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24 octobre 2011

La maison de demain sera passive

Vivre presque sans chauffage? C’est possible. Visite, à Belmont-sur-Lausanne, d’une résidence en PPE construite selon les hautes exigences en économie d’énergie du label Minergie P.

Une maison aux normes Minergie P à Belmont-sur-Lausanne
Stefanie Overbeck, du bureau zo2 architecture, qui a conçu la maison aux normes Minergie P, à Belmont-sur-Lausanne.

Comme Minergie, mais en mieux. Le label Minergie P constitue ce qui se rapproche le plus, dans notre pays, de la fameuse maison passive: une construction tellement bien isolée qu’elle se passerait presque de chauffage (lire ci-contre). Presque, car à la connaissance de Stefanie Overbeck, il n’existe pas de bâtiment dont la consommation en énergie soit nulle. Pour autant, cette dream house réalisée à Belmont-sur-Lausanne par le bureau d’architecture qu’elle a fondé avec Patrick Zumwald en 2003 est un bel exemple de «maison énergétiquement positive».

Cette nouvelle bâtisse, achevée il y a deux ans par zo2 architecture, porte la plaque Minergie P numéro 11. Soit la onzième du genre dans le canton de Vaud, qui en compte plusieurs dizaines. «Pour plus d’un millier dans toute la Suisse», précise le responsable pour la certification Minergie en Suisse romande Jean- Pierre Eggimann. Globalement, Minergie-P va beaucoup plus loin que son homologue de base désormais bien connu. Au point «qu’il est insuffisant d’ajouter à un projet de bâtiment Minergie uniquement une couche isolante supplémentaire». En clair, une maison qui veut répondre aux exigences élevées de Minergie- P doit être «conçue, construite et optimisée» en ce sens.

Pompe à chaleur et système de récupération

La sonde géothermique de la pompe à chaleur s'enfonce à 150 mètres dans le sol.

C’est donc le cas de ce petit immeuble aux lignes pures et modernes imaginé par le bureau zo2. Trois appartements d’environ 200 m2 se partagent de magnifiques espaces dans un environnement privilégié. Le chauffage est assuré par une pompe à chaleur dont la sonde géothermique s’enfonce à quelque 150 mètres dans le sol. «En été, à partir d’une température extérieure supérieure à 15 degrés, un système de récupérateur de chaleur renvoie cette dernière dans la terre. Un peu comme si on lui rendait ce qu’on lui prend», sourit Stefanie Overbeck.

A l’intérieur, les traditionnelles bouches des systèmes d’aération ne se remarquent presque pas, parfaitement intégrées dans les vastes espaces épurés. Sur un pan de la toiture, 16 m2 de panneaux solaires thermiques fabriquent l’eau chaude, l’élément liquide étant essentiellement récupéré à partir de l’eau de pluie grâce à un puits extérieur de quelque 10 000 litres. «Et s’il vient à en manquer, précise Stefanie Overbeck, l’eau du réseau communal prend le relais. Ainsi, les habitants n’ont pas à craindre une pénurie.»

Le chauffage de la maison passive est assuré par une pompe à chaleur.

Tout cela grâce à un appareil régulateur justement baptisé Watermanager. Les murs, dont les parois extérieures sont en mélèze traité, comportent plusieurs couches isolantes pour une épaisseur totale de 43 cm. Parois et structures des balcons et terrasses sont en bois, de même que celles des imposantes fenêtres à triple vitrage. Le test dit «Blowerdoor», qui consiste à mettre sous pression un espace intérieur pour vérifier où se cachent d’éventuelles fuites d’air, a paraît-il donné des résultats particulièrement bons. Minergie P, le standard du futur Cette maison ne consomme que l’équivalent de 890 litres de mazout par année, soit 1,4 litre par m2. «Une construction d’avant 1990 nécessite, elle, 18 litres par m2, soit douze fois plus», note Stefanie Overbeck. Ce qui ne peut être obtenu qu’avec une prise en compte de chaque élément assurant l’isolation. «Les portes coulissantes de certaines terrasses, dépassant les 3 mètres, ont nécessité un développement spécial. Elles sont désormais disponibles sur le marché.»

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La salle de bain donne sur la terrasse.

Il a fallu compter un surcoût d’environ 10% pour ces derniers éléments. Mais combien se facture une construction labellisée P par rapport à un objet conventionnel? «Minergie évoque moins de 15%, mais si on prend en compte l’ensemble des éléments, c’est sans doute un peu plus.» L’architecte espère qu’il en ira comme pour le label Minergie: subventionné jusqu’à il y a deux ou trois ans, il est désormais devenu quasiment standard.

Auteur: Pierre Léderrey