Archives
19 octobre 2014

La psychose Ebola

L’épidémie progresse en Afrique de l’Ouest, mais ne menace, selon les experts, ni l’Europe ni l’Amérique. Pourtant, en Occident, une certaine inquiétude s’installe pernicieusement… La peur serait-elle plus contagieuse que le virus?

A Dallas, un deuxième cas de contaminationpar Ebola a été confirmé le mercredi 15 octobre 2014.onfirmé mercredi dernier.
A Dallas, un deuxième cas de contaminationpar Ebola a été confirmé le mercredi 15 octobre 2014. Photo Reuters

A ce jour (le 20 octobre 2014), selon les chiffres de l’OMS, Ebola a fait plus de 4000 victimes en Afrique de l’Ouest, principalement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. L’Occident est pour l’heure épargné puisque seuls quelques rares cas y ont été diagnostiqués, à Dallas et Madrid notamment.

Pas de quoi donc nous alarmer! D’autant que cette maladie s’avère moins contagieuse qu’une grippe (pour l’attraper, il faut qu’une muqueuse ou une plaie entre en contact avec les fluides corporels d’une personne présentant des symptômes), que nos systèmes sanitaires semblent bien armés pour parer à toute éventualité et que les experts s’accordent pour affirmer qu’il est peu probable que cette épidémie se répande sur notre continent!

Et pourtant, l’on sent poindre comme un sentiment d’inquiétude au sein de la population… A l’image de Laetitia Guarino – nouvelle Miss Suisse et future pédiatre – qui a confié au Matin avoir peur «des épidémies comme Ebola, ces petits virus qui déciment les gens sans qu’on puisse rien y faire».

La pandémie reste «locale», mais la psychose, elle, est devenue globale! La faute aux rumeurs, à une communication défaillante, à la multiplication des fausses alertes et des mises en quarantaine préventives, aux renforcements des contrôles aux frontières de plusieurs Etats, aux déclarations alarmistes de certains spécialistes, et naturellement aux médias qui amplifient tout ça.

Comme on pouvait le lire récemment dans The Washington Post: «Ebola est une épidémie à la fois biologique et psychologique, et la peur peut se répandre encore plus vite que le virus.»

«La meilleure mesure, c’est d’informer objectivement la population»

Daniel Koch, responsable de la Division des maladies transmissibles à l’OFSP, l'Office fédéral de la santé publique.
Daniel Koch, responsable de la Division des maladies transmissibles à l’OFSP.

Daniel Koch, responsable de la Division des maladies transmissibles à l’OFSP.

La Suisse est-elle prête à faire face au virus Ebola?

L’OFSP s’occupe depuis longtemps du problème et ne cesse d’améliorer sa préparation avec tous les acteurs importants pour être capable d’y faire face le cas échéant. Notre pays a d’autant plus le devoir d’être prêt qu’il est le siège de plusieurs organisations internationales et d’ONG qui travaillent sur place.

La population n’a donc aucun souci à se faire…

Nous sommes capables de prendre en charge et de traiter des patients en toute sécurité. Mais un accident ne peut jamais être exclu à 100%. Cela ne mettrait toutefois pas en danger la population.

Comment pouvez-vous affirmer cela alors qu’il n’existe ni vaccins ni médicaments contre ce virus?

Il n’existe pas encore de vaccins ou de médicaments enregistrés. Mais ce qui garantit la sécurité du personnel soignant, ce sont les mesures de préparation et le matériel de protection, pas les médicaments!

Une certaine psychose Ebola existe pourtant.

Nous comprenons cette inquiétude. Le message le plus important à faire passer, c’est que seuls les gens qui ont des symptômes (par exemple fièvre, malaises, extrême faiblesse) peuvent transmettre la maladie. Les autres – ceux qui sont en période d’incubation – ne sont pas contagieux. Il faut le dire et le répéter.

Ne devrait-on pas renforcer les contrôles dans les aéroports comme le font déjà les Etats-Unis et le Canada?

Actuellement, il y a un contrôle sanitaire strict des passagers qui embarquent dans des avions qui quittent la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Maintenant, élargir ce type de contrôle à toute l’Europe, à tous les passagers, ça n’apporterait pas grand-chose en matière de sécurité et serait difficilement réalisable.

Mais ça aurait au moins le mérite de tranquilliser les gens, non?

Oui, mais les mesures qui visent à tranquilliser la population doivent quand même être utiles, raisonnables, proportionnelles à la situation. Et puis, je ne pense pas que cela suffirait à combattre la peur. La meilleure mesure, c’est d’informer objectivement la population. Et là, il faut encore faire plus!

© Migros Magazine - Alain Portner

Auteur: Alain Portner