Archives
23 mai 2016

La météo s’emballe, l’inquiétude plane

Des pluies torrentielles ont frappé ce mois-ci de nombreuses régions du Plateau. Doit-on y voir une manifestation supplémentaire du réchauffement climatique ou un phénomène normal pour la saison? Difficile à dire, surtout à l’heure où la «météomania» nous guette.

Deux enfants au bord du lac de Lauerz, dans le canton de Schwytz, durement touché par les intempéries en mai. (Photo: Keystone)

Canicule extrême en été, enneigement minimal et douceur inhabituelle en hiver, inondations au printemps... Alors que la Suisse, et plus particulièrement certaines régions du Plateau, viennent de connaître un nouveau record d’averses – l’équivalent, en trois jours, de la quantité de pluie qu’il tombe habituellement sur toute la durée du mois de mai –, la question du réchauffement climatique hante de plus en plus les esprits.

Il faut dire qu’avec l’avènement des applications et des sites internet dédiés aux informations météo, il semblerait que nous n’ayons jamais été autant obsédés par le temps qu’il fait. Au-delà de notre simple tendance à nous inquiéter des prévisions pour le jour à venir – et à râler si celles-ci ne se vérifient pas –, nous avons aujourd’hui accès à une multitude de données et d’animations nous permettant de jouer les météo­rologues en herbe.

A cette «météomania» nourrie par les nouvelles technologies, vient s’ajouter la multiplication de phénomènes climatiques flirtant avec les extrêmes, qui nous font bien souvent soupirer qu’il n’y a plus de saisons... Le prochain hiver verra-t-il également une désertion des stations de ski? La canicule de 2015 se répétera-t-elle cette année? Impossible de le prévoir.

Quant à savoir si ces événements sont bel et bien liés au réchauffement, il est encore trop tôt pour le dire, selon le climatologue Martin Beniston (lire ci-dessous). Mais face au recul progressif et constant de nos glaciers, on ne peut tout de même s’empêcher de s’alarmer...

«Les phénomènes climatiques touchent plus de personnes que par le passé»

Martin Beniston, climatologue et professeur à l’Université de Genève.

Les pluies record qui viennent de frapper le Plateau peuvent-elles être considérées comme un signe d’un changement climatique?

Pris individuellement, ce genre de phénomènes extrêmes sont anecdotiques. Après la canicule de 2003, nous avons eu plusieurs années de répit avant celle de 2015, même si nous avons vécu quelques épisodes caniculaires plus courts comme en juillet 2006. C’est plutôt la multiplication de ces événements sur le long terme qui pourrait indiquer qu’il s’agit de manifestations du réchauffement climatique. Cela dit, il est encore un peu trop tôt pour établir un lien de cause à effet. Avec la fonte des neiges et les températures plus douces propres à la saison, le mois de mai est propice à ce genre de phénomènes. N’oublions pas que la Suisse avait déjà connu des inondations l’an dernier plus ou moins à la même période. Il faudra donc attendre de voir si cette même séquence d’événements – canicule en été, hivers sans neige, pluies torrentielles – se répète ces prochaines années ou à un rythme plus régulier (plusieurs fois par décennie par exemple) pour en être sûr.

Nous avons donc tendance à mettre un peu trop facilement le moindre phénomène climatique sur le dos du réchauffement…

Il est vrai que chaque tempête inattendue, chaque température extrême, chaque anomalie saisonnière apporte son lot de questionnements. Mais ceux-ci sont légitimes: plus le climat se réchauffe, plus les risques de perturbations augmentent. Il est donc possible que tous ces événements soient liés, nous n’avons simplement pas assez de recul pour le prouver.

N’est-on pas plus obsédé par la météo qu’avant, alors que nous passons moins de temps à l’extérieur?

Non, je ne pense pas. On a toujours parlé facilement de la pluie et du beau temps. C’est un sujet de conversation assez commun. En revanche, avec internet et la médiatisation instantanée des informations, nous sommes davantage tenus au courant. D’où cette impression que les phénomènes climatiques extrêmes sont plus fréquents.

Et ce n’est pas le cas?

Pas nécessairement. Par contre, ils touchent plus de personnes que par le passé. La population a augmenté, les centres urbains se sont étendus et on a construit dans des zones à risque. Même s’ils sont de même ampleur qu’avant, les événements provoquent des dégâts plus importants, détruisent davantage d’infrastructures, avec parfois des victimes humaines. Incidemment, les coûts qui y sont liés sont plus élevés.

Quels sont alors les signes les plus visibles du réchauffement climatique?

En cent cinquante ans, la température moyenne en Suisse a augmenté de 1 °C. On le constate davantage dans les zones alpines, où les changements visibles se manifestent par le recul des glaciers. Plus subtilement, on observe par exemple une modification de la végétation. On constate également qu’en moyenne il neige moins actuellement qu’il y a cinquante ou cent ans. Tout autour du monde, ce sont d’ailleurs les zones de montagnes qui sont parmi les plus touchées: par exemple, le Kilimandjaro a perdu près de 80% de sa couronne de glace.

Des phénomènes de mauvais augure pour le futur?

Oui, si l’on continue sur cette voie. D’après les simulations climatiques qui ont été effectuées ces dernières années, la température pourrait augmenter de 2 à 6 °C d’ici à la fin du siècle. Or, si la variation de 1 °C que nous avons subie en cent cinquante ans a bel et bien eu les effets que l’on voit, cette nouvelle donne provoquera une augmentation, en fréquence et en intensité, de toutes sortes de phénomènes tels que les canicules en été, le manque de neige en hiver, les pluies extrêmes, les sécheresses, etc.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman