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27 août 2012

La jeune femme aux gros chiens

Battante et décidée, Carine Roulet a tourné le dos à sa vie d’horticultrice pour bichonner sa passion canine. Rencontre au col du Grand-Saint-Bernard (VS) avec une future gardienne d’animaux.

Carine Roulet et deux saint-bernard
Carine Roulet nage dans le bonheur depuis qu’elle travaille avec ses animaux préférés.

Un groupe d’enfants s’agglutine devant les grilles du chenil. Tout le monde se bouscule pour apercevoir Falco et Figaro, deux boules de poils de cinq semaines qui s’ébrouent avec gaucherie. Dans l’enclos, Carine Roulet s’occupe des deux bébés saint-bernard sous le regard attentif de leur mère. Elle change les écuelles, distribue les croquettes, tandis que l’un ronge son poignet et que l’autre lui tire la manche. Quand elle s’accroupit, amusée, les deux peluches brunes mâtinées de blanc n’hésitent pas à l’escalader pour lui renifler les poches à la recherche d’une éventuelle friandise oubliée.

Carine Roulet, 22 ans à peine, vient de commencer son apprentissage de gardienne d’animaux à la Fondation Barry. A peine sortie de l’enfance, mais déjà les gestes sûrs avec les chiens. Elle accepte bisous écumeux et coups de tête câlins, mais siffle avec autorité quand il le faut. Fait preuve de cette assurance tranquille indispensable pour s’occuper de la trentaine de poids lourds poilus qui se répartissent dans les deux chenils, à Martigny et au col du Grand-Saint-Bernard, en été. Ce jour-là, elle est justement affectée à la station du col, à 2469 m, dans l’air froid qui coulisse entre le Pain-de-Sucre et la combe des Morts.

«Pour moi, c’est le paradis d’être avec eux»

Mais rien ne pourrait lui enlever son sourire. Ni le réveil matinal, à 7 heures, ni les corvées du lever du jour: nettoyer les box des chiens, passer l’aspirateur, récurer, sortir les bêtes dans le chenil avant de les répartir dans les différents enclos extérieurs. Et les nourrir, 600 à 800 grammes de croquettes par jour et par estomac. «Pour moi, c’est le paradis d’être avec eux», dit-elle en empoignant par le collier Hélios, un solide mâle à poil long, pour l’installer sur le podium, une plateforme de démonstration pour les visiteurs. La masse de 65 kilos se laisse brosser docilement, pose sa mâchoire baveuse sur la cuisse de la gardienne. Soins des yeux, des oreilles et même brossage des dents, au dentifrice aromatisé au poulet. Entre ses bras, l’étalon de reproduction ressemble à une vraie peluche pour enfants, l’œil placide, mi-clos quand on lui flatte les bajoues.

«J’ai toujours aimé les gros chiens, parce que ce sont de vrais chiens, en particulier les saint-bernard.»
«J’ai toujours aimé les gros chiens, parce que ce sont de vrais chiens, en particulier les saint-bernard.»

Les chiens apprennent des tours

Au menu des tâches quotidiennes, deux randonnées dans les environs sur le chemin des chanoines et des jeux d’intelligence. «Chaque gardienne essaie de leur apprendre un tour, comme retrouver un objet caché dans une armoire, trier le PET et le papier, jardiner ou faire des pirouettes sur eux-mêmes. C’est important que le chien soit stimulé mentalement et pas seulement physiquement», explique Anja Ebener, responsable de la communication pour la Fondation Barry. Carine Roulet va justement chercher un plateau de chess (n.d.l.r.: un jeu pour chien), avec des compartiments à couvercles amovibles où sont cachées des croquettes. Elle place l’objet sous le nez de Jill. Qui, d’un coup de museau, a vite fait de débusquer les friandises.

Ce sont des chiens très sociables, très affectueux.

Sûr que cette jeune femme, derrière ses yeux rieurs, a un caractère bien trempé. Les pieds solidement posés sur le sol de ses envies. Puisqu’elle n’a pas hésité à tout quitter, son travail d’horticultrice, sa famille, sa Riviera natale, pour sa passion canine. «J’ai toujours aimé les gros chiens, parce que ce sont de vrais chiens, en particulier les saint-bernard. Quand on allait en randonnée à Zermatt avec mon père, on en voyait tous les dix mètres. C’est vraiment un coup de cœur depuis toute petite. Mais je n’ai jamais pu en avoir à la maison, seulement en peluches!» dit-elle sans avouer combien de fois elle a vu le film Beethoven.

Un revirement qui s’est fait presque par hasard. En se promenant un jour à la Foire du Valais, elle s’arrête sur le stand de la Fondation Barry et apprend qu’une place d’apprentissage est libre. Elle dépose aussitôt son dossier, fait un premier stage en ce début d’année, un deuxième, et n’est plus repartie. «Travailler avec les chiens, c’est ça qui m’intéresse. Je me réjouis d’apprendre. Là, pour le moment, je le fais au feeling.» En tout, trois ans d’apprentissage pour décrocher son CFC de gardienne d’animaux qui lui ouvrira les portes des cabinets de vétérinaires, des élevages ou des chenils.

Départ pour la promenade

Mais pour l’heure, elle se sent bien, là, au milieu de «ses loulous». Son chouchou? Elle avoue un faible pour Barry, «très solitaire», et Hélios. «Il y a un truc avec lui, quand il fait son beau gosse sur le podium. Mais je les aime tous. Ce sont des chiens très sociables, très affectueux. Ce qui n’empêche pas qu’il faut leur montrer qui est le patron.» Elle les prépare justement pour la randonnée, installe un sac de secours sur le dos d’Hélios, selon la tradition. Même si elle a dû mettre entre parenthèses ses activités dans la société de gym de son village. Qu’elle répète chaque jour les mêmes gestes, pas l’ombre d’une lassitude. Ni d’un regret pour le binage des plates-bandes.

Fraîchement installée à Fully, Carine Roulet savoure désormais cette vie au grand air, entre ses protégés. Et apprend à gérer les quelque 40 000 visiteurs, qui défilent au col chaque année, et dont il faut parfois contenir les élans trop démonstratifs. «Les chiens m’apprennent à rester calme. Moi qui ne supporte pas la foule, quand je les caresse, ça me fait du bien.»

Auteur: Patricia Brambilla