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27 août 2012

La Gale de l'emploi

Sous son pseudonyme de choc, la rappeuse lausanno-libanaise est en train de se faire un nom. Entre concerts, album et cinéma, et loin de l'"easy-listening".

la Gale
«A un moment donné, le rap a été rendu acceptable pour le grand public.»

On dirait que certains ont oublié que je pouvais être teigneuse.» Et qu’elle pouvait passer vite, La Gale, «en mode-ultra-chieuse», comme elle prévient dans son titre La gueule de l’emploi. C’est du rap, madame, pas de la bluette. La Gale donc, aka Karine Guignard, 29 ans, un père vaudois et une mère libanaise, et une notoriété qui monte, qui monte. Après plusieurs années de scène, ici comme là-bas, 2012 a vu la naissance d’un premier album. Puis un été chaud: Paléo, Festival de la Cité, la Fête de Lausanne-Bellevaux ce samedi, on en passe.

A un quotidien libanais L’Orient-Le jour, elle a dit que si on choisit «de faire du rap, ce n’est pas pour raconter la couleur de notre culotte». C’était pour signifier «qu’à un moment donné le rap a été rendu acceptable pour le grand public, avec des paroles d’une banalité affligeante». Du coup, «ça passait bien, il n’y avait plus ce côté incisif». Bref, c’était devenu «de la pop, de l’easy listening».

La Gale, aka Karine Guignard, 29 ans, un père vaudois et une mère libanaise, et une notoriété qui monte, qui monte.
La Gale, aka Karine Guignard, 29 ans, un père vaudois et une mère libanaise, et une notoriété qui monte, qui monte.

Karine avait 9 ans lors de son premier voyage au Liban. «Beyrouth sortait de la guerre, on marchait sur les cendres encore fumantes, il y avait des impacts de balles partout, des immeubles défoncés.» Elle se souvient aussi de «gens traumatisés mais qui allaient de l’avant, rigolaient, concrets et lucides sur leurs objectifs: juste sortir des décombres.»

De ses débuts au cinéma, – dans Opération Libertad de Nicolas Wadimoff, et De l’Encre, un téléfilm produit par Canal+ – elle raconte que «ça s’est fait de manière un peu complexe, brutale», mais qu’il n’y a «pas de blessés à déplorer».

Ses textes, elle les juge «décidés, pas modérés, virulents. On tente d’y voir clair.» Au milieu d’un certain malaise ambiant: «Montrer comment le contrôle social s’exerce, ici, à basse intensité via l’administration, la police. Nous sommes en droit de demander des comptes à ces institutions et à ces gens, censés protéger le citoyen mais qui souvent semblent plutôt là pour enfoncer la tête de celui qui se noie déjà.»


«Rosko», mon chien. Collé à mes basques environ 24 h sur 24.»
«Rosko», mon chien.Collé à mes basques environ 24 h sur 24.»

Un animal

«Rosko», mon chien. Il traîne avec moi depuis quelques semaines et a priori on est partis pour une bonne dizaine d’années. Collé à mes basques environ 24 h sur 24.»


«C’est l’un de mes films préférés.»
«C’est l’un de mes films préférés.»

Une toile

«C’est l’un de mes films préférés, «Le Parrain 2», le meilleur des trois. L’œil de Coppola, rien de mieux à l’heure actuelle, et un Al Pacino incroyable. Ce n’est pas l’esprit mafieux qui me fascine, plutôt ces codes d’honneur, ces loyautés familiales.»


«Le premier livre conseillé par ma mère.»
«Le premier livre conseillé par ma mère.»

Une sagesse

«Le premier livre conseillé par ma mère: «Le prophète», de Khalil Gibran. Cet exemplaire, je l’ai emprunté à ma marraine et ne l’ai toujours pas rendu. Un auteur qui permet une perception des choses sage et orientale.»


«Je montre comment le contrôle social s’exerce, ici, à basse intensité via l’administration, la police.»
«Je montre comment le contrôle social s’exerce, ici, à basse intensité via l’administration, la police.»

Mes textes

«Je montre comment le contrôle social s’exerce, ici, à basse intensité via l’administration, la police. Nous sommes en droit de demander des comptes à ces institutions et à ces gens censés protéger le citoyen mais qui souvent semblent plutôt là pour enfoncer la tête de celui qui se noie déjà.»


«The Roots. A peu près le seul groupe qui sache faire du hip-hop instrumental.»
«The Roots. A peu près le seul groupe qui sache faire du hip-hop instrumental.»

Un groupe

«The Roots. A peu près le seul groupe qui sache faire du hip-hop instrumental, à la créativité jamais tarie, autant musicale que lyrique.»


«J’ai plein de cartes postales qui montrent le Liban extrêmement vert, pas du tout construit.»
«J’ai plein de cartes postales qui montrent le Liban extrêmement vert, pas du tout construit.»

Une carte postale

«Baalbek. J’avais ramené ça en 1991, lors de mon premier voyage au Liban. J’ai plein de cartes postales qui montrent le Liban extrêmement vert, pas du tout construit. Le progrès, la gentrification sont en train de perdre nos régions, là-bas comme ici, et ça m’attriste beaucoup.»

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: François Wavre