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21 mars 2016

La petite ambassadrice des ruisseaux intacts

La musaraigne aquatique a été élue animal de l’année 2016 par Pro Natura. Le choix de cette espèce, menacée en Suisse, est un appel pour une meilleure protection des petits cours d’eau.

La musaraigne aquatique photo
La musaraigne aquatique se nourrit principalement de faune aquatique. (Photo: Pro Natura)

Elle a le nez pointu, mesure entre 6 et 10 cm et pourrait recevoir la médaille d’or en plongeon. C’est la musaraigne aquatique, petit mammifère original, au joli pelage bicolore, qui vit à proximité des ruisseaux et petits plans d’eau. Qui pourrait résister à cette petite boule de poils? «L’année dernière, notre choix était plus ambitieux, avec la couleuvre à collier, reconnaît Layne Meinich, directrice adjointe du Centre Pro Natura de Champ-Pittet (VD). Cette fois-ci, nous avons opté pour un animal qui aura vite fait d’attiser la sympathie parmi la population... Nous sommes nous-mêmes des mammifères, raison pour laquelle nous avons tendance à nous attacher plus vite à des espèces de cette même classe.»

Mais derrière ce choix se cache d’abord une sérieuse problématique qu’a voulu mettre en avant l’organisation de protection de la nature: la mauvaise santé des cours d’eau helvétiques. «On a faussement tendance à croire que la situation s’améliore, poursuit l’écologiste. C’est bien le cas pour les lacs, depuis que les phosphates ont été interdits. Les rivières, elles, sont toujours gravement contaminées par les pesticides et les engrais. La faute à une agriculture encore trop intensive.»

La musaraigne aquatique souffre indirectement de cette pollution, elle qui se nourrit principalement de faune aquatique: larves d’insectes, micro-­crustacés, escargots, mollusques et parfois aussi petits poissons et batraciens. Des espèces qui peinent à survivre si l’eau n’est pas suffisamment propre et bien oxygénée.

La nourriture est une préoccupation récurrente pour le petit mammifère.

Très adapté à la pêche en rivière grâce à son pelage spécial, il est capable de nager très longtemps. Le revers de la médaille, c’est que cette activité lui demande énormément d’énergie. Ce qui implique que, chaque jour, la musaraigne aquatique doit avaler l’équivalent de son poids en nourriture!»

Plaidoyer pour des rives végétalisées

L’autre condition indispensable pour abriter une population de musaraignes, ce sont des berges intactes. «L’espèce est répandue à travers tout le pays jusqu’à 2000 mètres d’altitude. Mais à chaque fois qu’une musaraigne aquatique a pu être observée, elle se trouvait à proximité d’un ruisseau ou d’un plan d’eau où les rives et le lit étaient à l’état naturel», relève Michel Blant, biologiste, qui participe depuis quinze ans à un programme national de recensement des mammifères menacés.

Un biotope préservé

Ce n’est donc pas par hasard qu’elle connaît une plus grande concentration sur la chaîne du Jura et dans les Préalpes, où les ruisseaux ont été mieux préservés. «Sur le Plateau suisse, les terrains ont été trop souvent drainés pour faciliter leur exploitation agricole, et les ruisseaux corrigés. Des ouvrages qui ont provoqué une érosion des colonies du petit mammifère au cours des trente à quarante dernières années», poursuit le mammalogiste neuchâtelois. Les berges naturelles permettent à l’animal de se déplacer discrètement sous la végétation, de chasser et surtout d’y creuser de petits terriers pour y vivre.

Impossible pour la musaraigne aquatique de vivre dans un cours d’eau canalisé entre du béton ou de gros empierrements!»

Il s’agit donc de prendre rapidement des mesures politiques, visant à créer de nouveaux biotopes susceptibles d’accueillir la musaraigne aquatique, exige Pro Natura. «Mais chacun, à son échelle, peut aussi apporter sa pierre à l’édifice, précise Layne Meinich. Par exemple en renonçant aux pesticides dans son jardin, ou en plaçant un grillage sur son puits pour éviter que de petits mammifères s’y noient.» «La musaraigne aquatique a beau se faire discrète dans la nature, elle est une espèce parapluie, renchérit Michel Blant. Si l’on améliore son habitat, un grand nombre d’autres espèces pourront en profiter.»

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin