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29 avril 2013

La philo au chevet des entreprises

Deux philosophes – Gabriel Dorthe et Philip Clark – proposent cours, séminaires, exercices et ateliers de réflexion pour «aider le monde du travail à mieux travailler».

Gabriel Dorthe et Philip Clark
Gabriel Dorthe et Philip Clark (à droite) proposent de laisser entrer un peu de philosphie dans les entreprises et administrations.

Le «Projet Socrate»: voilà qui sonne comme un titre de roman d’espionnage. Mais qui consiste plutôt à faire entrer un peu de philosophie dans les entreprises et les administrations. Sous la forme de cours, séminaires, exercices, ateliers de réflexion, sur des thèmes divers mais touchant de près le monde du travail.

L’idée en est venue fin 2008, à deux philosophes: Gabriel Dorthe, doctorant à l’Université de Lausanne et à Paris I, et à Philip Clark, qui dirige l’innovation pour Global Services and Solutions chez Orange Business Services. Avec la conviction que la philosophie peut «aider le monde du travail à affronter ses difficultés actuelles».

En réfléchissant, par exemple, sur «la manière de collaborer, d’échanger dans l’entreprise, notamment entre différents milieux culturels ou différentes génération, ou de mieux percevoir ce que l’autre a à nous dire».

Avec l’idée aussi que «le marché tel qu’il est ne suffit pas comme guide». La preuve:

Les entreprises innovantes sont celles qui ont découvert des espaces cachés jusque là

Leur grande affaire aussi est de calmer le jeu face aux tensions dans les entreprises que provoquent la nécessité du changement – «à cause des nouveaux besoins, des nouvelles motivations, des nouvelles conditions du marché».

Pour dire avant tout:

N’ayez pas peur du changement, le marché, ce n’est pas le diable, mais là où on échange, où on vit tous, d’une manière ou d’une autre.

Autant donc «s’approprier ce monde».

«La philo peut aussi servir à se défendre.» (Photo: Getty Images)
«La philo peut aussi servir à se défendre.» (Photo: Getty Images)


La boîte à outils de Gandhi

Que vient faire Gandhi dans cette histoire? Pour des philosophes prétendant à l’action, le petit homme nu s’imposait: «Gandhi, c’est d’abord une pensée, des milliers de pages, mais une pensée qui a fait tomber deux fois l’empire britannique». Avec un «trésor d’idées et de stratégies» comme les micro-résistances qui peuvent être utilisées «pour la dynamique au sein de l’entreprise». Notamment pour inverser les rapports de force «par surprise» face à des interlocuteurs, ou des adversaires «arrivant avec une lecture du monde bien organisée et qu’il faut pourtant faire bouger.»

Un sport de combat

Un sport de combat, la philo? Oui mais «pour se défendre». Contre quoi, contre qui? «Les gros cadrages, les manières dont on essaie de nous embarquer dans des visions du monde.» L’idée c’est, comme dans les arts martiaux «d’utiliser la force de l’adversaire, décrypter ses points d’appui, ses forces pour arriver à bouger avec lui plutôt que d’être écrasé». Un combat pas forcément hiérarchique mais qui se pratique aussi entre égaux. «Pour arriver non seulement «à du vivre ensemble, mais du produire ensemble, dans une réalité concrète faite de pression et de compétition.»

Le droit de mentir

Le mensonge et l’opacité n’ont pas attendu l’affaire Cahuzac pour avoir sinistre réputation. Et pourtant la philosophie nous dira que «les rapports entre les gens ne sont pas forcément d’un genre qui exige qu’il faille tout dévoiler». Qu’au contraire trop de transparence, cela peut déboucher sur «des malentendus et toute sorte d’effets négatifs». Relations hiérarchiques ou entre collègues, qu’importe, il s’agira de savoir «quelle est la distance que vous allez construire. C’est une forme d’éducation, de courtoisie, de savoir vivre, d’une élégance de la vie où vous apprenez à ne pas trop appuyer sur les gens, à garder une relation assez décomplexée et souple.»

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Laurent de Senarclens