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13 janvier 2014

La rythmique à tout âge

Le Conservatoire de musique neuchâtelois vient de lancer des cours de rythmique pour seniors. L’engouement est tel que l’offre a dû être augmentée.

Des seniors agitant des foulards de couleurs lors d'un cours de rythmique
Les cours de rythmique sont également une occasion de se rencontrer et de tisser des liens.

Sur une mélodie allègre, pantoufles, pieds nus, baskets et chaussettes anti-glisse frappent le sol en cadence. «Que doit-on faire?» demande l’un des participants. «Jouer les modèles et marcher comme des stars», lui explique sa voisine.

Sommes-nous à la répétition d’un défilé de mode pour débutants? Pas du tout, c’est un nouveau cours de rythmique pour seniors! Lancé en fin d’année dernière par le Conservatoire de musique neuchâtelois, ce dernier a remporté tant de succès qu’il a dû être immédiatement triplé à Neuchâtel et doublé à La Chaux-de-Fonds. Un engouement qui s’explique, entre autres, par la parution d’une nouvelle étude sur les bienfaits de la méthode Jaques-Dalcroze. Celle-ci, menée par le Département de réhabilitation et gériatrie des Hôpitaux universitaires de Genève et l’Institut Jaques-Dalcroze, souligne en effet que la rythmique permet de réduire de moitié les risques de chute pour les personnes âgées.

Portrait de Catherine Oppliger assise près sur un tabouret de piano. Elle est enseignante au Conservatoire de musique neuchâtelois.
Catherine Oppliger, enseignante au Conservatoire de musique neuchâtelois.

Des séances sur mesure et toujours différentes

«La base de la rythmique pour les seniors reste la même que celle pour les enfants, explique Catherine Oppliger, enseignante au Conservatoire de musique neuchâtelois. C’est la manière d’amener les exercices qui est différente, ainsi que la vitesse. Il y a aussi certaines limitations: alors que les enfants adorent les exercices à terre, on les évitera pour les personnes du troisième âge. Et on choisira d’autres musiques!» L’élément musical est d’ailleurs primordial, puisque l’enseignante improvise ses airs au piano en les adaptant aux mouvements et aux rythmes du groupe. Chaque séance est donc différente de la précédente et entraîne les participants à oublier leurs inhibitions et à se concentrer sur leurs sensations.

Au programme ce jour-là: des airs de danse, ainsi que le morceau favori du moment, la première scène des Kinderszenen, op. 15, de Schumann, sur lequel le groupe – moyenne d’âge: 74 ans – s’enroule et se libère de cordes multicolores. «Souvenirs, souvenirs, rit une participante. On devrait sauter avec, non?» «Ah non, c’est déjà assez difficile comme ça!» s’épouvante faussement sa voisine, les yeux plissés d’amusement.

Car, est-il utile de le souligner: outre le bénéfice physique, les cours de rythmique pour seniors sont aussi une précieuse occasion de se rencontrer, de créer des liens, de partager de bienfaisants fous rires et de retrouver, grâce à la magie du moment, son enthousiasme d’enfant.

Dorothée Valsangiacomo, Marin

Portrait de Dorothée Valsangiacomo.

«Nous avons vu une publicité pour le cours dans le journal et mon mari m’a dit: vas-y! Je suis très contente de m’être inscrite, ces cours permettent de ne pas nous isoler. Et comme nous sommes tous à la retraite, nous avons les mêmes préoccupations et c’est sympa de pouvoir en parler entre nous.»

Martha Hertig, Neuchâtel

Portrait de Martha Hertig.

«Après le décès de mon mari, j’ai dû apprendre à me débrouiller seule alors que je suis très timide et solitaire. Ma voisine m’a poussée à venir à ces cours avec elle. J’ai hésité, puis me suis dit que si je ne le faisais pas, j’allais me replier sur moi-même et ne plus sortir. J’aime particulièrement la musique d’accompagnement, je joue moi-même beaucoup de piano et je marche tous les jours.»

Willy Stauber, Neuchâtel

Portrait deWilly Stauber.

«J’ai des problèmes de mémoire et d’équilibre et je me suis dit: pourquoi pas de la rythmique? Certaines de mes connaissances m’ont traité de fou. Mais cela me force à sortir, cela m’apprend à être dans le rythme. Et moi qui m’interdisais de faire quoi que ce soit de faux avant, cela me fait du bien d’être entouré de personnes bienveillantes qui ne jugent pas mes erreurs.»

© Migros Magazine/ Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Mathieu Spohn