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17 février 2014

La peinture comme méditation

Le tao de l’aquarelle permet à la fois la création et le lâcher prise. Les explications de Dalila Imadalou, enseignante à l’Ecole-club Migros de Nyon.

Dalila Imadalou en train de peindre
Dalila Imadalou: «La règle d’or du tao de l’aquarelle est de ne pas vouloir faire un beau tableau.»

Délicat métissage entre la méditation, la calligraphie et la création, le tao de l’aquarelle repose sur une règle d’or: ne pas vouloir «faire un beau tableau»! Car le but n’est pas d’être dans le contrôle, mais au contraire d’atteindre un détachement et une profonde concentration qui feront naître la créativité et le bien-être.

Pour y arriver, il s’agit d’abord de bien s’organiser, et de préparer tout le matériel à l’avance en le posant près de soi.

Lorsqu’on désire peindre sur une surface humide, il faut mouiller soigneusement son papier et accepter une part d’imprévisibilité: le pigment suit son propre tracé. Tout l’art consiste dès lors à jongler entre spontanéité et maîtrise du geste, et à profiter de la beauté du moment.

Mais quelques connaissances de base de la peinture et une certaine logique permettront d’éviter les déceptions. Ainsi, par exemple: il ne faut pas mélanger les couleurs complémentaires sous peine d’obtenir une irrémédiable nuance marron, il est conseillé de toujours bien nettoyer ses pinceaux et de créer son dessin de l’arrière-plan à l’avant-plan, en allant du clair au foncé.

Collages, sel, dilutions différentes, choix instinctif des couleurs et des pinceaux: tout est ensuite possible et permettra de faire éclore une œuvre spectaculaire et unique, liée à la grâce de l’instant.

Autres informations à découvrir sur le site personnel de Dalila Imadalou et sur son blog .

Pinceau petit gris
Pinceau plat

Ici, les formes réalisables avec le pinceau le petit gris et avec le pinceau plat.

Bonus en ligne: Une boule lumineuse

Esquisse numéro 1

le papier fixé avec du scotch à ses bords.
Fixer le papier sur le pourtour pour éviter qu'il ne gondole.

Lorsqu’on désire travailler sur papier mouillé, il faut au préalable s’assurer que son papier est bien collé sur tout le pourtour, afin d’éviter qu’il ne gondole. Le papier à dessin est généralement encollé, mais si l’on travaille sur une feuille détachable, il faut l’arrimer avec du scotch de carrossier à la surface sur laquelle on travaille.

L'esquisse en train d'être faite.
Eviter de mettre trop d'eau

Lorsqu’il y a trop d’eau, on peut absorber le surplus avec un chiffon ou du papier ménage. Mais attention, cela enlève du pigment – ce qui permet simultanément de créer une autre structure! Attention: ne pas ajouter d’eau par-dessus: cela dilue le pigment et crée des auréoles.

Esquisse numéro 2

Trait avec le pinceau en biseau
Pour créer des voiles, on utilise le pinceau en biseau.

Pour créer des voiles, on utilise le pinceau en biseau. Bien imprégner la feuille au préalable, puis faire trois traits de couleurs différentes. Incliner ensuite la feuille de manière à ce que le pigment se diffuse vers le bas. Rajouter de la couleur en haut si nécessaire, pour créer un joli dégradé.

La feuille de papier est inclinée
Incliner le papier pour le séchage.

Il faut ensuite laisser sécher le papier en le laissant incliné, car le pigment travaille jusqu’à ce que la feuille soit sèche. C’est pourquoi il est important d’être présent durant tout le processus.

Esquisse numéro 3

Cercles formés avec le petit-gris.
Après avoir mouillé sa feuille, former des cercles avec la pointe du petit-gris.

Après avoir mouillé sa feuille, former des cercles avec la pointe du petit-gris. Terminer avec quelques traits en dessous, pour créer des feuilles. Etre très attentif au processus de séchage: il est possible de jouer, si on le désire,avec chaque niveau d’humidité pour créer des effets supplémentaires.

Esquisse numéro 4

Les traits horizontaux de plusieurs tonalités
Faire un trait horizontal clair, puis, en dessous, un plus foncé dans la même tonalité.

Faire un trait horizontal clair, puis, en dessous, un plus foncé dans la même tonalité. Lorsque le papier est moins brillant – mais n’a pas encore trop séché, parsemer de sel l’espace entre les bandes de couleur. Puis attendre que le sel ait absorbé les pigments et que la feuille ait bien séché, avant d’épousseter le sel et d’admirer les effets de cristaux sur la peinture.

Esquisse numéro 5

Dessiner quatre traits horizontaux (ici: orange, puis rouge, puis rose vif, puis bleu roi), en prenant soin de bien nettoyer son pinceau entre chaque application de couleur. Une astuce: pour faire ressortir une couleur, il est conseillé de créer un dégradé en l’encadrant d’un pigment plus clair et d’un plus foncé. Mais attention, il ne faut pas mélanger deux couleurs complémentaires, sous peine de se retrouver avec du marron! Ici, il est donc nécessaire de couper l’orange et le bleu en intercalant du rose.

Projection de la gouache avec la brosse a dents.
Prendre ensuite une brosse à dents mouillée.

Prendre ensuite une brosse à dents mouillée, la tremper dans de la gouache blanche et taper sèchement dessus à 6 cm environ de la feuille: cela crée des projections, qui vont se diluer légèrement étant donné que le papier est humide.

Utilisation du traînard
On peut ensuite créer des «arbres» en trempant le traînard dans de l’eau.

On peut ensuite créer des «arbres» en trempant le traînard dans de l’eau et en dessinant des traits presque transparents.

Les projections d’eau
Faire des projections d’eau

Ou alors faire des projections d’eau, qui créeront des points sur le dessin, puis parsemer la feuille de gros sel pour ajouter des «couronnes» aux arbres. Laisser sécher, tout en retravaillant de temps à autre ses marques au traînard.

© Migros Magazine - Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Mathieu Rod