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19 novembre 2012

La réinsertion des femmes au travail

Arrivées au mitan de leur vie, nombre de femmes doivent se réinsérer ou se réorienter professionnellement. Un défi qui nécessite parfois d’être épaulées. Exemple dans le Jura où une association pionnière œuvre dans ce domaine depuis plus de trente ans déjà.

Dessin d'une femme mûre partant au travail le matin
Souvent, le soutien de la famille est primordial pour relever le défi avec succès.
Nicole Schaffter
Nicole Schaffter

Nicole Schaffter est une femme dans la fleur de l’âge bien dans sa tête et ses baskets. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Au délicat passage de la quarantaine, et suite à des deuils successifs, elle a fait une crise «avec un «c» majuscule» comme elle dit. Crise qui s’est notamment traduite par une mue en profondeur: «J’étais employée de commerce et je me suis lancée sans filet dans une formation en art-thérapie.»

Diplômée, elle exerce aujourd’hui son deuxième métier dans son propre atelier. A côté de cela, elle donne des cours à l’Université populaire et occupe la fonction d’animatrice responsable de Sibir’elles, association jurassienne à but non lucratif qui aide justement les dames à se réinsérer ou à se réorienter professionnellement. Au vu de son expérience, cette Ajoulote est, en quelque sorte, la bonne personne au bon endroit.

«Nos stages ont démarré en 1981. A l’origine, ils s’adressaient essentiellement aux mères de famille qui souhaitaient retrouver du travail après avoir élevé leurs enfants.» Depuis, la donne a changé et ces mamans – même si elles sont toujours présentes – ont petit à petit laissé la place à des participantes en rupture ou en voie de l’être: des femmes qui se remettent en question parce qu’elles sont mal dans leur job ou proches du burn-out; d’autres qui, harcelées ou mobbées, cherchent une issue de secours; d’autres encore qui doivent (ré)intégrer le monde du travail suite à un licenciement, un divorce, un veuvage, une maladie ou un accident.

Quadras et quinquas pour la plupart, volontaires ou envoyées par l’office du chômage, le centre d’orientation professionnelle voire le service de l’action sociale, elles ont toutes en commun un manque de confiance en elles et en leurs aptitudes. «Si on arrête de travailler, on se sent très vite larguée. Moi, par exemple, j’ai appris le secrétariat au temps des bonnes vieilles machines à écrire.»

Souvent à plat, les candidates à l’embauche doivent donc regonfler leur ego avant d’espérer rebondir. C’est précisément ce à quoi s’emploie en priorité l’équipe de Sibir’elles. «Nous leur donnons l’occasion de prendre du temps pour apprendre à mieux se connaître, pour faire un bilan de compétences et valoriser leurs acquis, et pour réfléchir à leur avenir aussi.» Parallèlement, elles reçoivent des outils pratiques qui leur permettront de rechercher un emploi efficacement.

«Pour faire ce stage (une session coûte 500 francs et dure deux mois à raison d’un jour et demi par semaine – ndlr), il faut qu’elles soient motivées, car cela demande beaucoup d’énergie et d’investissement.» Pour quel résultat? «On ne possède pas de statistiques. Mais si je prends le stage de ce printemps: sur huit participantes, deux ont retrouvé du travail, une a changé d’employeur, une est en stage et une autre en cours, une a créé son propre projet, une est en recherche d’emploi, et je suis sans nouvelle de la dernière.»

Au-delà des chiffres, au-delà de l’objectif final qui est de se (re)lancer dans le circuit professionnel, les femmes, qui sont passées par Sibir’elles, ont toutes gagné en assurance. «Ça les aide à se mettre en mouvement, à aller de l’avant», conclut Nicole Schaffter.

Nicole Vuille, 47 ans, Glovelier

Nicole Vuille
Nicole Vuille

«Mon parcours professionnel n’est pas linéaire. Après mon apprentissage de coiffeuse, j’ai exercé peu de temps dans le métier, car c’était mal payé. J’ai donc enchaîné différents jobs: vendeuse de parfums à domicile, agent d’assurance, serveuse… Et puis, il y a eu ce gros pépin de santé qui m’a contrainte à arrêter de travailler. C’est durant cette période que j’ai connu mon mari. Comme il est indépendant, j’ai commencé à l’aider pour tout ce qui est administratif. J’avais le sentiment d’être utile, c’était valorisant. Mais l’inconvénient, c’est que j’étais toujours enfermée à la maison. Alors, j’ai commencé à livrer des publicités, des petits journaux, ce qui m’a permis de me resocialiser à petits pas.

Le stage m’a donné de la force et l’envie de me lancer, d’oser.

J’ai découvert Sibir’elles à ce moment-là. Ça tombait bien parce que j’avais envie de reprendre contact plus sérieusement avec la vie professionnelle. Je me suis inscrite et j’ai suivi le stage de ce printemps. Travailler en groupe m’a aidée à retrouver confiance en moi et dans les autres. Je me suis aussi rendu compte que j’avais des capacités, qu’elles étaient là et que je pouvais les exploiter. Ça m’a donné de la force, l’envie et le courage de me lancer, d’oser.

Maintenant? Eh bien, je continue d’épauler mon mari et je cherche des engagements ponctuels pour pouvoir sortir de chez moi et rencontrer des gens. Dernièrement, j’ai travaillé comme sommelière durant le Comptoir delémontain.»

Françoise Guélat, 46 ans, Courtételle

Françoise Guélat
Françoise Guélat

«J’ai fait un apprentissage de fleuriste, mais je ne suis pas restée longtemps dans la branche. Très vite, j’ai gagné ma vie comme vendeuse en grande surface. A 25 ans, j’ai eu mon premier enfant (le second est né deux ans plus tard – ndlr) et j’ai arrêté de travailler. Parce que concilier vie professionnelle et vie familiale aurait été pratiquement impossible avec mes horaires. J’étais femme au foyer, mais j’ai toujours eu des petits boulots à côté pour arrondir les fins de mois. J’ai donné des coups de main dans une épicerie, j’ai assumé la conciergerie d’une école enfantine et d’un immeuble… Et il y a sept ans, j’ai trouvé un emploi à 50% dans un magasin. Tout roulait bien jusqu’à l’automne passé, jusqu’à ce que le successeur de mon patron me licencie. Je me suis donc retrouvée au chômage.

Ça a été une expérience humaine très forte.

Une amie, qui connaissait Sibir’elles, m’a alors conseillé de m’inscrire à un de leurs stages. L’office du chômage a été d’accord de financer ces cours. Ça a été une expérience humaine très forte qui m’a montré qu’il ne fallait pas s’empêcher de faire quelque chose parce qu’on pense que ce n’est pas pour nous.

Pour l’instant, cela n’a pas débouché sur du concret. De toute façon, on ne vient pas ici pour trouver du travail, mais pour trouver des outils, avoir des envies… Bon, j’ai fait un stage comme aide de cuisine et ça, c’est un métier qui me plairait vraiment!

Auteur: Alain Portner

Photographe: Basile Bornand, Andrea Caprez (illustration)