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18 juillet 2016

La môme du mime

La comédienne Laura Gambarini va enchanter les festivals de cet été avec son Cirque Botte-Cul sous un coin de parapluie, à découvrir absolument entre autres à Paléo!

Cirque du Botte-Cul
Il se passe de biendrôles de choses sous le chapiteau ambulant du Cirque du Botte-Cul…

Elle enfile un tutu écarlate sur ses leggins noirs, une veste sans manches sur un débardeur à rayures pétantes, un peu de fond de teint et du rouge à lèvres. Une longue tresse sur l’épaule, un minuscule haut-de-forme et un rire explosif. En quelques minutes, Laura Gambarini se glisse dans la peau d’une autre.

Et avec un simple parapluie customisé, elle dresse un chapiteau. Un mini-cirque portatif pour un imaginaire de poche! Entrez, mesdames et messieurs, le spectacle va commencer... «On m’avait demandé une animation pour une fête de quartier et

comme il pleuvait des cordes, j’ai imaginé un numéro sous un parapluie»,

Le cheval de la grosse dame
Le cheval de la grosse dame, mais où est-elle donc allée se promener à pied?

sourit la jeune femme, 34 ans. Ainsi est né le bien nommé Cirque du Botte- Cul (Laura Gambarini accueille les spectateurs assise sur son monopied) qui déambulera tout l’été de festival en festival (Paléo, Pays-d’Enhaut, Plage des Six Pompes à La Chaux-de-Fonds) et dont les représentations ne durent pas plus de dix minutes.

Le casting? Il change en fonction de l’inspiration du moment. Rangés dans un Tupperware, quand ils ne sont pas en piste, les artistes sont des personnages fabriqués avec trois bouts de ficelle, mais qui accrochent tout de suite le cœur: la grosse dame acrobate et son cheval, Antonio, l’avaleur de sabres, Madame Tutu, Monsieur Loyal qui zozote et crachote…

Bouchons, cure-dents, restes de t-shirt et paillettes, tout est bon pour créer un monde. «Le scénario évolue constamment, je réfléchis d’ailleurs à un numéro d’acrobates chinois avec des grains de riz...»

Le talent de faire rire en silence

La grosse dame
La grosse dame: une vie toute en désinvolture, même sans sa monture!

Sûr que cette comédienne a de l’humour plein les poches. Le sens du rythme et le goût des autres. La gestuelle expressive, le visage en pâte à modeler, elle pratique depuis plus de dix ans l’impro théâtrale. Mais c’est un cours de mime qui a provoqué le déclic. Car cette grande bavarde préfère sur scène le langage du corps, «tout ce qu’on peut dire en se taisant».

A la fin de ses études de lettres à l’Université de Lausanne, en 2009, il a donc fallu choisir. Les écoles de mime sont à Paris, Londres, Naples… Ce sera Berlin. «Physiquement, ça a été assez dur, parce que ça demande beaucoup de travailler la grammaire corporelle.

Le mime ne fait pas semblant, il faut que le déséquilibre soit vrai.»

La commedia dell’arte, la pantomime ou le masque, ça se peaufine aussi à coups d’abdos, de pompes, d’exercices à la barre. Soit plusieurs heures d’entraînement par jour. «Les muscles, c’est comme les mots de vocabulaire, il faut les travailler pour faire un discours réussi.»

Après quatre ans à Berlin, dont elle revient «transformée» en 2013, elle s’active. Monte un duo silencieux avec Nicolas Rocher pour Un dîner avec le diable. Joue les Colombine sur les places de marché pour être au plus près du public.

Le théâtre de rue, ça ne pardonne rien, mais quand ça prend, c’est magique! Le partage est beaucoup plus direct, les spectateurs, on les touche au propre et au figuré.»

Monsieur Loyal
Il est recommandé de garder une certaine distance envers Monsieur Loyal.

Avec le sourire, Laura Gambarini mène bien sa barque, fait tourner sa petite entreprise – «management, diffusion, communication, mise en scène, il faut tout faire!» – tout en sachant s’entourer d’une équipe: un organisateur pour tenir l’agenda, une couturière de 87 ans pour les costumes et son amoureux pour la technique. «C’est lui qui a bricolé les lampes LED sur le parapluie pour que, le soir, le chapiteau s’illumine!»

Vivre du mime, c’est possible en Suisse? «J’arrive à tourner six mois sur douze, ce qui est assez cool. Je suis au taquet!»

Antonio suit un régime particulièrement riche en fer, mais est-il bien équilibré?
Antonio suit un régime particulièrement riche en fer, mais est-il bien équilibré?

Et le reste du temps, elle enseigne l’allemand au gymnase, donne des stages de pantomime pour les enfants et les adultes. Et, bien sûr, mijote d’autres spectacles. Comme ces mimes au musée avec la compagnie de la Sourde Oreille, sortes de visites décalées dont les premières représentations ont eu lieu au Musée d’art et d’histoire de Genève.

Ou encore un spectacle improbable et cocasse intitulé Ça farte ou bien?! Ski tout terrain, qui sera joué sur la place folklorique de Bulle cet été. Un duo de mime en combinaison d’hiver et skis au pied, où le talent et l’imaginaire devront pallier l’absence de neige…

L’impro en mode continu

«Savoir s’arrêter, ne pas toujours aller du A vers B, mais être dans l’ici et le maintenant.

Créer des accidents positifs, voilà ce que j’essaie de faire»,

dit-elle en rigolant. Son cirque, c’est tout à fait ça: un petit moment de poésie qui surgit de nulle part. Un coquelicot ayant poussé au travers du bitume. Exactement comme cette incroyable jeune femme.

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Loan Nguyen