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25 février 2013

La planche de salut de la pop-culture

Passionné, insatiable, le cœur tatoué aux années 80, Jim Zbinden se veut le gardien des skateboards. Et improvise un musée à Genève.

Jim Zbinden tenant la figurine d'une main avec une bouche tirant la langue dans la paume
«La collectionnite, c’est génétique! Mon grand-père déjà récupérait tout, même les clous rouillés qu’il trouvait dans la rue. Petit, je gardais les cailloux que je trouvais jolis… Ce qui me stimule le plus, c’est la quête de l’objet plus que sa possession.»


Vieilles bornes de jeux vidéo, Pacman, roulements à billes, une demi-rampe couverte de dessins à la Keith Haring et quelque cinq cents planches à roulettes accrochées partout, même au plafond. Couvertes d’autocollants, cassées, élimées, sans châssis ou flamboyantes à roues fluorescentes, au design vintage, elles donnent à l’entrepôt de Jim Zbinden, dans la banlieue genevoise, des airs de caverne d’Ali Baba. Entrer dans ce lieu, c’est remonter le temps, basculer dans les années 80.

Mon grand-père déjà récupérait tout.

«J’ai voulu garder ce patrimoine qui allait disparaître. Tout ce que je conserve aujourd’hui, c’est pour faire le lien entre la cave des gens et le container.» La fin des débarras sauvages a un peu tari sa source d’approvisionnement, du coup il arpente les brocantes sociales. «Je suis passé de vingt trouvailles par an à trois. Mais je reçois davantage de donations.»

Car tous les skates qui trônent là ont goûté le bitume. Pas question d’acheter sur le net, Jim Zbinden préfère les rencontres fortuites. Comme celle qui, un jour d’enfance, lui a fait découvrir la planche à roulettes. «Mon père m’avait ramené un skate trouvé dans une poubelle. J’ai tout de suite aimé cet objet. Je suis devenu le champion de mon quartier parce que je tenais debout dessus, les figures n’avaient pas encore été inventées!»

A 24 ans, il rêve de partir aux Etats-Unis, sa planche sous le bras pour vivre le rêve américain. Mais une mauvaise chute lui coupe les ailes. Qu’importe, il vivra sa passion autrement. En sauvant les skates de l’oubli. Et en fabriquant aussi lui-même des séries limitées en hommage à Carroll Shelby, Jo Siffert ou Reiser.

De ce magasin associatif lancé il y a dix-huit ans, Jim Zbinden rêve de faire aujourd’hui un vrai musée de la pop-culture, voire une fondation. «J’aime faire vivre la mémoire. Et ce lieu est bourré d’anecdotes. Comme ma vie d’ailleurs!»

Jim Zbinden en quelques mots

Un billet d'entrée d'époque.
Un billet d'entrée d'époque.

Ma musique
«Si je devais être enterré avec un disque, ce serait «Nevermind» de Nirvana. Ce groupe a débarqué comme un extraterrestre dans un paysage musical un peu morne. Je suis allé à leurs concerts en 94, deux mois avant le suicide de Kurt Cobain. J’ai encadré un des billets, on les dessinait bien à cette époque.»

Un python très aimant.
Un python très aimant.

La mascotte
«Ce python est l’ami de tous ceux qui ont peur des serpents. Il est tellement calme et gentil. Comme un serpent est sourd, je ne lui ai pas donné de nom. Mais les enfants l’appellent «Chaussette». C’est un peu la mascotte du lieu.»

Un «Game & Watch»
Un «Game & Watch»

Mon autre dada
«C’est l’ancêtre du Gameboy, un «Game & Watch», soit un jeu électronique de poche. C’est une des collections que j’essaie de compléter, il me manque encore quatre pièces. Je pourrais les avoir par eBay, mais ce n’est pas ma philosophie. J’attends de les rencontrer.»

Lonnie Toft eight-wheeler
Lonnie Toft eight-wheeler

La plus anecdotique
«C’est une Lonnie Toft eight-wheeler, une planche américaine qui a été commercialisée à la fin des années 70. Celle-ci appartenait à un Californien. Il a débarqué un jour et me l’a confiée pour le musée. Je n’en avais vu qu’en photo !»

Un objet rare: le «Virtual boy».
Un objet rare: le «Virtual boy».

Un objet culte
«J’ai trouvé ce «Virtual boy» par hasard il y a un mois. Je le cherchais depuis dix ans! C’est un objet culte des années 90, un des premiers jeux en 3D monochrome. Il a été commercialisé quelques mois, puis retiré du marché parce qu’il provoquait des crises d’épilepsie.»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Stéphanie Meylan