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21 octobre 2013

La mémé qui radote et pétarade

Fanfare rock déjantée, La Grand-Mère Indigne sort son deuxième album: «Vous allez changer le monde?»

La Grand-Mère Indigne
Le groupe est né dans le cadre de la fête de la musique à Yverdon. L’opération, qui devait se limiter à une journée, s’est prolongée grâce au succès rencontré lors de la 
manifestation.

Ils auraient pu s’appeler le Club des cinq. Mais pour une fanfare qui se veut «radoteuse et pétaradante», cela aurait sans doute fait trop premiers communiants. Ils ont choisi plutôt «La Grand-Mère Indigne», ce qui leur correspond davantage. Cinq musiciens donc pour un groupe né d’une commande lors de la fête de la musique à Yverdon: animer les rues de la ville pendant une journée. «On s’est demandé alors ce qui pouvait fonctionner dans ce grand raout populaire», raconte Fabian Tharin, guitariste, chanteur du groupe ainsi qu’auteur-compositeur de tous leurs morceaux. «On s’est rendu compte que la fanfare était la règle de toutes les fêtes populaires, présente dans un grand nombre de traditions.»

Des traditions fanfaronnes légèrement travesties

Va donc pour une fanfare, va donc pour La Grand-Mère. Comme le but était quand même «de travestir un peu tous ces codes», il a bien fallu rendre mémé un peu «indigne». L’opération devait se limiter à une seule journée. «Mais tout de suite on a eu déjà des engagements de gens qui nous ont vus, tout s’est enchaîné, on a joué assez régulièrement, sans faire de pub.» A force, les Cinq se sont dit que «cela valait la peine de mettre ce répertoire sur disque». Un premier CD voit le jour en 2011, suivi aujourd’hui d’un deuxième – «Vous allez changer le monde?» – et de quelques récitals.

Les lurons de La Grand-Mère Indigne reprennent donc à leur compte les traditions fanfaronnes. Et ce qui va avec: les costumes kitsch, les «déplacements», façon «défilé au pas». «On s’est dit aussi que cela valait la peine d’amener ce projet sur scène.» La Grand-Mère, c’est donc à la fois dedans et dehors.

On a encore beaucoup de plaisir à être dans la rue, c’est un autre rapport à la musique, soit en animant carrément une fête, soit en participant à des festivals de rue.»

Le monde de la chanson romande étant moins un continent infini qu’une famille resserrée, Fabian et ses potes, Gilles Gfeller à la percussion, Aina Rakotobe au sax, Alain Nicaty au tuba et William Jacquemet au trombone, se connaissent à peu près tous depuis des années. Chacun se produit aussi, avec l’un ou l’autre ou en solo, dans différents autres univers musicaux, à côté de La Grand-Mère, «certains dans la salsa, d’autres le jazz ou le jazz New Orleans».

Tout cela est «très complémentaire puisque, dans la musique romande, il n’est pas trop possible de ne vivre que d’un seul projet. Et puis, entre sa maîtresse et sa femme, le mieux c’est peut-être encore de ne pas choisir.»

«On essaie de garder un côté sales gamins»

Quant aux influences, le groupe, mélange sans pudeur ni retenue le rock, le folk, le dzim-boum, le pain et le fromage «mais tout ça un peu à notre sauce, à force, avec les rythmes que nous définissent nos instruments – on reste une fanfare.»

Les textes par contre ne sont pas très folklore –«déjà, il y a peu de mots dans la musique de fanfare, normalement – et là, on essaie de garder un côté sales gamins». Plutôt que de thèmes, ils préfèrent parler «d’angles de la caméra, de regard». Celui de gens qui ont maintenant «entre 30 et 40 ans et ne sont plus dans la grande espérance de la jeunesse ni dans la révolte». Mais portent sur le monde un œil où peuvent se mêler «la tendresse et une petite pointe d’amertume quand même. Un peu de tourbe dans le whisky, pour donner du goût.»

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Christophe Chammartin