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30 juillet 2012

La longue vie des jeux des «vieux Confédérés»

Oseriez-vous fendre l'air avec un frelon? Isabelle Kottelat se pique au jeu (mais sans douleur) et lève le voile sur un pratique sportive de notre patrimoine souvent méconnue dans nos régions.

Croquis d'un joueur de Hornuss
Le Hornuss: un sport pas évident à maîtriser.

Les braves Helvètes n’ont rien à envier aux Américains. Ils ont aussi leur baseball: leur jeu de batte date presque de Guillaume Tell. Le hornuss – ou frelon littéralement, parce que la balle est une espèce de palet noir qui émet un drôle de vrombissement en fendant l’air – se pratique dans nos vertes prairies et vallées alpines depuis le premier pacte des Confédérés pour certains, le bas Moyen Age ou carrément l’époque romaine pour d’autres. En tout cas officiellement – c’est écrit – depuis le XVIe siècle dans l’Emmental bernois. Avec la lutte suisse et le lancer de la pierre, c’est le trio des joyeuseries sportives de notre pays qui figuraient déjà au programme de la Fête fédérale de gymnastique de Lausanne en 1855.

Ces jeux des «vieux Confédérés» ont connu des fortunes diverses: le lancer de la pierre a fait parler de lui avec les péripéties autour du vol du gros caillou (83,5 kg) d’Unspunnen par les Béliers jurassiens, la lutte suisse avec les grandes réunions des fêtes fédérales très disputées par les régions – la prochaine se tiendra à Estavayer-le-Lac en 2016, quasiment sur les pistes de l’aérodrome de Payerne, en fait.

Le hornuss, lui, se développe pépère en terres alémaniques; il a bien fait quelques percées en Suisse romande avec des clubs à Genève, Coppet et Tramelan, mais seul ce dernier a survécu. Le très sérieux Office fédéral du sport de Macolin organise tout de même formations et camps Jeunesse et Sport dans cette discipline. Sans compter la prochaine Fête fédérale du hornuss, du 17 au 26 août prochain, qui compte accueillir quelque 5500 joueurs de 250 équipes à Lyss, soit juste de l’autre côté de la barrière de rösti.

Mais attention, allez-y casqués: tout ça vole très haut et pas question de se retrouver dans la ligne de tir. C’est avec une grande tige flexible (le fouet) que les joueurs frappent le hornuss qui prend son envol à plus de 150 km/h. L’équipe adverse doit l’intercepter avec des palettes semblables aux panneaux agités lors des défilés militants, sauf qu’à la place d’un slogan, elles portent le blason de l’équipe. Et les joueurs peuvent aussi les lancer!Isabelle Kottelat

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck