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11 février 2013

La grippe, mode d'emploi

Nous sommes en pleine épidémie du virus influenza. Mais pourquoi en hiver? Et peut-on s’en protéger?

Dessin humoristique représentant une personne qui éternue des confettis

Depuis le début de l’année, la Suisse vit son épidémie habituelle de grippe. «Nous sommes en phase ascensionnelle, confirmait fin janvier Yves Thomas, responsable à Genève du Centre national de référence de l’influenza (CNRI) , le nom scientifique de ce bon vieux virus.

Yves Thomas, responsable du Centre national de référence de l’influenza (CNRI) à Genève
Yves Thomas, responsable du Centre national de référence de l’influenza (CNRI) à Genève

Tiens, en 2012, le pic s’observait plutôt au mois de mars! Y a-t-il avance sur le calendrier? «Pas du tout, précise le biologiste. Cette période correspond à la situation de la moitié des dix dernières années. Très classiquement, l’épidémie dure huit à dix semaines et commence à se manifester pendant les fêtes de fin d’année.»

Les spécialistes ne peuvent pas encore se prononcer sur l’agressivité du virus, mais constatent qu’en termes de nombre de consultations médicales – le critère de mesure classique – nous avons déjà dépassé le record de l’an dernier, avec une agressivité particulière dans les Grisons et au Tessin.

Le seuil épidémique, lui, est fixé à 69 consultations pour 100 000 habitants.

Les conditions hivernales aident le virus à circuler

Mais, au fait, pourquoi donc la propagation de l’influenza est-elle plus forte durant la mauvaise saison? Question pas forcément sotte, lorsque l’on se souvient que ses cousines, H1N1 et autre grippe espagnole, apparurent, elles, en été. «Mais il s’agissait de souches nouvelles, précise Yves Thomas. Le virus de la grippe, s’il se modifie parfois, reste quand même largement connu, avec une résistance de la population bien supérieure. Il ne circule donc pas aussi facilement, et ce sont les conditions particulières de l’hiver qui l’aident.»

Les rayons ultraviolets du soleil dégradent le virus

Tout se passe comme si la coque protectrice du virus était renforcée par le froid, alors que la diminution de l’ensoleillement limite son exposition aux rayons ultraviolets qui le dégradent naturellement. Son pouvoir contagieux s’en trouve renforcé. On notera d’ailleurs que ces deux éléments valent aussi pour la gastroentérite, dont les épidémies enfantines surviennent en hiver.

Autre effet de l’air froid, cette fois-ci sur l’organisme humain: d’abord, il diminue la réponse immunitaire, laissant davantage de temps au virus de «s’installer». Directement ou indirectement (car nous chauffons davantage nos intérieurs), l’air froid assèche, quand il ne cause pas de petites lésions, les voies respiratoires supérieures, cibles privilégiées de l’influenza.

La transmission se faisant entre humains, le froid extérieur favorise une propagation plus lointaine des petites particules de salive contenant le virus. «Et le froid sec favorise sa stabilité», relève encore le responsable du CNRI.

L'épidémie dure huit à dix semaines et commence à se manifester pendant les fêtes de fin d'année.

Tout se passe comme si notre corps cherchait à réchauffer l’air froid avant qu’il ne pénètre dans nos poumons. Les muqueuses nasales transmettent à cet air de l’eau à la température (ce qui explique le nez qui coule).

Certaines personnes sont plus vulnérables

Ce transfert de chaleur humidifie l’air mais provoque en même temps l’assèchement de la barrière physique que constitue le mucus: virus et bactéries entrent alors plus facilement dans notre corps. Relevons encore que les pathologies cardiovasculaires augmentent également lorsque la température baisse: les vaisseaux sanguins se contractent alors pour limiter les pertes de chaleur de l’organisme, mettant notre cœur à rude épreuve.

Enfin, l’hiver nous pousse à rester davantage à l’intérieur, dans un milieu confiné propice à la contagion. Un véritable complot, quoi. Du coup, sert-il à quelque chose d’éviter de «prendre froid» en accumulant les couches d’habits? Un plus, parce qu’un bon état de santé permet de résister mieux et plus longtemps. D’où la notion de «population fragile» pour laquelle attraper la grippe peut s’avérer dangereux: personnes âgées et femmes enceintes, aux organismes moins batailleurs et moins habitués au virus.

«Le vaccin rend l’organisme plus fort»

Pour eux, le vaccin reste conseillé même après le début de l’épidémie. Pour les autres, c’est un peu tard, la protection immunitaire n’intervenant que dix à quinze jours plus tard. Selon les spécialistes, outre la prévention par antiviraux onéreuse et exceptionnellement prescrite par un médecin, le vaccin reste bien le meilleur moyen de ne pas attraper la grippe.
Absorber suffisamment de vitamine C (donc manger des fruits), sortir s’aérer un minimum font aussi partie des mesures de prévention. Autant dire qu’Yves Thomas ne croit guère aux remèdes de grand-mère, sortant même l’argument massue face à ceux qui préfèrent laisser le corps se renforcer: «Toute infection rend l’organisme plus fort, mais c’est aussi le cas d’un vaccin puisqu’il inocule des microbes désactivés.»

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Ruedi Widmer (illustration)