Archives
8 février 2012

La petite bête qui monte…

Rien que d' y penser, ça gratte. L’idée qu’une bébête se réfugie sur – ou pire dans – le corps humain provoque immanquablement des démangeaisons. Médecin-chef du service de médecine internationale et humanitaire aux Hôpitaux universitaires de Genève, le professeur Louis Loutan présente trois hôtes clandestins, dont l’homme se passerait bien.

Dessin d'insectes qui pleurent.
L'être humain se passerait bien d'hôtes clandestins... (Illustration: Fotolia)

La petite bête qui monte, qui monte, qui monte… On fait rire les enfants avec cette petite phrase, les doigts grimpants sur les bras des mômes simulant l’avancée des bestioles. Mais en dehors du jeu, ça n’a plus rien de drôle. C’est même effrayant, paniquant.

Ces dernières années, ce sont les punaises de lit qui ont fait parler d’elles. En mal. Car elles colonisent les lits de la planète entière. Le plus souvent dans des logements insalubres, mais parfois on serait surpris…

Plutôt que de punaises – elles n’en n’ont ni la taille, ni la forme et n’appartiennent d’ailleurs pas à cette espèce – le professeur Louis Loutan, médecin-chef du service de médecine internationale et humanitaire, préfère le terme anglais de bed bugs. «Ces petits insectes se réfugient dans les replis des matelas et se nourrissent du sang des dormeurs en les piquant», explique-t-il. Ces minuscules membres de la famille des cimicidés – ils mesurent 3 à 4 millimètres – ne restent pas sur la peau et ne sont pas connus pour transmettre des maladies.

Lorsque l’effet anesthésiant de la salive disparaît, les victimes de piqûres ressentent d’inconfortables démangeaisons. «En grattant, il y a risque de surinfection. Certaines personnes peuvent développer des allergies ou un urticaire», note le médecin-chef des HUG. Une pommade avec corticoïde et de l’antihistaminique calment les démangeaisons. Par ailleurs, une désinfection soignée du lit permet d’éliminer ces hôtes indélicats.

"La gale reste un problème chez nous"

Provoquant également d’intenses séances de grattage, «la gale reste un problème chez nous», poursuit le professeur Loutan. Très petit, de l’ordre du demi-millimètre, le Sarcoptes scabiei se transmet de peau à peau. S’incrustant dans l’épiderme, l’acarien microscopique creuse des sillons sous la surface des mains, de la racine des doigts, des poignets, des coudes, des aisselles, des fesses ou des genoux. «Une fois implanté, il peut y rester longtemps et s’étendre sans pour autant pénétrer en profondeur», prévient le spécialiste.

Là aussi, la bestiole cause de l’inconfort, des rougeurs locales, éventuellement une surinfection, mais ne transmet pas de maladies. Une pommade contenant de l’insecticide (perméthrine) ou la prise orale d’ivermectine permet de s’en débarrasser. Le médecin souligne que la gale devient problématique chez les gens qui n’ont pas une hygiène irréprochable et qui ne prennent pas des mesures rapidement.

Autre cause de démangeaisons terribles, Louis Loutan cite la Larva migrans. . «Lors du percement du tunnel du Simplon, des mineurs avaient été infectés par ces vers intestinaux, car ils travaillaient dans des conditions souterraines chaudes, humides et insalubres, explique-t-il. De nos jours, ce sont les touristes de retour de voyage qui en ramènent après s’être étendus sur le sable des plages tropicales.»

La larva migrans laisse un trajet rouge bien souvent sous la peau des pieds ou du dos. Elle progresse à la vitesse d’un millimètre par jour. La larve de lankylostome du chien ou du chat ne peut aller en profondeur dans la peau, car elle n’est pas adaptée à l’homme. Pour s’en débarrasser, il ne faut pas opérer, mais à nouveau prendre une dose orale d’ivermectine.

Inutile de paniquer. Si ces hôtes sont extrêmement désagréables, ils ne sont en général pas vecteurs de maladie. Et surtout, ils restent somme toute assez rares. De quoi nous rassurer et passer des jours et des nuits en toute quiétude…

Auteur: Laurence Caille