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17 octobre 2016

La mode du rétrogaming

Le phénomène rétro n’épargne pas le domaine des jeux vidéo. Sur le marché de l’occasion ou à travers les plateformes de téléchargement, d’anciennes productions ont droit aujourd’hui à une seconde vie.

«Super Mario Bros. 3» (sortie 1991) est, avec ses 18 millions d’exemplaires écoulés, l’un des jeux les plus vendus de l’histoire.

Et si une petite fortune dormait au fond de votre grenier? C’est le cas si vous y stockez d’anciens jeux vidéo, particulièrement recherchés sur le marché de l’occasion. Et c’est encore mieux si vous les avez conservés dans leur emballage d’origine. La preuve avec cette cartouche de jeu encore sous cellophane de GoldenEye 007 (sorti en 1997 sur Nintendo 64) qui a récemment atteint la somme rondelette de 6800 euros aux ventes aux enchères de Drouot à Paris.

Le rétrogaming, soit l’activité qui consiste à jouer et à collectionner des jeux vidéo anciens, est aujourd’hui un véritable phénomène. Mais est-ce bien nouveau?

Il y a toujours eu des personnes intéressées par les anciens jeux vidéo. Mais il est vrai qu’aujourd’hui cette passion bénéficie d’un écho bien plus important»,

explique Nicolas Nova, professeur à la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD) où il enseigne notamment les cultures numériques.

Outre le marché de l’occasion, c’est également la dématérialisation en cours dans le monde des jeux vidéo qui permet à d’anciens jeux de connaître une seconde vie. Sur la plateforme de téléchargement en ligne de Nintendo, de Playstation ou de Xbox, on peut, pour quelques francs, acquérir les versions numériques d’anciennes productions développées à la base pour des consoles sorties il y a dix, vingt ou trente ans.

Nostalgie et période-clé

Le géant nippon du divertissement ira plus loin dès le 11 novembre avec la commercialisation de sa Nintendo Classic Mini, une nouvelle version de sa première console de salon (la NES lancée en 1986 en Europe). La machine en reprendra trait pour trait le design (mais dans une version plus compacte et avec une sortie HDMI) et inclura trente jeux classiques, de Super Mario à Pacman, en passant par Donkey Kong .

Est-ce donc par nostalgie que l’on s’intéresse encore à ces anciens jeux? «Cet aspect n’explique qu’une petite partie de ce succès, estime l’ethnographe. D’ailleurs, la majeure partie des adeptes de rétrogaming ont la vingtaine et n’étaient donc pas encore nés à l’époque des consoles 8 bits. S’ils se passionnent pour les productions des années 1980, c’est parce qu’il s’agit d’une période-clé dans l’histoire des jeux vidéo. Un peu comme les jeunes adeptes de rock aujourd’hui, qui s’intéressent aux productions actuelles mais aussi aux classiques des décennies précédentes.»

La tendance n’est donc pas près de s’essouffler. Ce d’autant plus que tous les joueurs ne se retrouvent pas forcément dans les blockbusters développés par les grands studios.

Les anciens jeux sont plus faciles d’accès et intéressent donc un public plus large, qui ne joue pas forcément tous les jours à des jeux vidéo. Ce qu’avait déjà compris Nintendo au moment du lancement de la console Wii...»

Et après les années 1980, ce sont les productions des années 1990 qui devraient connaître un nouveau succès, prédit Nicolas Nova: «On observe déjà un retour en force des premiers jeux en 3D, notamment de la PS1 ou de la Nintendo 64. Il faut toujours un peu de temps pour que d’anciens titres puissent être à nouveau appréciés pour leur esthétique.»

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin