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28 septembre 2015

La jalousie, ce vilain défaut inévitable

Entre frères et sœurs, l’amour se compte souvent en câlins et en coups de pied. Si cette rivalité est humaine, elle peut s’avérer usante pour les parents. Bien la gérer est essentiel pour qu’elle ne dure pas.

Tout n'est pas toujours rose entre frères et sœurs. (Photo: Ute Mains/plainpicture)
Tout n'est pas toujours rose entre frères et sœurs. (Photo: Ute Mains/plainpicture)

Un bisou contre un coup de pied. Au rayon de la jalousie, frères et sœurs restent rarement sur leur faim lorsqu’il s’agit de la manifester. Tirage de cheveux, pincements, câlins appuyés qui finissent en pleurs, moqueries et phrases assassines en tout genre font partie des fondamentaux. Dans le monde impitoyable des Abel et Caïn en culottes courtes, on s’aime, mais on aime encore plus se détester. Et les trêves sont de courte durée. De la construction du château de Lego qui avait pourtant si bien commencé et qui se termine en pugilat, du jeu de société qui finit en psychodrame à la guerre de tranchées pour s’accaparer l’ordinateur familial, la rivalité dans les fratries peut prendre des formes exacerbées.

Mais est-ce pour autant un mal? Car après tout, la jalousie et ses manifestations ne sont-elles pas inhérentes à tout être humain et la preuve que son enfant est tout bonnement «normal»? Tout dépend de l’intensité et de la durée, estime le pédopsychiatre français Stéphane Clerget.

Un peu de compétition ne fait pas de mal, au contraire, cela peut être un sacré moteur et très motivant pour un enfant que d’essayer de dépasser l’autre.»

Mais qu’on ne s’y trompe pas: mal gérée, la rivalité fraternelle peut faire des dégâts. «Les parents doivent éviter de tomber dans le piège du tout compétitif et valoriser les compétences de chacun sans jamais comparer.»

Car qu’on le veuille ou non, l’arrivée d’un nouvel enfant est un traumatisme, chacun devant retrouver sa place dans cette nouvelle constellation familiale. L’exercice est loin d’être facile, comme le confirme Patricia, maman d’une fille de 14 ans et d’un garçon de 10 ans qui s’entendent comme «chien et chat». Le problème?

Ils veulent tous les deux le leadership et aucun n’est d’accord de céder.

«C’est à qui imposera son jeu ou sera le meilleur en maths, poursuit-elle. A table, chacun revendique son temps de parole. Nous essayons de gérer comme nous pouvons les repas en leur expliquant que nous avons tous droit à un moment, mais c’est usant.»

La répétition de conflits anciens

Epuisante pour les parents, la jalousie a pourtant aussi sa part de lumière. Selon Didier Bouaziz, médecin-chef adjoint au département enfance et adolescence du Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP), elle participerait à la construction de l’identité. «Avoir envie de pendre son frère par les pieds et s’entendre dire catégoriquement «non» par son père permet d’éprouver les limites imposées par la loi. De même, partager sa chambre, ses jeux ou ses bonbons sont autant d’invitations à reconnaître le désir de l’autre.» Et puis, c’est au travers des conflits que l’on apprend à se battre et à se défendre face au monde extérieur, ajoute Stéphane Clerget.

Pas évident d’entendre régulièrement le petit traiter sa grande sœur de mocheté et voir cette dernière lui claquer la porte au nez quand il veut jouer avec elle. Surtout lorsque cela fait écho à de vieux souvenirs. C’est d’ailleurs souvent là que réside le problème, constate Didier Bouaziz:

Certains parents sont dans l’exacerbation car sans s’en rendre compte, ils remettent en scène leur propres conflits avec leur frère ou leur sœur.»

D’où la nécessité de ne pas laisser pourrir la situation. Car il y a des jalousies qui durent, renchérit-il. «Il m’est arrivé de recevoir en consultation des personnes d’un certain âge qui au détour d’une phrase me disent: «Je ne vous ai jamais parlé de ma sœur, cette peste!»

Ces rivalités fraternelles disparaissent le plus souvent au sortir de l’adolescence, non sans avoir connu un pic lors de la puberté. Rien ne sert de surréagir, note Stéphane Clerget, ce regain d’agressivité étant avant tout bienveillant et nécessaire à la séparation. Et puis, tous les enfants ne sont pas d’une jalousie maladive. Parfois, l’entente est même cordiale, comme le souligne Véronique, maman de deux filles de 8 et 10 ans. «Hormis quelques accès d’autorité de la part de l’aînée et des bagarres de temps à autre, elles s’entendent bien.»

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey 

Auteur: Viviane Menétrey