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29 mars 2016

Princesse de nacre

Naomi Sanchez a abandonné ses études à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne pour se donner corps et âme à sa passion: l’accordéon! Championne suisse 2015 de cet instrument, la Neuchâteloise contribue avec virtuosité à donner au piano à bretelles ses lettres de noblesse.

Naomi Sanchez et son accordéon
Naomi Sanchez joue de l’accordéon depuis sa plus tendre enfance, mais sa relation symbiotique avec cet instrument s’est nouée bien plus tard.

Ne dites jamais à Naomi Sanchez que l’accordéon est ringard, tout juste bon à animer bals musettes et autres soirées pain-fromage!

En Suisse, la plupart des gens ont une vision de l’accordéon un peu poussiéreuse et folklorique,

comme si on en jouait toujours dans un décor alpestre avec vaches et chalet de montagne. Ce sont des clichés vraiment très réducteurs.»

Pour cette Neuchâteloise de 22 printemps, le piano du pauvre est un instrument à vent à la richesse musicale bien trop souvent sous-estimée. «Avec un accordéon de concert, on peut presque tout jouer, des pièces classiques et contemporaines, du Bach, du Scarlatti… Elle sourit:

Si on voulait, on pourrait même interpréter du Beethoven, mais ça ne serait pas très joli.»

Sur scène, cette jeune femme respire à l’unisson de son accordéon, elle se mue en une véritable femme-orchestre, exécutant rythme, mélodie et harmonie avec sa seule «boîte à frisson». C’est intense! «Contrairement au piano que l’on ne touche que du bout des doigts et des pieds,

on fait corps avec notre instrument, on sent vibrer les lames quand les grosses basses résonnent.»

Un instrument à la mesure de sa passion

C’est très physique aussi. «Mon instrument pèse 13,6 kilos et on a tout le poids sur les épaules.» Avec son petit gabarit (elle mesure 1 mètre 60), Naomi peine parfois à rivaliser avec les accordéonistes mâles. «L’an passé, à Martigny, au Trophée mondial de l’accordéon, il y avait de véritables armoires à glace, dotés d’une technique incroyable, ils étaient tout simplement imbattables.»

Pour sa première participation à cette compétition (l’une des plus importantes au monde), la championne suisse d’accordéon s’est classée à un honorable 9e rang, derrière les intouchables Russes et Chinois. Et ce, malgré des douleurs aux ligaments et aux tendons du bras gauche – celui qui actionne le soufflet – qui l’ont finalement obligée à faire une pause au début de cette année.

Après six semaines sans pratique instrumentale, elle se remet aujourd’hui gentiment à caresser les touches de son accordéon. «Je n’ai jamais arrêté aussi longtemps. J’avais envie de jouer, mais j’ai réussi à résister à la tentation parce que c’était pour la bonne cause.» D’habitude, elle s’entraîne trois à quatre heures par jour. Parfois plus avant les échéances importantes.

«La musique, c’est une passion, pas une obsession», tient à préciser cette virtuose, tombée enfant sous le charme du piano à bretelles.

J’ai commencé à 6 ans et demi et je ne sais toujours pas pourquoi j’ai choisi cet instrument.»

Ses premiers airs, elle les a appris sous la houlette d’une professeure privée. En compagnie de son père qui a commencé l’accordéon en même temps qu’elle.

Après huit ans passés à s’escrimer sur des partitions de variété, cette habitante de Corcelles s’est petit à petit tournée vers le répertoire classique qu’elle trouvait beau et attirant:

Je voulais découvrir ce nouveau monde.»

Dans le même temps, elle rafle premiers prix et coupes aux concours auxquels elle participe épisodiquement

Côté cursus estudiantin, cette matheuse opte pour l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et entre parallèlement au Conservatoire cantonal de Sion. «J’ambitionnais de faire un métier scientifique,

je ne souhaitais pas être musicienne professionnelle. J’avais peur que cela devienne un jour comme une obligation,

je désirais simplement que ça reste un hobby.»

Une porte sur l’avenir qui s’ouvre en accordéon

Chassez le naturel et vous êtes sûr qu’il revient au galop! «Après mes examens de janvier, j’ai préparé le Concours suisse d’accordéon 2014 en deux semaines et je l’ai gagné dans ma catégorie (ndlr: elle le remportera encore l’année suivante, mais dans la catégorie reine cette fois-ci). Ça a alors fait tilt: il fallait que je m’investisse à cent pour cent dans mon instrument!»

Naomi se désinscrit alors de l’EPFL pour entrer à la Haute Ecole de musique de Lausanne. Elle est à présent en deuxième année de Bachelor et se consacre presque exclusivement à ses études. «Je dirige aussi un chœur d’enfants, je donne quelques cours et je fais partie de la société d’accordéonistes L’Hirondelle. Je me suis aussi mise à la clarinette. Du coup, je joue dans la fanfare de Peseux.»

L’avenir, elle n’a donc pas le temps de trop y penser. Soliste? «Pourquoi pas? Mais cela me paraît une telle montagne à gravir que je n’ose l’imaginer…» Enseignante? «J’adore ça et je ne me vois pas abandonner mes élèves, du moins pas tout de suite.» Un ange passe. «Honnêtement, si tout était imaginable et qu’il était possible de tout faire – et de bien le faire! –, je rêverais de mener une carrière de concertiste et de professeure.»

Texte: © Migros Magazine | Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Matthieu Spohn