suisse-Islande lors d’un match 
de qualification à Nyon, le 8 mai 2014). Photo Keystone
La Coupe du monde de football féminin aura lieu en 2015 au Canada (ici: Suisse-Islande lors d’un match 
de qualification à Nyon, le 8 mai 2014). Photo Keystone

Lara Dickenmann et Hope Solo, ça vous dit quelque chose? Rassurez-vous, vous n’êtes certainement pas les seuls à sécher... Et pourtant, la première est la joueuse de football suisse la plus en vue du circuit – elle évolue dans l’équipe nationale, et a marqué le but décisif pour l’Olympique de Lyon lors de la finale de la Coupe de France début juin – et la seconde, Américaine, a créé le buzz durant la Coupe du monde 2011 avec ses talents de gardienne.

On est bien loin de la notoriété d’un Shaqiri ou d’un Casillas!

Et alors que le Mondial et l’Euro, versions mâles, déchaînent les passions tous les deux ans, à grand renfort de vignettes Panini, d’écrans géants et de coups de klaxon, leurs équivalents féminins commencent tout juste à susciter l’intérêt auprès de la communauté internationale.

Quant au Tour de France, son pendant pour les femmes créé dans les années 80 est mort de sa belle mort en 2010 et n’a jamais bénéficié de la couverture médiatique accordée aux hommes. Quatre championnes de cyclisme ont d’ailleurs lancé une pétition sur internet en 2013 pour obtenir le droit de participer à la célèbre course française. Sans obtenir gain de cause, les limitations quant aux distances parcourues, établies dans les années 60, étant toujours en vigueur.

Mais que ces dames se consolent, des petites révolutions s’opèrent çà et là, laissant supposer un éventuel renversement de vapeur.

Comme la nomination d’Helena Costa au poste d’entraîneur de l’équipe de football (d’hommes!) de Clermont-Ferrand. Côté helvète, n’oublions pas notre Nicole Petignat nationale, première femme arbitre d’une rencontre masculine de l’UEFA. La hockeyeuse zurichoise Florence Schelling occupe quant à elle depuis 2013 la position de gardienne de but du EHC Bülach (ZH).

D’ailleurs, adopter la mixité dans les équipes sportives de haut niveau ne serait-il pas un moyen d’assurer un minimum de parité? Le débat est lancé!

«Des femmes arbitrant la finale du Mondial, par exemple au Qatar, serait un signal fort»

Denis Müller, professeur d’éthique et de théologie aux universités de Genève et de Lausanne.
Denis Müller, professeur d’éthique et de théologie aux universités de Genève et de Lausanne.

Denis Müller, professeur d’éthique et de théologie aux universités de Genève et de Lausanne, et auteur de l’ouvrage «Le football, ses dieux et ses démons».

Pourquoi le football demeure-t-il un sport à connotation nettement masculine?

Même si les raisons physiologiques ne sont pas à négliger – on constate d’ailleurs partiellement le même problème dans un sport individuel comme le tennis – les raisons culturelles sont beaucoup plus décisives. L’esprit du football reste marqué, comme celui du rugby, par une violence physique (exercée seulement sur le ballon en principe) et symbolique, qui s’inscrit dans une certaine conception masculine du combat, de la guerre, de la lutte pour le succès, de la pulsion de victoire. La «gagne» est ici plus mâle que femelle. Mais on voit très vite le risque céder à des stéréotypes.

Le football féminin commence toutefois à susciter de l’intérêt dans la communauté internationale, non?

Oui, et la participation des femmes dans les stades s’est grandement développée ces dernières années. Il y a eu des temps forts, comme le Mondial aux Etats-Unis. Mais il me semble que la popularité du football de compétition se joue d’abord dans les championnats nationaux et continentaux, comme la Champions League ou l’Europa Cup. Or, dans ce domaine, le football féminin reste très peu connu et très mal médiatisé. Le fossé avec le football masculin demeure donc très large.

Serait-il envisageable de créer des équipes mixtes pour des compétitions internationales telles que la Coupe du monde?

Je ne crois pas que cela ferait sens: il y a des essais d’intégration dans d’autres sports collectifs, comme le hockey sur glace, mais cela reste marginal et exceptionnel. Et je ne suis pas sûr du tout qu’une mesure équivalente pour le football serait acceptée au niveau professionnel et international. Je pense que le vrai changement devrait d’abord intervenir au niveau des arbitres. Un quintette de femmes arbitrant la finale du Mondial, par exemple au Qatar, serait un signal fort, et un test très révélateur.

Des femmes cyclistes ont demandé également à participer au Tour de France: pensez-vous que cela soit un jour possible?

Je ne suis pas sûr que les femmes gagneront, sur la durée, à être intégrées dans des compétitions où elles auraient très souvent un handicap physiologique et musculaire.

© Migros Magazine - Tania Araman

Auteur: Tania Araman