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27 mars 2017

La gaie luronne de l’absurde

Sandra Romy vient d’ouvrir un musée décalé à Vevey (VD). Un mini espace hors du temps pour une maxi bouffée d’humour et d’air frais.

Sandra Romy, une réalisatrice à l'univers loufoque.

Folie douce

Elle crée comme d’autres respirent. Pétillante, avec ses idées bien à elle, toujours en train de prendre la tangente. Sandra Romy, 41 ans tout frais, – «ce n’est qu’un chiffre. J’ai un vrai problème avec le temps, je ne le comprends pas» – est une réalisatrice à l’univers loufoque. A son actif, plusieurs films d’animation: des personnages en pâte à modeler pour des courts métrages en stop motion.

Mais cette diplômée de l’ECAL a plus d’une folie dans son sac. Sandra Romy donne des ateliers de dessin, fait des photos depuis le train, s’amuse à dire les mots à l’envers. Et oublie de respirer – des post-it collés dans son appartement lui rappellent de le faire! La normalité l’énerve.

C’est pour ça que cette hyperactive a ouvert un Musée de l’absurde à Bienne en 2015, ressuscité depuis deux mois à Vevey. Une cabane sur roulettes hébergée dans un atelier de brocante, Le Chien Bleu. Soit 12 m2 de malice qui expose en ce moment trois artistes: jeux vidéos en laine, préservatifs en tricot et fauteuils sans placet… Un lieu sans formatage, «où l’on fait n’importe quoi, mais pas n’importe comment». Bienvenue dans le monde joyeusement absurde de Sandra Romy! «J’ai envie que les gens se remettent à réfléchir un peu. A l’ère du chacun pour soi, j’aimerais être moi pour chacun.»

Une journée avec Sandra Romy

10h00 Petit déj’«Fruits, graines de courge, huile de lin… Je me prépare des crèmes Budwig deux fois par semaine. C’est ma nutritionniste qui me l’a conseillé. Et depuis que je ne mange plus de gluten, je revis! Mon dynamisme se réveille à nouveau.»

10h00 Animatique«Je planche sur mon prochain court métrage: un film de six minutes pour raconter l’histoire d’un petit garçon qui veut sauver un ours blanc tombé dans son bol de céréales… Je travaille le storyboard en animatique, restera à fabriquer tous les décors et les personnages en pâte à modeler et stop motion.»

10h00 Bulle d’évasion«L’idée du musée est née d’un ras-le-bol, d’un ensemble de choses absurdes que je côtoie régulièrement. J’ai voulu une bulle d’évasion, un lieu convivial, décalé et sans jugement. J’ai dessiné les plans de la cabane avec l’atelier Goupie Goupek et on a passé Noël à poncer et à peindre. Elle mesure 12 m2, mais on peut faire de grandes choses dans un petit lieu.»

Tipule«Le héros du film est un enfant, parce que je suis optimiste et que je crois aux générations futures! Je construis l’armature des personnages en fil d’aluminium et en mousse, avec la tête en pâte à modeler pour le prototype. Ecrire l’histoire puis créer les personnages et les décors sont les phases que je préfère. J’aime la matière, le volume, l’authenticité.»

10h00 Tricot«Quand j’ai le temps, je fais quelques mailles pour la grande écharpe qui entourera le Musée de l’absurde... Mais c’est une œuvre collective et chacun est invité à venir tricoter un bout pendant les heures d’ouverture du musée. Tous ceux qui auront travaillé auront leur nom sur l’étiquette, le wool of fame!»

10h00 Jeux vidéo«Dans le cadre de l’expo FIL, j’ai invité Hélène Becquelin à participer. J’aime son côté ludique, décalé, sa façon de travailler la matière. Elle a réalisé des écrans de jeux et des manettes… en laine cardée! Des jeux vidéos qui ne peuvent pas être joués, sauf dans l’imaginaire. Les enfants adorent ça!»

10h00 Bol d’air«Marcher m’inspire. J’ai besoin d’être régulièrement dans la nature. J’observe les plantes et je ramasse les bâtons en forêt ou au bord du lac. Je les garde et je les stocke un peu partout, je n’arrive pas à les jeter.»

Texte: © Migros Magazine / Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Mathieu Rod