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1 juin 2015

La réhabilitation du stérilet

Longtemps considérée comme inadaptée aux adolescentes et aux femmes sans enfant, cette méthode de contraception n’est pourtant pas contre-indiquée pour cette frange de la population. Bien au contraire.

Deux jeunes femmes accoudés à une fenêtre avec le soleil en arrière-plan.
La polémique autour des pilules de troisième et quatrième générations expliquerait peut-être, en partie du moins, l’intérêt nouveau pour d’autres formes de contraception, parmi lesquelles le stérilet.

Le stérilet? A proscrire pour la jeune fille! Voilà, en substance, ce qui était écrit dans le manuel de médecine de la gynécologue Isabelle Navarria-Forney, cheffe de clinique aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), lorsqu’elle a entamé sa spécialisation en 1999. «De nombreux praticiens pensent encore comme cela aujourd’hui, déplore-t-elle. Pour eux, le dispositif intra-utérin (DIU) qu’il soit hormonal ou qu’il contienne du cuivre (lire encadré), n’est pas un contraceptif adapté aux femmes nullipares, c’est-à-dire qui n’ont jamais eu d’enfant, et encore moins aux adolescentes.»

Mauvaise réputation

Pourtant, rappelle-t-elle, plusieurs sociétés internationales de gynécologie, de même que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), recommandent le DIU, beaucoup plus efficace que la pilule, comme contraception de première intention pour cette tranche de la population. «Tout particulièrement aux Etats-Unis, où le haut taux de naissances non désirées chez les adolescentes est un problème de santé publique majeur.»

Alors, pourquoi ce décalage? Les réticences à l’égard de l’utilisation du stérilet chez les nullipares – risque accru d’infections pelviennes et problèmes de fertilité, principalement – ne sont-elles donc pas justifiées? «Non, répond Isabelle Navarria-Forney, qui officie également à l’Unité Santé Jeunes des HUG. Une partie de ces idées reçues remonte aux années 70, lorsqu’un DIU développé par un laboratoire américain, le Dalkon Shield, avait causé de graves complications chez de nombreuses utilisatrices. Les problèmes ne concernaient que ce dispositif spécifique, ainsi que d’autres prototypes de DIU qui n’existent plus actuellement. Aujourd’hui les mentalités, même des professionnels, restent difficiles à changer.»

Or, des preuves scientifiques ont depuis montré que le stérilet n’augmente pas le risque d’infections pelviennes, «si ce n’est dans les vingt jours suivant la pose. Et même si les adolescentes sont particulièrement touchées par la chlamydia, l’infection sexuellement transmissible (IST) la plus fréquente chez les jeunes, le cours de l’infection semble identique chez les femmes avec ou sans stérilet. C’est donc le contact intime avec une personne porteuse d’une IST qui est responsable de l’infection pelvienne sévère, et non le fait d’être ou non sous contraception par DIU.»

Et la douleur?

La chlamydia peut également être à l’origine des problèmes d’infertilité dont on accuse le stérilet. Quant à la question de la douleur lors de la pose du dispositif, elle peut s’avérer légèrement plus prononcée chez les nullipares. «Il existe toutefois des DIU plus petits, donc mieux adaptés à la taille de leur cavité utérine.»

Moins cher sur le long terme

Balayés donc, les arguments des détracteurs du stérilet. Restent les avantages, comme sa très grande efficacité.

Selon les chiffres fournis par l’OMS, le taux de grossesses non désirées chez l’utilisatrice du DIU hormonal, dans sa première année, s’élève à 0,2% (0,8% pour le stérilet au cuivre) contre 8% chez celles qui optent pour la pilule, détaille Isabelle Navarria-Forney. Même la stérilisation définitive des trompes, avec ses 0,5%, n’arrive pas à ce résultat.»

Et d’évoquer l’implant sous-cutané (lire encadré), champion toutes catégories de l’efficacité, avec 0,05 % de taux de grossesses non désirées, mais qui souffre lui aussi d’une mauvaise presse.

Les adolescentes ont donc tout intérêt à choisir le stérilet comme mode de contraception, d’autant que le facteur mémoire n’entre pas ici en ligne de compte (contrairement aux oublis fréquents de pilule). «Mais la plupart des jeunes filles sont persuadées que ce n’est pas pour elles et leur gynécologue ne leur en a jamais parlé. C’est la première année où je constate que certaines d’entre elles ont reçu l’information.»

La polémique autour des pilules de troisième et quatrième générations expliquerait peut-être, en partie du moins, l’intérêt nouveau pour d’autres formes de contraception.

Autre avantage du stérilet, son prix qui, sur le long terme, s’avère moins élevé que celui de la pilule. Isabelle Navarria-Forney rappelle par ailleurs que la pose d’un DIU chez une mineure ne requiert pas l’accord des parents, à l’instar des autres moyens contraceptifs. «Après, c’est une question de feeling: comme le procédé est perçu comme un peu plus «invasif», il peut y avoir quelques réticences. L’important, c’est que les jeunes femmes sachent qu’elles ont aussi cette possibilité.»

Texte © Migros Magazine – Tania Araman.

Auteur: Tania Araman

Photographe: Getty Images