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28 octobre 2015

La ferme, remède naturel aux allergies

Les enfants qui grandissent au sein d’exploitations agricoles sont moins nombreux à développer des réactions allergiques, a prouvé récemment une étude belge. Une découverte qui pourrait à l’avenir ouvrir la voie à de nouveaux traitements préventifs.

A part épouser un agriculteur... il existe peu de conseils 
pour éviter que ses ­enfants ne ­développent des 
allergies.
A part épouser un agriculteur... il existe peu de conseils pour éviter que ses enfants ne développent des allergies. (Photo: Keystone/Gallery Stock/Venetia Dearden)

On s’en doutait depuis longtemps. Une nouvelle étude vient tout juste de le confirmer: grandir à la ferme a bien un effet protecteur contre les allergies, telles que l’asthme, l’eczéma ou encore le rhume des foins. Des pathologies qui sont en forte hausse dans les pays industrialisés: au cours des vingt dernières années, le nombre de personnes allergiques a été multiplié par 20! Et l’Organisation mondiale de la santé prédit qu’une personne sur deux sera allergique vers 2050.

Pour parvenir à cette découverte, publiée dans la revue américaine Science, l’équipe de chercheurs de l’Université de Gand (Belgique) a d’abord fait inhaler à des souris des échantillons de poussières récoltées dans des exploitations laitières en Suisse et en Allemagne. En présence de ces substances, les petits mammifères se sont mis à produire une protéine – baptisée A20 et présente également à l’intérieur du corps humain – qui rend la muqueuse des voies respiratoires moins réactive face aux allergènes.

Dans un second temps, les scientifiques ont examiné un groupe de 2000 personnes qui ont tous grandi à la ferme. Résultat: la grande majorité n’a développé jusqu’ici aucune allergie. Quant aux autres, ils souffrent d’une variation génétique du gène A20, ce qui entraîne chez ces individus une défaillance de la protéine du même nom.

Une recherche antérieure, publiée il y a trois ans dans le Journal of allergy and clinical immunology, s’est intéressée aux enfants des communautés Amish aux Etats-Unis. Du fait de leur mode de vie particulier (contacts avec les animaux, grandes fratries, etc.), le taux d’allergies dans ce groupe de population s’est montré bien plus faible que chez les enfants suisses vivant dans des fermes. Qui sont pourtant eux-mêmes fortement épargnés par rapport à leurs camarades des villes.

Mais les premiers travaux sur cette thématique remontent déjà au début des années 1980 et sont à attribuer au Dr Markus Gassner, du petit village saint-gallois de Grabs. Le «médecin de campagne», comme il se décrit lui-même, profite alors des visites médicales des écoliers de sa région pour mener l’enquête. Le médecin raconte:

Aucun des 80 enfants de fermiers consultés ne souffrait de rhume des foins, alors même qu’ils étaient fortement exposés aux pollens.»

«A force d’entraînements, notre système immunitaire est capable de se renforcer. Sur le même fonctionnement que les vaccins, qui stimulent nos systèmes de défense.»

On ne peut pas généraliser

Faut-il comprendre qu’en abaissant notre degré d’hygiène on pourrait prévenir l’apparition d’allergies? «La problématique est plus complexe qu’il n’y paraît», explique le professeur Philippe Eigenmann, responsable de l’Unité d’allergologie pédiatrique aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

On ne peut se permettre de généraliser, les personnes pouvant réagir de manières très différentes face à une même allergie.»

«Partager son appartement avec un animal de compagnie, par exemple, pourra être bénéfique pour la prévention des allergies chez certains enfants. Mais pour d’autres, l’effet se montrera contre-­productif!»

Philippe ­Eigenmann, ­responsable de l’Unité d’allergologie pédiatrique aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG).
Philippe ­Eigenmann, ­responsable de l’Unité d’allergologie pédiatrique aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG). (Photo: Catherine Delahaye)

Philippe Eigenmann, ­responsable de l’Unité d’allergologie pédiatrique aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

Le trop d’hygiène dans nos sociétés industrialisées n’expliquerait d’ailleurs qu’une partie de la hausse des allergies. «Notre alimentation et notre rythme de vie stressé y contribuent certainement aussi, poursuit-il. Plus d’une centaine de gènes sont liés aux allergies! C’est la raison pour laquelle il est aussi ardu d’identifier leurs causes…»

Jardins d’enfants à la ferme

Le médecin reste donc sceptique face à ces initiatives qui émergent un peu partout pour tenter de stopper la progression des allergies parmi la jeune population. A l’image de ces jardins d’enfants d’un nouveau style, organisés dans des fermes aux Pays-Bas. «La piste est intéressante, reconnaît-il. Mais à l’heure actuelle il est impossible de juger de leur véritable efficacité. Car il reste à déterminer à partir de quel âge et combien de temps il est nécessaire d’être en contact avec un environnement agricole pour accroître ses chances de développer une immunité face aux allergènes.»

Une autre piste serait de soumettre les patients à des préparations de bactéries, comme les chercheurs belges l’ont déjà expérimenté sur des souris. «Je suis convaincu qu’il y a vraiment une solution à trouver de ce côté-là», estime Philippe Eigenmann.

Si à l’avenir on parvenait à diminuer la fréquence des allergies, je crains pourtant que jamais on ne réussisse à les éradiquer.»

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin