Archives
4 mai 2015

La prépuberté, une période déstabilisante

Dorénavant, c’est déjà dès 9-10 ans que les filles affrontent pousse des seins, crampes abdominales et développement du système pileux. Mais les services spécialisés ne s’intéressent encore guère à cette tranche d’âge.

Une jeune fille boudeuse photo
Avec un développement physique toujours plus précoce, surtout chez les filles, nombre d’inquiétudes et de questions surgissent toujours plus tôt. (Photo: Tim Georgeson/Gallery Stock)
Temps de lecture 4 minutes

Alors que l’adolescence est un thème à la mode actuellement, la prépuberté, elle, reste quasi taboue. Il est même difficile de dénicher des spécialistes dans ce domaine, la plupart s’intéressant principalement aux 12 ans et plus. «Contrairement à ce que l’on pense parfois, l’apparition des règles, par exemple, ne marque pas à elle seule le passage de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte, souligne néanmoins Patricia Verth, psychologue au service «Conseils aux parents» de Pro Juventute. Cette étape de vie qui place le jeune face à la quête de son identité s’étend sur plusieurs années et se joue à divers niveaux: physiologique, psychologique, émotionnel, affectif, social, cognitif, relationnel, etc.»

C’est ainsi qu’avec un développement physique toujours plus précoce – surtout chez les filles, en décalage avec les garçons dans ce domaine –, nombre d’inquiétudes et de questions surgissent toujours plus tôt. La puberté vient d’ailleurs en quatrième position des préoccupations parentales des 7-12 ans discutées au Centre de conseils aux parents de Pro Juventute, après les questions pédagogiques, les problèmes scolaires et les conflits familiaux.

L’importance d’une première consultation


Le moyen de gérer au mieux les craintes des uns et des autres? «Si une petite fille commence à se poser des questions, il est très précieux de lui proposer une première consultation dans un milieu spécialisé, conseille Martine Jacot-Guillarmod, médecin associée au Département de gynécologie obstétrique et génétique médicale du CHUV, et gynécologue référente à l’UMSA (Unité multidisciplinaire de santé des ados).

«Ce sont souvent les mamans qui initient la démarche, surtout pour leur fille, admet la spécialiste. Beaucoup s’inquiètent, car elles pensent que celle-ci est réglée beaucoup trop tôt! Mais il faut savoir que la moyenne d’âge de début des règles est maintenant de 12 ans et 5 mois…»
Certains enfants veulent consulter le pédiatre qu’ils connaissent bien, d’autres préfèrent aborder la question dans un contexte neuf. «Cela leur permet de garder un sentiment de maîtrise et d’être rassuré sur la confidentialité», souligne Patricia Verth.

Rassurer avant tout

Mais durant cette première consultation, qu’apprend donc concrètement une préadolescente? Entre autres les différents stades de la puberté, soit: apparition des poils, développement des seins, courbe de croissance en hausse fulgurante, développement graduel d’une nouvelle silhouette puis début des menstruations. On lui apporte des conseils et astuces, on détaille les mystères des règles et, surtout, on l’écoute et on la rassure. «La prépuberté est une véritable explosion hormonale, qui peut provoquer toutes sortes de questionnements, souligne Martine Jacot-Guillarmod. Les jeunes sont toujours plus exposés à des images très sexualisées, qui peuvent générer beaucoup d’angoisses. Ils doivent également gérer le regard d’autrui et la comparaison avec les autres, ce qui n’est jamais évident. Et on pourrait penser qu’ils sont très, voire sur-informés, mais para­doxalement, je rencontre encore beaucoup de jeunes filles qui sont très peu au courant du phénomène des règles.»

Quant aux parents, les spécialistes leur conseillent de faire preuve de respect et d’un peu d’intuition. «Il n’y a pas de recette unique, c’est une question de feeling, remarque Martine Jacot-Guillarmod. Mais si l’on remarque que son enfant est mal à l’aise et ferme la porte de la salle de bain lorsqu’il prend une douche, ou la porte de sa chambre lorsqu’il s’habille, il faut respecter son intimité et être attentif aux signes qu’il envoie.» – «Parents, ne perdez pas confiance! rassure toutefois Patricia Verth. Car cette étape, même si elle vous amène en terrains inconnus, n’annule pas tout ce que vous avez construit jusque-là.»

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer