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16 septembre 2013

La langue, facteur d’intégration

Dès janvier, de bonnes connaissances dans une langue nationale seront demandées à qui voudra s’installer dans notre pays.

Des femmes en train de faire des exercices dans une classe.
Les mesures ne devraient concerner que les ressortissants de pays non membres de l’Union européenne.

La nouvelle loi fédérale sur les étrangers qui entre en vigueur en 2014 prévoit une redéfinition de la notion d’intégration en plaçant la bonne connaissance d’une langue nationale au cœur des critères.

Difficile de contester l’utilité de comprendre et de parler le français, l’allemand ou l’italien pour qui veut s’installer de manière définitive à Lausanne, Zurich ou Locarno.

Reste à savoir si le même traitement devrait être appliqué aux expatriés présents sur le territoire pour une période restreinte. Et à déterminer comment les connaissances linguistiques seront évaluées d’un canton à l’autre.

A Lucerne, un entretien obligatoire a d’ores et déjà été introduit en 2008. D’autres cantons suivront bientôt ce modèle.

La nouvelle loi stipule que les futurs ­naturalisés devront pouvoir bien communiquer non seulement à l’oral, mais aussi à l’écrit. Une contrainte que conteste la gauche, inquiète de voir ­ainsi discriminées les couches sociales les plus démunies. Comme le souligne Etienne Piguet (lire ci-dessous), tout dépendra de la façon dont on testera les connaissances écrites: «Il s’agira de faire preuve de bon sens en fixant les exigences. Il y a une différence entre demander à quelqu’un de rédiger des phrases entières ou de remplir un texte à trous.»

En principe, les accords de libre circulation devraient exempter les ressortissants de l’Union européenne de ces mesures. Mais là encore, ne doit-on pas y voir une certaine discrimination entre les différentes catégories d’étrangers?

«Tout dépend du sens donné à la notion d’intégration»

Etienne Piguet, professeur de géographie à l’Université de Neuchâtel et vice-président de la Commission fédérale pour les questions de migration.
Etienne Piguet, professeur de géographie à l’Université de Neuchâtel et vice-président de la Commission fédérale pour les questions de migration.

Etienne Piguet, professeur de géographie à l’Université de Neuchâtel et vice-président de la Commission fédérale pour les questions de migration.

Connaître la langue du pays dans lequel on s’installe: une nécessité?

Il est prouvé qu’une bonne connaissance de la langue est un critère important d’intégration. Elle permet un accès plus large au marché du travail et facilite les contacts sociaux. Mais cela ne signifie pas qu’aucune intégration n’est possible sans cette maîtrise. Tout dépend du sens donné à la notion d’intégration.

Faites-vous une distinction entre un expatrié et un candidat à la citoyenneté?

Oui. Une personne présente en Suisse pour une durée limitée, évoluant principalement dans un milieu anglophone, peut tout à fait répondre à des critères d’intégration sans maîtriser une langue nationale. C’est aussi vrai pour un détenteur d’un permis B ou même C, par exemple un ouvrier ayant l’habitude de tourner sur les chantiers et qui n’a pas l’intention de rester dans le pays.

En revanche, un immigré qui souhaite être naturalisé devrait, comme l’exige la nouvelle loi, bien communiquer à l’oral et à l’écrit?

Oui, mais il s’agit de ne pas s’enfermer dans un système trop strict. L’acquisition de la citoyenneté ne doit pas être réservée à ceux qui jouissent d’un niveau de formation élevé. Prenons l’exemple d’une femme de ménage installée depuis quinze ans dans le pays, qui a développé un cercle social, dont les enfants ont intégré le système scolaire et qui peut s’exprimer correctement dans la langue nationale: le fait qu’elle ne maîtrise pas l’écriture ne devrait pas constituer un obstacle majeur à sa naturalisation.

Les ressortissants de l’Union européenne doivent-ils être logés à la même enseigne?

Dans la mesure du possible, soit en respectant les accords de libre circulation, aucune discrimination ne devrait exister entre les catégories d’étrangers.

Quid des étrangers s’installant en Suisse alémanique? Devraient-ils apprendre le dialecte plutôt que le «bon allemand»?

Là encore, tout dépend de la manière dont on définit l’intégration. Si l’on considère le rapport à l’environnement immédiat, il est plus judicieux d’approfondir ses connaissances orales en suisse allemand. Mais il serait absurde de refuser la nationalité à un Allemand qui ne parle que le Hochdeutsch.

Auteur: Tania Araman

Photographe: Keystone, Anita Schlaefli