Archives
21 mars 2016

Valence, la petite Espagnole qui monte

Moins courue que ses grandes sœurs Madrid et Barcelone, la troisième ville d’Espagne a pourtant tout d’une grande. Architecture, gastronomie, parcs, le plaisir se vit dans les yeux et dans l’assiette.

La Plaza de la Virgen
La Plaza de la Virgen avec, en arrière-plan, la cathédrale Santa Maria, dont la tour est nommée Le Micalet. (Photo: Miquel Gonzalez/Laif/Keystone)

Il y a d’abord le soleil qui frappe le regard et la peau à peine descendu de l’avion. Puis ces orangers chargés de fruits au parfum enivrant. Enfin, la mer à l’horizon bleu profond parsemé de cargos comme des points perdus au milieu de nulle part. Arriver à Valence début mars après avoir quitté le tarmac enneigé de l’aéroport de Cointrin revêt un petit air d’exclusivité, un peu comme ces happy fews appelés à déguster une tranche de printemps en avant-première.

Nous voilà donc au chaud, à 23 degrés précisément, entourés d’orangers et de mer, face aux îles Baléares. Mais pour y voir quoi, nous a-t-on demandé plus d’une fois avant notre départ. Tout, répond-on sans hésiter au retour de cette escapade de trois jours dans la cité portuaire qui a vu triompher la Suisse et Alinghi lors de la Coupe de l’America en 2007.

C’est une certitude. Valence, troisième ville d’Espagne avec ses 800 000 habitants intramuros, est injustement méconnue face au succès de ses deux grandes sœurs Madrid et Barcelone. Quelle erreur! La cadette a pourtant tout d’une grande et n’a de loin pas que son port, l’un des plus importants de la Méditerranée en matière de trafic commercial, à faire valoir.

C’est une vraie métropole, avec des musées, des parcs, des salles de spectacles, des bars, des restaurants gastronomiques et des quartiers branchés, tel celui de Ruzafa, où l’on danse, boit et se donne rendez-vous dans les galeries d’art contemporain. Une ville aux multiples visages, se révélant tantôt antique, arabe, gothique, classique, baroque, moderniste et futuriste.

Douceur et art de vivre

On plonge avec délectation dans le dédale de sa Ciutat Vella, le centre historique, le regard tourné vers le ciel. Façades colorées et ciselées de dentelles Art nouveau, bâtiments cossus néoclassiques, colonnes et frontons baroques, gargouilles ornant les chefs-d’œuvre de l’art gothique flamboyant... Point de télescopage disgracieux ni de rafistolage malheureux, tout ici cohabite en parfaite harmonie.

José Luis Grau
Notre guide José Luis Grau.

Surplombant la Plaza de la Virgen et sa fontaine néoclassique dédiée au fleuve Turia et à ses huit canaux, la cathédrale de Valence en est sans aucun doute la meilleure illustration. Flanquée de trois portes au style roman, gothique et baroque, l’édifice qui abrite, dit-on, le véritable Saint-Graal, a été érigé sur les ruines d’un temple romain devenu ensuite mosquée. Une constante dans le poumon historique de la ville, comme le confirme José Luis Grau, notre guide:

Toutes les églises gothiques ont été construites à la place de mosquées»,

A quelques encablures de là, l’Hôtel de Ville et l’ancien bâtiment des postes se font face de part et d’autre de la place de l’Ayuntamiento (la mairie), dévoilant leurs façades baroques à la blancheur baignée de soleil. Sur le fronton de la Mairie, une chauve-souris, emblème de la ville, rappelle que Jacques Ier d’Aragon a libéré la cité du joug arabe un jour de 1238. «L’animal est entré dans sa tente alors qu’il se demandait quand donner l’assaut, raconte José Luis Grau. Il a pris cela pour un signe du destin et s’est lancé avec succès.»

De la soie à l’orxata

Le Salon aux colonnes de la Loge de la Soie
Le Salon aux colonnes de la Loge de la Soie, qui date du XVe siècle et était un haut lieu du commerce de tissus. (Photo: Miquel Gonzalez/Laif/Keystone)

Mais s’il n’y avait qu’un lieu à retenir à Valence, ce serait sans hésiter la Lonja de la Seda (dite Llotja de la Seda, en valencien, soit la Bourse de la soie), chef-d’œuvre d’architecture gothique civile construit entre 1482 et 1533 et inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Jalonnée de gargouilles grivoises, l’imposante bâtisse aux tours dentelées sise au cœur de l’animé Barrio del Carmen accueillait autrefois les échanges commerciaux des tisserands et des marchands de soie venus d’Orient.

Prenez le temps de franchir la porte des péchés pour admirer la majestueuse salle des échanges aux colonnes torsadées et d’examiner l’encadrure de ses portes. Peut-être y découvrirez-vous quelques conseils pour devenir un bon vendeur...

Les halles du Mercat Central
Les halles du Mercat Central sont tout aussi assidûment fréquentées par la population locale que par les visiteurs de passage. (Photo: Miquel Gonzalez/Laif/Keystone)

On ne saurait venir à Valence sans s’arrêter à son Mercat Central, l’un des plus grands marchés couverts d’Europe, juste en face de la Lonja, où sa coupole Art nouveau attire touristes et indigènes. Ici tout fleure bon les produits locaux et on déambule entre les quatre cents étals garnis de jambons et d’épices, de turrón et d’orxata de chufa (lire encadré) au gré de la gourmandise.

Un fleuve reconverti en jardin

La Cité des arts et des sciences
La Cité des arts et des sciences émerge de l’ancien lit de la rivière Turia et a été dessinée par l’architecte de renommée mondiale Santiago Calatrava. (Photo: Javier Larrea/AGE/Mauritius Images)

L’appel du large se fait sentir et l’on s’enfonce maintenant dans le quartier du port parmi les façades enjolivées d’azulejos, avant de déboucher sur la mer et ses larges plages de Malvarrosa et Las Arenas. Au loin, la futuriste Cité des arts et des sciences sortie de terre au tournant de l’an 2000, imaginée par l’architecte valencien Santiago Calatrava Valls, déploie ses courbes blanches: squelette de dinosaure pour le musée des sciences, masque de Dark Vador pour l’opéra, harpe géante traînant ses longues cordes pour le pont de l’Assut de l’Or enjambant le fleuve Turia.

L'intérieur de l’Oceanogràfic
L’Oceanogràfic conçu par Félix Candela, également aux origines valenciennes, compte parmi les plus grands aquariums au monde. (Photo: Javier Larrea/AGE/Mauritius Images)

L’audace valencienne se lit encore dans l’Oceanogràfic, nénuphar géant aux airs d’Opéra de Sydney, œuvre de Félix Candela, un autre enfant du coin. En contrebas, les jardins du Turia, l’ancien lit du fleuve aujourd’hui dévié à l’extérieur de la ville suite à l’inondation de 1957 et reconverti en une immense coulée verte de 10 kilomètres de long, invitent à la balade. On flâne entre les allées et les places de jeux, passant à côté d’un Gulliver géant assoupi au corps transpercé de toboggans, puis sous les ponts séculaires entourés du parfum des orangers en fleur dans la douceur de cette fin d’après-midi. Et l’on se dit qu’il fait bon vivre à Valence.

Texte: © Migros Magazine | Vivianne Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey