Archives
15 novembre 2014

La grippe arrive? Même pas peur!

Nous sommes de moins en moins à recourir au vaccin contre la grippe saisonnière. Pourtant, les populations à risques demeurent vulnérables. L’Office fédéral de la santé publique aimerait les inciter à se faire vacciner.

Une personne en train de se faire vacciner.
Seuls 13% des Suisses se font vacciner contre la grippe. Pourtant, jusqu’à 1500 personnes meurent des suites de la maladie chaque année. Photo: Keystone

La grippe? Je ne l’ai jamais attrapée. Alors non, je ne me ferai pas vacciner.» Sarah, à qui nous avons posé la question lors de notre micro-trottoir dans les rues de Lausanne, n’est pas la seule à renoncer à se faire immuniser en vue des fameux virus influenza qui circulent chaque hiver.

Les chiffres sont formels: les Suisses sont de moins en moins enclins au vaccin puisque seuls 13% y recourent. Cela est tout particulièrement vrai pour les populations à risques, à savoir les femmes enceintes, les malades chroniques et les personnes de plus de 65 ans. Les aînés ne seraient d’ailleurs que 37% à franchir le pas contre près de 60% en 2008.

Qui a encore peur de la grippe? Pas grand monde, semble-t-il. Il faut dire qu’après la polémique qui a entouré la pandémie de virus H1N1 en 2009 qui s’est finalement révélée moins grave que prévu, la méfiance a gagné du terrain. Et pas uniquement en Suisse alémanique où les anti-vaccins sont légion. En Suisse romande aussi la défiance est de mise. A commencer par le personnel soignant, dont le taux d’immunisés en contact avec des personnes à risques ne dépasse pas les 20% selon une enquête de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) menée au printemps dernier.

Des mentalités qui doivent encore évoluer

Pourtant, même si on est loin des ravages de la grippe espagnole, le virus tue chaque année via les complications qui en découlent. Jusqu’à 1500 personnes, dont 90% ont plus de 65 ans, précise le site de l’OFSP dédié au sujet.

Alors que faire? Obliger les professionnels de la santé à s’immuniser, organiser de vastes campagnes de vaccination forcées chez les populations à risques? Sans aller jusque-là, les pouvoirs publics aimeraient inciter à davantage de discipline via le corps médical. Et peut être faire évoluer les mentalités.

«Se faire vacciner contre la grippe, c’est protéger les plus faibles»

Virginie Masserey, cheffe de la section vaccination de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).
Virginie Masserey, cheffe de la section vaccination de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Virginie Masserey, cheffe de la section vaccination de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Moins de 15% de la population se fait vacciner contre la grippe saisonnière et les personnes à risques y recourent de moins en moins. Comment expliquez-vous ce désintérêt?

Pour beaucoup, la grippe est perçue comme bénigne, alors que chez les personnes à risques, il en va tout autrement: certaines complications, notamment chez les malades chroniques, peuvent conduire au décès. Une autre explication réside dans la méfiance qui a suivi la pandémie de grippe H1N1 qui, au final, ne s’est pas révélée aussi grave que prévu. L’achat de grandes quantités de vaccins peut avoir nui à la réputation du vaccin contre la grippe saisonnière.

Les soignants ne se montrent pas plus zélés puisque moins de 20% se font vacciner. Ce sont des irresponsables?

Non, ils ne sont pas irresponsables, mais peut-être moins sensibles que le corps médical. Cela provient peut-être d’une attitude différente face aux soins, de l’idée qu’on peut se reposer sur d’autres moyens, en portant un masque ou en se lavant bien les mains. Des réflexes qui sont très utiles, mais qui ne suffisent pas à protéger les populations à risques.

Au fond, vous dites aux gens de se faire vacciner pour les autres.

Oui, et c’est ce message qui a encore de la peine à passer: se faire vacciner contre la grippe, c’est protéger les plus faibles. Même les soignants ont de la peine à imaginer qu’ils sont contagieux un jour avant les premiers symptômes. Eux aussi sont exposés au virus et doivent penser à protéger leurs proches. Cela vaut pour tout le monde.

Et en se vaccinant, on réduit aussi le risque de voir ses collègues tomber malades et par là même de subir une surcharge de travail.

L’OFSP envisagerait «d’inviter» de leur plein gré les personnes à risques à se faire vacciner, comment y parviendrez-vous?

Cela fait partie des réflexions en cours: cela pourrait rendre service à ces personnes d’être invitées systématiquement par leur médecin à se faire vacciner contre la grippe, car nous pensons qu’elles sont nombreuses à oublier de le faire ou à ne pas avoir conscience des réels dangers encourus. Une fois que la stratégie aura été approuvée, nous verrons de concert avec les médecins comment nous pouvons appliquer cette idée.

© Migros Magazine - Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey